
Table des matières
1- Numéro spécial
: l'Antiquité au 18e siècle
.
Édith FLAMARION et Catherine VOLPILHAC-AUGER : État
des recherches et tendances actuelles. La source est un miroir
Chronologie (1692-1819) 6
Du savoir aux images :
Bernard COLOMBAT: Les grammaires latines en France 25
Claudine POULOUIN: L'Antiquité expliquée et représentée
en figures (1719-1724) par Bernard de Montfaucon 43
Anne-Marie MERCIER-FAIVRE: Les singes de Mars et le singe antiquaire.
A propos des dieux gréco-romains 61
Sylvain MAITON: L'interprétation alchimique de la mythologie
73
Des images à l'esthétique :
Patrick JAGER: Voyageurs au Levant à la recherche de l'Antiquité
89
Gérard LUCIANI : Les voyageurs français et les musées
italiens 99
Michel BARIDON: L'imaginaire antique et le palladianisme des Lumières
109
René DÉMORIS : Peinture et belles antiques dans la
première moitié du siècle. Les statues vivent
aussi 129
Michel ESPAGNE: Antiquité, nature et nation chez Winckelmann
143
Arts et littérature : l'inspiration antique :
Michel DELON: Mythologie de la vestale 159
René MARTIN : Enée et Didon à la scène,
ou l'art d'accommoder les restes 171
Yves TOUCHEFEU: Rousseau et Homère 179
Édouard GUITTON: L'Antiquité pour la modernité
dans l'inspiration d'André Chénier 191
Alain MiCHEL: Vico, juge et témoin de la pensée romaine
201
Histoire et politique au tournant du siècle :
Gérard LAUDiN: Les grands hommes de l'Antiquité et
la réflexion sur le génie en Allemagne de 1760 à
1790 213
Chantal GRELL : Les ambiguïtés du philhellénisme:
l'ambassade du comte de Choiseul-Gouffier auprès de la Sublime
Porte (1784-1792). 223
Patrick ANDRIVET: L'inspiration romaine dans Les Chaînes de
l'esclavage de Marat 237
Jacques BOUINEAU: L'Antiquité chez Philippeaux 247
Marie-Thérèse BOUYSSY: L'Antiquité ténaréenne
de Barère 259
Daniel RABREAU : Mythologie et art poétique. L'Antiquité
dans la théorie de l'architecture régénérée
de Ledoux 269
Annexe :
Philippe BORDES: Lucius Junius Brutus. Un projet d'exposition au
musée de la Révolution française (Vizille)
285
Il. MÉLANGES.
Inédits:
N.-A. BOULANGER: Cinq lettres à Helvétius, présentées
par Marie-Thérèse INGUENAUD et David SMITH 295
RAYNAL au printemps 1793, d'après deux documents présentés
par Muriel BROT 317
Histoire des idées :
Réal OUELLET : A la découverte de Lahontan 323
Pierre LURBE: Le christianisme au miroir de l'Islam. dans le Nazarenus
de John Toland 335
Ann THOMSON: Joseph Morgan et le monde islamique 349
Christian CHEMINADE: Une prédication républicaine
au milieu du siècle: Les Bagatelles morales de l'abbé
Coyer 365
René GREVET: Éducation, morale et politique chez F.
M. Grimm 381
Littératures :
Annie RIVARA: État présent des études sur Marivaux
395
Mireille FLAUX : La fiction selon Mme Riccoboni 425
Pierre HARTMANN: Le projet esthétique de Beaumarchais 439
François ROSSET: Wanda, du mythe au roman 453
Anguélina VATCHÉVA: Derjavine, poète russe
467
Arts :
Ken-ichi SASAKI: Le 18e siècle comme ère de la peinture
481
Annie JOURDAN: L'allégorie révolutionnaire, de la
Liberté à la République 503
Notes de lecture
NUMÉRO SPÉCIAL: L'ANTIQUITÉ
AU 18e SIÈCLE.
Introduction
État des recherches et tendances actuelles. La source
est un miroir …
Pourquoi l'Antiquité ? Au l8e siècle elle affleure
partout; omniprésente, impalpable, nourrissant toute réflexion
et imprégnant toute image. Qu'espère-t-on d'une analyse
? Qu'elle examine l'Antiquité comme un élément
isolé et en montre le fonctionnement au sein de l'art, de
la littérature et de la pensée ? Qu'elle décèle
les tendances les plus générales ? Il ne sera guère
utile d'afficher des données chiffrées : on aura tôt
fait de circonscrire la référence antique en décrivant
un déclin continuel tout au long du siècle, révélé
avec une acuité particulière par la Révolution,
qu'on a pourtant longtemps tenue, et non sans raison, pour un âge
d'or de la référence antique . L'étude en sera
compliquée du fait qu'à mesure que la distance s'accroît
entre les lecteurs ou les spectateurs et le monde culturel emprunté
aux Grecs et aux Romains, la référence se fait plus
appuyée, plus voyante. Mais aurons-nous saisi notre objet
? Ce que nous cherchons, c'est à faire apparaître le
rapport mouvant qui unit ou sépare le siècle des Lumières
et l'Antiquité, telle qu'il se l'est représentée,
la créant à son image tout en y puisant des valeurs
transcendantes.
L'Alma mater des collégiens, cette culture commune qui sert
de signe de reconnaissance au-delà des années d'étude
témoigne de cette complexité : exhibée, intériorisée,
elle retient par des liens affectifs ceux qu'elle a élevés.
Qui oserait penser sans les Anciens ? Qui pourrait se passer de
ces modèles, ne serait-ce que pour les récuser ? L'Antiquité
est un legs, une tradition, en un siècle qui s'est méfié
des héritages ; pendant la Révolution, le paradoxe
prendra une forme particulièrement aigüe. Les Anciens
constituent donc un des éléments d'un jeu plus vaste,
qu'on trouvera illustré par les institutions : Greuze passant
par les Fourches caudines de l'Académie de peinture et produisant
un Caracalla pour accéder à la “ grande peinture
”, comme d'autres peignent l'amour et la nudité sous
la forme d'Hélène ou de Pâris. L'antique est
aussi un langage : il aide à formuler une pensée tout
autant qu'il la limite - et nous parlons aussi du langage des arts,
de celui que pratique David quand il copie inlassablement des nus
antiques pour échapper à l'influence stérilisante
des épigones de Boucher . Il est du domaine du connu, voire
du familier, et n'en cristallise pas moins la curiosité ,
en offrant à l'imagination des horizons plus vastes : passer
par les cités anciennes de Sparte, d'Athènes ou de
Rome, dans lesquelles se projettent des affrontements qui sont ceux
du siècle des Lumières, constitue à la fois
un détour et le plus sûr moyen de définir des
positions, voire de les durcir.
Comment rendre compte de cette difficulté ? Et dans quelle
mesure le siècle en a-t-il pris conscience ? C'est dire que,
pour nous, le rôle de l'Antiquité doit être envisagé
selon la formule heureuse de J. Seznec, l'invention de lAntiquité
, perspective selon laquelle il étudie quelques points stratégiques
d'un mouvement qui, loin d'être une simple mode, correspond
à un véritable changement du goût et à
un effort de régénération, l'art devenant le
mode d'expression privilégié d'aspirations nouvelles.
Il est clair qu'elle n'est pas seulement un vaste réservoir
d'images et de symboles. Certes il serait fort instructif (et il
paraît relativement simple) d'en dresser le catalogue, notamment
quand il s'agit d'exempla au sens plein du terme, qui ont véritablement
valeur de modèles, comme Plutarque sait en présenter
à l'admiration de ses jeunes lecteurs, également requis
par les hautes figures de la république romaine . Mais à
travers cet inventaire (dans la mesure où il est envisageable
actuellement, ce qui reste douteux ), la référence
antique risque d'apparaître comme un bric-à-brac où
chacun devait trouver l'outil dont il avait besoin - conception
commode qui a longtemps permis de parler d'un “ retour à
l'antique ”, voire d'une “ re-naissance ” de l'Antiquité,
dont la conséquence immédiate et visible serait l'apparition
du néoclassicisme. Une telle approche, qui remonte au 19'
siècle, se voit implicitement autorisée par l'abondance
et la qualité des travaux consacrés par les historiens
d'art au néoclassicisme, alors que la présence antique
en littérature n'a longtemps été l'objet que
de travaux isolés, pour ne pas dire ponctuels. Or, ainsi
que l'a montré un article fondateur , qui conteste avec vigueur
le recours à des catégories esthétiques commodes
mais paralysantes, la référence antique doit sa vitalité
aux fonctions précises que le siècle lui assigne (et
qui lui permettront de se prolonger à travers le Romantisme).
Elle est dynamisme et résistance, et ne s'épuise que
parce qu'elle est vivante. Elle est surtout ce qui nous permet d'accéder
au vif du siècle des Lumières: la source est un miroir,
selon une formule employée par J. Ehrard lors de la Table
ronde préparatoire. Narcissisme ? peut- être ; mais,
selon Oscar Wilde, quand Narcisse se penchait sur elle, la rivière
ne voyait dans ses yeux que le reflet de ses eaux...
Ce double jeu trouve son expression dans deux démarches
de recherche, qui sont représentées ici et qui s'opposent
autant qu'elles se complètent. La première consiste
à adopter l'angle de la “ survie ” ou de la permanence
de l'Antiquité, et à ce titre les antiquisants y ont
trouvé une matière de prédilection. A travers
les avatars d'un thème ou d'un mythe (ou la légende
qui peu à peu, et même de son vivant, auréole
un personnage historique) ou les interprétations successives
d'un auteur (et il en est bien peu qui ne puissent se prêter
à cet exercice), se lit la continuité au-delà
des ruptures. Dans la perspective chronologique ainsi ouverte, le
18e siècle occupe généralement une place de
choix. Ce peut être circonstanciel, grâce à la
coupure instaurée par la Révolution ; mais pareille
conception n'a en fait rien d'accidentel: le siècle des Lumières
apparaît comme encore très proche d'une culture dont
il est littéralement nourri, jusque dans le détail
des moindres œuvres, alors que le 19' entretient un rapport
plus distant, plus “ intellectualisé ” avec l'Antiquité.
Cela peut aussi se justifier par l'importance et surtout la diversité
d'une production qui permet souvent un profond renouvellement des
thématiques, tout en respectant ses sources antiques plus
fidèlement (au moins en apparence) que ne le faisait le siècle
de Melle de Scudéry ou d'Eustache le Noble, dont les productions
romanesques semblent parfois n'emprunter à l'Antiquité
qu'un costume de scène.
La ligne directrice que nous venons de définir est, depuis
une vingtaine d'années, celle du Centre A. Piganiol, de Tours,
sous la direction de R. Chevallier, dont les titres sont trop nombreux
pour être énumérés ici ; citons seulement
Présence de Virgile (Paris, Belles-Lettres, 1978), Présence
de Sénèque (Paris, Touzot, 1991), Présence
de Tacite (Caesarodunum, n° 26 bis, 1992), mais aussi Présence
de l'architecture et de l'urbanisme romains (Paris, Belles-Lettres,
1983) auxquels répondent L'Antiquité grécoromaine
vue par le siècle des Lumières (Caesarodunum, n°
22 bis, 1987) et La Révolution française et l’Antiquité
(Caesarodunum, n° 25 bis, 1991) qui, tout en adoptant un point
de vue apparemment différent, n'en suivent pas moins les
mêmes principes. Tous ces ouvrages font essentiellement (mais
pas exclusivement) appel à des antiquisants, l'histoire de
l'art occupant une large place.
Dans le même domaine œuvre C.É.S.A.R. (Centre
d'Étude Sur l'Antiquité Rémanente), dirigé
par René Martin (Paris-III), qui a déjà donné
un important Enée et Didon. Naissance, fonctionnement et
survie du mythe (Paris, CNRS, 1990) où tous les arts (y compris
le cinéma, mais aussi - ce qui nous intéresse davantage
- l'opéra, incomparable lieu d'épanouissement de la
fable et de l'histoire), sont envisagés. Il a également
co-organisé un colloque consacré à “
Néron, histoire et légende ” , qui prend la
légende à ses débuts (à travers Tacite,
dont on exploitera inlassablement le texte pendant des siècles)
pour en suivre le cheminement. Comme pour l'équipe précédemment
évoquée, la dominante est littéraire et la
perspective essentiellement diachronique, mais ce type d'études
est aussi particulièrement propice à la comparaison
entre les genres comme à la présentation des apports
mutuels de l'art et de la littérature.
Une autre approche consiste à envisager la présence
antique sous l'angle de l'analogie profonde qui unit les genres
ou les formes littéraires, comme J. P. Néraudau et
E. Bury le pratiquent depuis 1990 au Centre de Recherches sur les
Classicismes antiques et modernes (Reims), dont les travaux ont
déjà porté sur Cicéron (L'Autorité
de Cicéron de l’Antiquité au 18e siècle,
Caen, Paradigme, 1993) et Ovide (Lectures d'Ovide, colloque de 1993,
à paraître). La difficulté de l'entreprise ainsi
conçue est masquée par le génitif (“
lectures de... ”), sous la forme ambivalente familière
aux latinistes qui confond sens objectif et sens subjectif : on
passe ainsi des “ lectures faites par Ovide ” aux “
lectures que l'on fait d'Ovide ” . Mais Janus y trouvera son
compte.
Ces différentes recherches, fondées sur les acquis
actuels de la science historique et philosophique, supposent que
la réception d'une œuvre lui donne son sens complet
: la survie d'un auteur ou d'un mythe atteste de sa richesse. Elles
apparaissent comme relevant d'un choix d'ordre critique , autant
que d'un effort pour affirmer la vitalité d'une littérature
menacée d'oubli, rappelant sainement et vigoureusement que
la culture classique reste quasiment incompréhensible si
on n'en éclaire pas les soubassements, ou plutôt si
on n'en révèle pas ce qui l'innerve ou l'alimente
. C'est la vitalité de l'Antiquité qui est enjeu ;
elle ne se conçoit que dans la longue durée et en
termes d’ “ ensembles ”, en associant étroitement
arts et littérature. Un aussi vaste champ de recherches peut
également s'aborder de manière à faire ressortir
les filiations : c'est un aspect dominant des travaux menés
à l'instigation d'Alain Michel (Paris-Sorbonne), qui s'ouvrent
davantage sur l'histoire des idées, sous la forme de thèses
et à travers le Bulletin Guillaume Budé, où
se mêlent de façon concertée articles consacrés
à l'approfondissement des textes anciens et contributions
vouées à la survie du monde gréco-romain. Discerner
les lignes de force qui parcourent la pensée grecque, le
monde romain, l'âge classique et la littérature la
plus récente : ce principe ne permet pas d'accorder au l8e
siècle une place privilégiée, mais le rattache
à de grands courants, ou plutôt à une tradition,
au sens le plus fort du terme. L'histoire des idées y gagne
une profondeur chronologique et une extension européenne
(car il faut toujours revenir à une langue et à une
culture communes ) qui font de la pensée moderne un jeu d'échos
qu'on est incapable de saisir dans toute leur complexité
si on n'a pas accès à l'origine antique, au foyer
universel de la pensée occidentale. C'est sur cette dimension
qu'insiste l'association Méditerranées, fondée
en 1991 (J. Bouineau, Paris-X), qui se donne précisément
comme thème de recherche “ l'impact de la civilisation
romaine ” sur le bassin méditerranéen et au-
delà, et dont l'originalité est de rassembler juristes,
historiens, littéraires : s'y prête particulièrement
la question du tyrannicide (Revue Méditerranées, n'
2, 1993) ou de la citoyenneté (colloque prévu en 1995).
Il faut aussi mentionner ici les travaux de la S.A.T.O.R. (Société
d'analyse de la topique romanesque, présidée par H.
Coulet) qui, à travers les topoi du roman, explore une tradition
largement attestée dans la littérature française,
à l'âge baroque comme au 18e siècle: en témoignent
les recherches de F. Létoublon sur Les Lieux communs du roman.
Stéréotypes grecs d'aventure et d'amour (Brill, 1993),
largement ouverts sur le siècle de Prévost. Ces différentes
orientations semblent coexister au sein de l'International Society
for the Classical Tradition (fondée en 199 1, présidée
par W. Haase et M. Reinhold, Boston University), qui couvre un champ
fort vaste où les études dix-huitiémistes ne
sont pas encore très nombreuses .
La seconde démarche privilégie le principe selon lequel
l'Antiquité est surtout celle qu'on se crée ; non
seulement parce que chaque siècle perçoit et conçoit
ses ancêtres à sa manière, mais aussi parce
que les conditions d'accès aux textes et aux documents anciens
se modifient constamment. L'accent est alors mis, non sur la permanence,
mais sur l'infléchissement qui fait la spécificité
d'une interprétation . Le (ou les) texte(s)-source(s) fourni(ssent)il(s)
plus qu'un prétexte ? A-t-on même encore affaire à
des sources ? Même quand celles-ci sont avouées, voire
proclamées, il s'agit moins d'apprécier une fidélité
que de mesurer un écart. Il importe alors essentiellement
de tenir compte, non pas du point d'origine auquel nous avons accès
aujourd'hui, ou hypotexte “ objectif ” (texte idéal
de Cicéron ou de Sénèque dont nous sommes plus
près aujourd'hui qu'il y a deux siècles, et que nous
connaissons certainement mieux que nos prédécesseurs),
mais de l'hypotexte “ relatif ” : celui dont disposait
le 18e siècle . Peu importe en effet ce que nous savons aujourd'hui
de saint Augustin, si les écrivains du 18 e siècle
l'ignoraient ? - faut-il même le savoir, si on veut éviter
une perspective téléologique ? On préférera
user de la notion devenue classique d'“ horizon d'attente
”, qui trouve ici un emploi précis et restreint : restituer
l'horizon des méthodes de pensée, des connaissances
et des préjugés qui détermine une esthétique
et un savoir . On peut aller plus loin, en définissant un
hypotexte “ subjectif ” : celui que le 18e siècle
se construit à partir de tous les hypotextes possibles, en
privilégiant certaines sources, en ignorant les autres. Ce
sont les conditions de ce choix, tout autant que la nature des éléments
considérés, qui font l'intérêt d'une
démarche fondée sur l'idée que l'Antiquité
n'existe pas en soi, mais seulement à travers des représentations.
Le paysage historique et bibliographique de l'Antiquité
au 18e siècle a été dessiné par deux
thèses récentes, qui nous dispensent de recensions
fastidieuses et offrent un état présent des études
: celle de M. Raskolnikoff, Histoire romaine et critique historique
dans l'Europe des Lumières (Strasbourg, 1992), et celle de
Ch. Grell, Le 18e siècle et l’Antiquité en France.
Etude sur les représentations sociales et politiques, littéraires
et esthétiques de la Grèce et de la Rome païennes
(Oxford, 1995). Ces deux thèses, qui sont le fait d'historiens
et tendent à l'exhaustivité bibliographique, relèvent
d'un genre relativement peu pratiqué en France, l'historiographie,
alors même que tout le monde s'accorde à reconnaître
l'importance de l'histoire au 18e siècle, et que son influence
sur les modes de pensée n'est pas à démontrer.
L'Italie, notamment sous l'impulsion d'A. Momigliano, a vu se développer
ce type de recherches de manière plus systématique
que la France. P. Vidal- Naquet est de ceux qui lui ont donné
ses lettres de noblesse, notamment grâce à ses travaux
sur la citoyenneté, à travers une réflexion
générale d'ordre politique inspirée par le
souci de comprendre le présent, mais avant tout par l'attention
portée à la cité grecque.
Les deux thèses citées plus haut ne peuvent manquer
d'aborder des problèmes plus spécifiques. De manière
très précise pour la première, qui se donne
essentiellement pour tâche de démêler l'écheveau
des débats suscités, dès le premier tiers du
18 e siècle, par la remise en cause des premiers siècles
de l'histoire romaine, et y déchiffre les modes de pensée
en usage dans la pratique et la réflexion historiques. De
façon plus synthétique pour la seconde, qui s'attache
à l'ensemble de la production artistique et intellectuelle
d'un 18 e siècle amputé de sa fin, mais qui remonte
à la fin du 17e siècle (articulation nécessaire
pour qui veut suivre les progrès de la critique historique
et l'évolution des représentations). Ainsi est posé
le problème de l'érudition, en un siècle qui
la voit progresser notablement mais qui la tient dans le discrédit
- il suffira d'en prendre pour témoin D'Alembert dans le
“ Discours préliminaire ” de l'Encyclopédie,
opposant la “ sagacité ” des philosophes à
la qualité principale des érudits, la mémoire,
et renvoyant ces derniers, soucieux seulement d'“ amasser
”, voire d'“ entasse[r] ”, à l'ordre du
quantitatif. On ne prétendra évidemment pas ici épuiser
cette querelle , qui d'ailleurs ne se retrouve pas de manière
aussi simpliste chez Diderot, dont l'approche esthétique
arrive à transcender une présentation aussi manichéenne.
Pour ce qui nous occupe, l'enjeu est néanmoins d'importance
; l'érudition, tout en tenant à distance son objet
(le désignant justement comme “ objet ” d'étude),
entretient avec lui une familiarité incontestable. Et grâce
à elle l'Antiquité pénètre dans les
esprits, non plus seulement par le biais des textes, mais aussi
par celui des images . La “ redécouverte ” de
l'érudition (si tant est qu'elle ait été véritablement
oubliée), telle qu'elle s'opère dans la lignée
des travaux de B. Barret-Kriegel , est indispensable à notre
propos. Et sans doute faudrait-il, à ce titre, dresser des
inventaires plus complets et plus détaillés des travaux
menés par les érudits, notamment à l'Académie
des inscriptions, ainsi qu'on tentera de le faire pour Homère
dans un futur proche, en conjuguant les efforts des hellénistes
et des dix-huitiémistes . Quand d'Ansse de Villoison, retrouvant
à Venise un manuscrit de l'Iliade d'une incomparable richesse,
où figurent des scholies jusqu'alors inconnues , donne un
élan nouveau à la philologie, le vieil aède
offre toujours prise à l'imagination, fût-ce au prix
du détournement parodique.
S'il appartient à d'autres lieux d'offrir des études
extrêmement spécialisées ou des tableaux prétendant
à l'exhaustivité , qui permettent de faire le point
sur les démarches proprement scientifiques mises en œuvre
au 18e siècle , nous avons souhaité insister ici sur
des approches caractéristiques et plus globales. Les articles
recueillis représentent l'essentiel des tendances que nous
avons dégagées dans le champ des recherches actuellement
entreprises, tout en s'articulant de manière à faire
apparaître les thèmes majeurs concernant la question
et à respecter la logique propre à l'ensemble.
C'est donc d'abord aux structures mentales que ce numéro
accorde la première place puisque c'est à travers
la langue que s'opère l'appréhension la plus “
immédiate ” de l'Antiquité, celle des collèges
où se pratique l'apprentissage du latin (B. Colombat). C'est
aussi aux images qu'il consacre une attention toute particulière,
non pas tant parce qu'il en fournit un certain nombre d'exemples,
mais surtout parce qu'il en désigne l'importance stratégique,
à travers des ouvrages fondamentaux tels que L'Antiquité
expliquée et représentée en figures de Dom
Montfaucon, monument d'érudition qui instruit et donne à
voir à la fois, mais qui toujours privilégie la lisibilité
sans jamais négliger l'aspect esthétique (CI. Poulouin).
La mythologie constitue également un domaine d'inspiration
majeur, dont le statut a considérablement évolué
depuis le l7e Siècle (A. M. Mercier-Faivre et S. Matton).
Images encore que celles offertes par les “ voyages en Italie
” ; tout comme les voyages au Levant, ils rappellent qu'ils
donnent l'occasion de porter un regard nouveau sur les objets, et
que la naissance de la muséologie constitue une étape
importante dans la perception de l'Antiquité (G. Luciani
et P. Jager). La mythologie elle-même, s'il est vrai qu'elle
semble s'épuiser, inspire une multitude de représentations
picturales qui entourent les lecteurs cultivés, instaurant
une relation complexe où le spectateur ne sait plus s'il
existe encore une frontière entre les représentations
esthétiques et le monde qui lui est familier (R. Démoris).
L'unité du visuel et de l'intellectuel, qui constitue une
autre modalité d'approche synthétique, est sensible
à travers le palladianisme où se projette l'esprit
des Lumières (M. Baridon). A ce titre, il convenait d'interroger
une œuvre fondamentale, celle de Winckelmann, qu'on considère
souvent de manière purement “ idéale ”
et dont on étudie plus volontiers l'influence que la genèse,
alors que celle-ci révèle les tensions d'une pensée
soucieuse d'affirmer l'identité allemande tout en portant
les marques d'une trajectoire sociale, sans jamais pourtant se borner
à une revendication étroitement individualisée
(M. Espagne).
Si on voit interférer, ou plutôt se renforcer mutuellement
arts et littératures, on constatera qu'avec le thème
de la vestale se donnent libre cours des aspirations qu'on ne saurait
réduire à une idéologie privée de moyens
d'action directs (M. Delon). De même, les réécritures
de l'Enéide, même quand elles ne se donnent Virgile
que comme prétexte (R. Martin), illustrent une vitalité
qui se perçoit notamment dans l'univers mental de Rousseau,
chez lequel l'illustration joue un rôle capital (Y. Touchefeu),
ou dans celui de Chénier (E. Guitton). Avec Vico, on verra
que s'établit un équilibre fécond entre classicisme
et modernité (A. Michel). Ainsi se noue le dialogue de l'imaginaire
et des savoirs, qui se conditionnent mutuellement et auxquels était
due une place toute particulière.
Un quatrième axe de recherche nous était proposé
par les problèmes que suscite la période révolutionnaire.
Mort et régénération de l'Antiquité
se juxtaposent, illustrant une nouvelle fois la complexité
d'une époque qu'on a trop facilement réduite au culte
des grands hommes. Un regroupement chronologique plutôt que
thématique s'imposait alors. Il était également
souhaitable de rendre sensibles certaines tactiques mettant en jeu
l'Antiquité, ou du moins la manière dont elle sert
des enjeux qui la dépassent : ainsi l'élaboration
par les historiens allemands d'une pensée politique qui prend
l'Antiquité comme modèle (G. Laudin), ou la politique
étrangère de la France, sous couvert de philhellénisme
(Ch. Grell). Pendant la Révolution, si l'Antiquité
reste une référence obligée, les écrits
des révolutionnaires témoignent de ses avatars (P.
Andrivet, J. Bouineau, M. Bouyssy) ; elle reste néanmoins
porteuse d'une note d'espoir (1). Rabreau), tout en continuant à
alimenter l'imaginaire des peintres (Ph. Bordes).
ÉDITH FLAMARION et CATHERINE VOLPILHAC-AUGER
CHRONOLOGIE
Cette chronologie, qui est loin d'être exhaustive, présente
les dates des évènements qui, en France et en Europe,
marquent de façon significative l'histoire du rapport entretenu
par les hommes du 18' siècle avec l'Antiquité gréco-
romaine (dates de publication d'ouvrages, de représentations
musicales, de composition ou d'exposition de toiles au Salon, etc.).
1692 André Dacier, La Poétique d'Aristote, traduite
en français, avec des remarques critiques sur tout l'ouvrage.
1693 A. Dacier, Tragédies de Sophocle traduites du grec en
français, avec des remarques.
1694: A. Dacier, La Vie des hommes illustres de Plutarque traduites
en français, avec des remarques (éd. incomplète).
1697 : P. Bayle, Dictionnaire historique et critique.
1698: A. Dacier et Sévigné, Dissertation sur l'Art
poétique d'Horace où l'on donne une idée générale
des pièces de théâtre.
1699 : A. Dacier, Les Œuvres de Platon, avec des remarques
et la vie de ce philosophe, avec l'exposition des principaux dogmes
de sa philosophie; J.-F. Félibien, Plans et descriptions
des deux maisons de campagne de Pline, avec des remarques et une
dissertation touchant l'architecture antique et gothique ; Fénelon,
Télémaque ; L. S. de Sacy, Lettres de Pline le Jeune.
1700: L. de Mailly, Anecdote ou histoire secrète des Vestales;
F. Raguenet, Les Monuments de Rome ou description des plus beaux
ouvrages de peinture, de sculpture et d'architecture qui se voient
à Rome et aux environs, J. Tarteron, Les Œuvres d'Horace,
nouvelle traduction.
1702: F. Fyot de la Marche, Le Sénat romain.
1704: A. Coypel: La Mort de Didon.
1707 P. J. de Crébillon, Électre.
1708 P. J. de Crébillon, Atrée et Thyeste.
1711-1717 : “ Querelle homérique ” : Anne Dacier,
L'Iliade d'Homère, traduite en français avec des remarques
(1711) ; A. Houdar de la Motte, L'Iliade, Poème, avec un
discours sur Homère, A. Dacier, Des causes de la corruption
du goût (1714) ; J. Van Effen, Dissertation sur Homère
et sur Chapelain (1714) ; CI. Buffier, Homère en arbitrage
(1715) ; F. Hédelin, abbé d'Aubignac, Conjectures
académiques, ou Dissertation sur l'Iliade, ouvrage posthume
trouvé dans les recherches d'un savant (1715) ; J. Terrasson,
Dissertation critique sur l'Iliade d'Homère, où, à
l'occasion de ce Poème, on cherche les règles d'une
Poétique fondée sur la Raison et sur l'exemple des
Anciens et des Modernes (1715) ; A. Dacier, L'Odyssée d'Homère
traduite en français, avec des remarques (1716) ; J. Hardouin,
Apologie d'Homère, où l'on explique le véritable
dessein de son Made et sa Théomythologie (1716) ; A. Dacier,
Homère défendu contre l'Apologie du P. Hardouin, ou
Suite des causes de la corruption du goût (1716) ; E. Fourmont,
Examen pacifique de la Querelle de Me Dacier et M. de la Motte sur
Homère, avec un Traité sur le Poème épique
et la critique des deux Iliades et de plusieurs autres poèmes
(1716) ; Marivaux, Homère travesti ou l'Iliade en vers burlesques
(1716) ; J. Terrasson, Addition à la Dissertation critique
sur l'Iliade d'Homère (1716) ; J. Boivin, Batrachomyomachie
d'Homère, ou Combat des rats et des grenouilles en vers français
(1717).
1711 : Premières fouilles d'Elbeuf à Portici, sur
le site d'Herculanum
A. Banier, Explication historique des Fables où l'on découvre
leur origine et leur conformité avec l'histoire ancienne.
1714: Début de l'activité académique de N.
Fréret, dont la publication s'étale jusqu'en 1759
dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions.
1716-1719: D. Gaullyer, Règles pour la langue latine et française.
1718 : Voltaire, Œdipe (première tragédie voltairienne
d'inspiration grecque).
1719 : B. de Montfaucon, L'Antiquité expliquée et
représentée en figures (10 vol. in fol.) ; Anne Dacier,
L'Iliade d'Homère, 2' édition revue et augmentée
avec quelques Réflexions sur la préface anglaise de
Pope - Vertot, Histoire des révolutions arrivées dans
le gouvernement de la république romaine (3 vol. in-12).
1720: A. Houdar de la Motte, L'Iliade, Poème, avec un Discours
sur Homère, 2' édition augmentée; J. B. Morvan
de Bellegarde, Histoire romaine, par demandes et réponses;
G. Vico: De universi iuris uno principio et fine uno (Droit universel,
1720-1722).
1722-1725 : Débat à l'Académie des Inscriptions
sur “ les origines de Rome ”. (1722 : Lévesque
de Pouilly, Dissertation sur l'incertitude des quatre premiers siècles
de l'histoire de Rome et Nouveaux essais de critique ; 1723 : abbé
Sallier, Discours sur les premiers monuments historiques des Romains
; 1724: Second discours sur la certitude de l'histoire des quatre
premiers siècles de Rome... ;
1724: Pouilly, Nouveaux essais de critique sur la fidélité
de l'histoire ; 1724 : Fréret, Réflexions sur l'étude
des anciennes histoires et sur le degré de certitude de leurs
preuves; 1725 : Sallier, Troisième discours sur la certitude
de l'histoire des quatre premiers siècles de l'histoire de
Rome ; 1725 : Sallier, Réflexions critiques sur le caractère
de quelques historiens grecs, comparés avec les historiens
romains.).
1723: F. Lafitau, Mœurs des sauvages américains comparées
aux mœurs des anciens temps.
1724: N. Lenglet-Dufresnoy, J. Lévesque de Burigny, Histoire
de la philosophie païenne ou sentiments des philosophes et
des peuples païens les plus célèbres sur Dieu,
l'âme et sur les devoirs de l'homme ; Fontenelle, De l'origine
des fables ; B. de Montfaucon, Supplément de l'Antiquité
expliquée et représentée en figures.
1725 : F. de Chateauneuf, Dialogue sur la musique des Anciens ;
J.-P. de Crousaz, Essai de rhétorique dans la traduction
de quatre Harangues de Tite-Live, avec des notes ; Morvan de Bellegarde,
Nouvelle Histoire poétique du père Gautruche, revue
et augmentée par l'abbé B. ; A. Nadal, Histoire des
Vestales, avec un traité du luxe des dames romaines ; I.
Newton, La Chronologie des anciens royaumes corrigée, à
laquelle on a joint une Chronique abrégée, qui contient
ce qui s'est passé anciennement en Europe, jusqu'à
la conquête de la Perse par Alexandre le Grand (1ere trad.
de N. Fréret) ; Vico, Scienza nuova (1725-1744) ; 1725-1732:
F. Catrou et P. J. Rouillé, Histoire romaine depuis la fondation
de Rome (22 vol. in-4').
1726: C. Van Loo, Mars et Vénus; F.Boucher, La Mort d'Adonis;
J. CI. Fabre, Appendix de Diis et Heroibus poeticis ou Abrégé
de l'Histoire poétique, qui traite des Dieux et des Héros
de la Fable.
1727: P. Chompré, Dictionnaire abrégé de la
Fable, pour l'intelligence des poètes et la connaissance
des tableaux et des statues dont les sujets sont tirés de
la Fable; Ramsay, Voyages de Cyrus.
1728-1731 : séjour de F. Boucher à Rome.
1730: P. Brumoy, Le Théâtre des Grecs.
1731 : Voltaire, Brutus (première tragédie voltairienne
à sujet romain)
1731-1738: Ch. Rollin, Histoire ancienne des Égyptiens, des
Carthaginois, des Assyriens, des Mèdes et des Perses, des
Macédoniens et des Grecs (13 vol. in-12).
1732: F. Boucher, peintre d'histoire agréé à
l'Académie le 24 novembre 1731, peint Vénus demandant
à Vulcain des armes pour Énée; il sera reçu
à l'Académie en 1734, y deviendra professeur en 1737,
en sera directeur et premier peintre du roi en 1765 ; il meurt en
1770.
1733: J. Hardouin, Opera omnia ; J. Ph. Rameau, Hippolyte et Aricie.
1734: Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur
des Romains et de leur décadence; Fr.Bellenger, Les Vies
des hommes illustres omises par Plutarque contenant Annibal par
A. Dacier; Énée, Tullus Hostilius, Aristomènes,
Tarquin l'Ancien, L. Junius Brutus, Gélon, Cyrus, Jason,
trad. de l'anglais de Th. Rowe ; début du séjour de
CI.-J. Vernet à Rome (1734-1753).
1737 : J. F. de Troy directeur de l'Académie de France à
Rome (jusqu'en 1751) ; Rameau, Castor et Pollux.
1738 : Charles de Bourbon, devenu roi de Naples et de Sicile en
1735, ordonne la reprise des fouilles à Herculanum, sous
la direction de Rocco Gioacchino Alcubierre ; le 11 déc.,
une inscription permet d'identifier la cité (les fouilles
durent jusqu'en 1765 avec une interruption de 1745 à 1751)
; L. de Beaufort, Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers
siècles de l'histoire romaine; Ch. Rollin et J. B. Crevier,
Histoire romaine depuis la fondation de Rome jusqu'à la bataille
d'Actium, c'est-à-dire jusqu'à la fin de la République
(16 vol. in-12).
1739-1740 : Voyage du président de Brosses en Italie.
1740: F. Catrou et P. J. Rouillé, Histoire de la fondation
de Rome, l'établissement de la République, son origine,
ses progrès, les mœurs de ses premiers habitants et
son gouvernement politique et militaire, augmentée de quelques
remarques de M. La Barre de Beaumarchais 1G. B. de Mably, Parallèle
des Romains et des Français par rapport au gouvernement;
F. Boucher, La Naissance de Vénus. 1741 : L. de Beaufort,
Histoire de César Germanicus.
1742: F. Boucher, Repos de Diane sortant du bain ; J.-M. Nattier,
Madame Henriette en Flore.
1743: D. Diderot, Histoire de Grèce, traduite de l'anglais
de Temple Stanyan.
1744: J. Tailhé, Abrégé de l'Histoire ancienne
de Rollin à l'usage des jeunes gens; G. B. Piranèse
s'installe à Rome sur le Corso (il y reste jusqu'à
sa mort en 1778) ; J.-B. Pigalle, Mercure.
1745: J.-P. de Bougainville, Dissertation qui a remporté
le prix de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
sur les colonies grecques ; A. de Claustre, Dictionnaire de mythologie
pour l'intelligence des poètes, de l'histoire fabuleuse,
des monuments historiques, des bas-reliefs, des tableaux; Lenormant
de Tournehem, oncle de la marquise de Pompadour, est nommé
à la Direction Générale des Bâtiments
du roi : la peinture d'histoire est remise à l'honneur ;
il crée en 1748 l'Ecole Royale des Élèves protégés,
où l'étude de l'Antiquité tient une place privilégiée.
Reprise à l'Opéra de Persée, de Quinault et
Lully, avec cinq décors de Boucher.
1747 : A. Calmet, Histoire universelle sacrée et profane
depuis le commencement du monde; E. Fourmont, Réflexions
sur l'origine, l'histoire et la succession des anciens peuples.
F. Boucher, L'Enlèvement d'Europe.
1748 : Début des fouilles à Pompéi : ouverture,
le 1er avril, du chantier confié à Alcubierre (il
sera remplacé par K. Weber en 1749 ; la cité ne sera
identifiée qu'en 1763) ; J.-C. François, Nouveau Livre
de principes de dessin recueilli des études des meilleurs
maîtres, tant anciens que modernes.
1749: G. B. de Mably, Observations sur les Grecs; Crevier, Histoire
des Empereurs romains depuis Auguste jusque Constantin (12 vol.
in- 12).
1750 : Ch. de Brosses, Lettres sur l'état actuel de la ville
souterraine d'Héraclée et sur les causes de son ensevelissement
sous les ruines du Vésuve - J.-F. Marmontel, Cléopâtre
d'après l'histoire; voyage officiel de Marigny, frère
de MI de Pompadour, Cochin et Soufflot sur les sites archéologiques
italiens ; F. Boucher: sortie de Bacchus et Ariane, première
tapisserie de la série des Amours des Dieux, tissée
à Beauvais.
1751 : N. Cochin, Lettres sur les peintures d'Herculanum aujourd'hui
Portici ; G. B. de Mably, Observations sur les Romains ; C. J. Natoire,
directeur de l'Académie de France à Rome jusqu'en
1775.
1752: L. Angliviel de la Beaumelle, Pensées de Sénèque,
recueillies et traduites en français pour servir à
l'éducation de la jeunesse ; Caylus, Recueil d'antiquités
égyptiennes, étrusques, grecques et romaines et gauloises
(7 vol. in-12, 1752-1767) ; Marigny à la Direction des Bâtiments
jusqu'en 1773.
1754: J. Bellicard et Cochin, Observations sur les antiquités
de la ville d'Herculanum, avec quelques réflexions sur la
peinture et la sculpture des Anciens.
1755: Arrivée de J.-J. Winckelmann à Rome; il découvre
en 1762 les fouilles d'Herculanum et de Pompéi dont il dénonce
la mauvaise organisation ; il sera assassiné à Trieste
en 1768. Parution des Réflexions sur l'imitation des œuvres
grecques en peinture et en sculpture ; Caylus, Mémoire sur
la peinture à l'encaustique et sur la peinture à la
cire. Début du séjour d'H. Robert à Rome où
il reste jusqu'en 1762. N. Cochin nommé secrétaire
perpétuel de l'Académie de Peinture et de Sculpture
; début de l'édification (1755-1790) conçue
par Soufflot de l'église Sainte-Geneviève.
1756: J.-B. Piranèse, Le Antichità romane (4 vol.);
de 1756 à 1761 séjour de J. H. Fragonard à
Rome.
1757 : Antichità d’Ercolano (leur publication dure
jusqu'en 1792) ; Caylus, Tableaux tirés de l'Iliade, de l'Odyssée
d'Homère et de l'Enéide de Virgile, avec des observations
générales sur le costume; Caylus et J.-P. Mariette,
Recueil de peintures antiques imitées fidèlement par
les couleurs et pour le trait, d'après les dessins faits
par Pietro Santi Bartoli (1757-1760) ; séjour de l'abbé
Barthélemy à Rome.
1758: J. D. Leroy, Ruines des plus beaux monuments de la Grèce;
A. J. Pernety, Dictionnaire mytho-hermétique, dans lequel
on trouve les allégories fabuleuses des poètes, les
métaphores, les énigmes et les termes barbares des
philosophes hermétiques expliqués, et du même
Les Fables égyptiennes et grecques dévoilées
et réduites au même principe, avec une explication
des hiéroglyphes et de la Guerre de Troie.
1759 : J.-M. Nattier, Une vestale.
1759-1761 : Voyage de R. de Saint-Non en Italie.
1761 : J.-P. de Bougainville, Recherches sur les voyages de Pythéas
et ceux de Hannon ; Greuze expose au salon Madame Greuze en Vestale.
1762: J.-B. de Boyer d'Argens, Ocellus Lucanus, en grec et en français,
avec des Dissertations sur les principales questions de la métaphysique,
de la physique et de la morale des Anciens qui peuvent servir à
la philosophie du bon sens ; S. N. Linguet, Histoire du siècle
d'Alexandre, avec quelques réflexions sur ceux qui l'ont
précédé ; A. R. Mengs, Réflexions sur
la beauté.
1763: J. M. Vien expose au Salon La Marchande d'amours ; G. B. de
Mably, Entretiens de Phocion sur le rapport de la morale avec la
politique, traduits du grec de Nicoklès.
1764: Winckelmann, Geschichte der Kunst des Altertums (Dresde) (en
1765 à Amsterdam : Histoire de l’Art chez les Anciens
; en 178 1, Histoire de l’Art de l’Antiquité
(Leipzig) ; en 1789, Histoire de l’Art chez les Anciens (Paris)
; découverte du temple d'Isis à Pompéi ; Ch.
Dumont, Suite des plans, coupes, profils, élévations
géométrales et perspectives des trois temples antiques
de Paestum, mesurés par J. G. Soufflot.
1765 : P. A. Barral, Dictionnaire des antiquités romaines,
ouvrage traduit et abrégé du Grand Dictionnaire de
Samuel Pitiscus; abbé Bignon, Histoire critique du gouvernement
romain, où d'après les faits historiques on développe
sa nature et ses révolutions depuis son origine jusqu'aux
empereurs et aux papes; J. H. Fragonard, Corésus et Callirhoé
;C. Van Loo : Une Vestale tenant une corbeille de fleurs.
1766: L. de Beaufort, La République romaine ou plan général
de l'ancien gouvernement de Rome, où l'on développe
les différents ressorts de ce gouvernement... (2 vol. in-41)
; d'Hancarville, Les Antiquités étrusques, grecques
et romaines tirées du cabinet de M. Hamilton (gravées
par F. A. David, avec les explications de d'Hancarville (4 vol.
in-fol., 1766-1767) ; Mably, Observations sur l'histoire de la Grèce
ou des causes de la prospérité et des malheurs des
Grecs ;Linguet, Histoire des révolutions de l'empire romain
depuis Auguste jusqu'à Constantin; N. A. Boulanger, L'Antiquité
Dévoilée par ses usages ou Examen des principales
opinions, cérémonies et institutions religieuses et
politiques des différents peuples de la terre.
1767: Winckelmann, Monumenti antichi...
1768 : Ch. Batteux, Lettre d'Aristote à Alexandre sur le
système du monde avec la traduction française et des
remarques ;Dubois-Fontanelle, Éricie ou les Vestales; Radonvilliers,
De la manière d'apprendre les langues.
1769: J. Lalande, Voyage d'un Français en Italie dans les
années 17651766.. ; F.-H. Turpin, L'Histoire du gouvernement
des anciennes républiques - J. B. Greuze, Septime Sévère
Reproche à Caracalla, son fils, d'avoir voulu l'assassiner
dans les défilés d'Écosse.
1770: J.-J. Le Franc de Pompignan, Tragédies d'Eschyle.
1771 : E. M. Falconet, Observations sur la statue de Marc-Aurèle
et sur d'autres objets relatifs aux Beaux-arts ; P. A.Guys, Voyage
littéraire de la Grèce, ou lettres sur les Grecs anciens
et modernes avec un parallèle de leurs mœurs ; la “villa
de Diomède ” est dégagée à Pompéi.
1772: M. F. Dandré-Bardon, Costumes des anciens peuples,
collection de planches gravées par Cochin et accompagnées
de traits historiques et de réflexions critiques.
1773: A. Court de Gébelin, Le Monde primitif analysé
et comparé
avec le monde moderne.
1774 : Glück, Iphigénie en Aulide ; d'Angiviller, directeur
des Bâtiments du roi.
1775: E. B. de Condillac, Histoire ancienne, Cours d'études
pour l'instruction du prince de Parme (16 vol. in-8); J. S. Bailly,
L'Histoire de l'astronomie ancienne depuis son origine jusqu'à
l'établissement de l'école d'Alexandrie; J. M. Vien
nommé directeur de l'Académie de France à Rome
jusqu'en 1781.
1776: Ed. Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute
de l'Empire romain, trad. par Leclerc de Septchênes ; voyage
de M. G. F. Choiseul-Gouffier en Grèce.
1777 : J.-J. Barthélemy, Entretiens sur l'état de
la musique grecque vers le milieu du 4' siècle avant l'ère
vulgaire ; Ch. De Brosses, Histoire de la République romaine
dans le cours du 7e siècle, par Salluste, en partie rétablie
et composée sourdes fragments qui sont restés de ses
livres perdus, remis en ordre dans leur place véritable ou
la plus vraisemblable.
1778: A. D. Fougeroux de Bondaroy, Recherches sur les ruines d'Herculanum
et sur les connaissances qui peuvent résulter de l'état
présent de la science et des arts, avec un Traité
sur la fabrique des mosaïques
J. B. Piranèse, Vasi, candelabri, cippi, sarcofagi...
1779: Glück, Iphigénie en Tauride.
1780: S. Maréchal et F. A. David, Les Antiquités d'Herculanum
ou les plus belles peintures antiques et les marbres, bronzes, meubles...
trouvés dans les excavations d'Herculanum, Stabies et Pompéia;
C. F. Lhomond, Éléments de la grammaire latine à
l'usage des collèges. De 1780 à sa mort en 1799, E.
L. Boullée rédige ce qui deviendra l'Essai sur l'art.
1781 : J. CI. R. de Saint-Non, Voyage pittoresque, ou Description
des royaumes de Naples et de Sicile, orné de cartes, plans,
vues, figures, vignettes et culs de lampe (1781-1786).
1782: D. Diderot, Essai sur les règnes de Claude et de Néron
et sur les mœurs et les écrits de Sénèque
; Lagrenée l'ancien, directeur de l'Académie de France
à Rome jusqu'en 1787 ; A. Canova exécute à
Rome le Thésée.
1783: J.-L.David, La Douleur et les regrets d'Andromaque sur le
corps d'Hector: morceau de réception à l'Académie.
1784: Choiseul-Gouffier, Voyage pittoresque de la Grèce;
Winckelmann, Recueil de lettres de M. W. sur les découvertes
faites à Herculanum, à Pompéi, à Stabia,
Caserte et Rome.
1785: J.-L. David, Le Serment des Horaces, peint en 1784, triomphe
au Salon; H. Robert, Ancien Portique de Marc-Aurèle.
1786: A. R. Mengs, Œuvres complètes.
1787 : Viel de Saint-Maux, Lettres sur l'architecture des Anciens
et sur celle des Modernes ; Rabaut Saint-Étienne : Lettres
sur l'histoire primitive de la Grèce ; Goethe visite les
fouilles de Pompéi.
1788 : Ch. Batteux, Traité de l'arrangement des mots, traduit
du grec de Denys d'Halicarnasse, avec des remarques; C. de Pauw,
Recherches philosophiques sur les Grecs.
1788-1789 : J.-J. Barthélemy, Le Voyage du jeune Anacharsis
en Grèce dans le milieu du 4 e siècle avant l'ère
vulgaire.
1789: J.-L. David expose au Salon Les Amours de Pâris et d'Hélène
et Les Licteurs rapportent à Brutus le corps de ses fils.
Barthélemy, Abrégé de l'histoire grecque depuis
les temps
les plus anciens jusqu'à la prise d'Athènes en 404
avant Jésus-Christ.
1791: Transformation de l'église Sainte-Geneviève
en Panthéon sous la direction de Quatremère de Quincy
; Volney, Les Ruines ou méditations sur les révolutions
des empires.
1792: J.-P. Marat : Les Chaînes de l'esclavage (trad. française)
[1ère éd., en anglais, 1774].
1797 : J. Fr. de La Harpe, Lycée ou Cours de Littérature
ancienne et moderne.
1798 : Reprise des fouilles à Pompéi sous la direction
du général Championnet
1799: J.-L. David : L'Enlèvement des Sabines.
1804: CI. N. Ledoux, L'Architecture considérée sous
le rapport de l'art, des mœurs et de la législation.
1819: Publication posthume des œuvres d'A. Chénier.
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