Table des matières

1- Numéro spécial : l'Antiquité au 18e siècle .
Édith FLAMARION et Catherine VOLPILHAC-AUGER : État des recherches et tendances actuelles. La source est un miroir
Chronologie (1692-1819) 6

Du savoir aux images :
Bernard COLOMBAT: Les grammaires latines en France 25
Claudine POULOUIN: L'Antiquité expliquée et représentée en figures (1719-1724) par Bernard de Montfaucon 43
Anne-Marie MERCIER-FAIVRE: Les singes de Mars et le singe antiquaire. A propos des dieux gréco-romains 61
Sylvain MAITON: L'interprétation alchimique de la mythologie 73

Des images à l'esthétique :
Patrick JAGER: Voyageurs au Levant à la recherche de l'Antiquité 89
Gérard LUCIANI : Les voyageurs français et les musées italiens 99
Michel BARIDON: L'imaginaire antique et le palladianisme des Lumières 109
René DÉMORIS : Peinture et belles antiques dans la première moitié du siècle. Les statues vivent aussi 129
Michel ESPAGNE: Antiquité, nature et nation chez Winckelmann 143

Arts et littérature : l'inspiration antique :
Michel DELON: Mythologie de la vestale 159
René MARTIN : Enée et Didon à la scène, ou l'art d'accommoder les restes 171
Yves TOUCHEFEU: Rousseau et Homère 179
Édouard GUITTON: L'Antiquité pour la modernité dans l'inspiration d'André Chénier 191
Alain MiCHEL: Vico, juge et témoin de la pensée romaine 201

Histoire et politique au tournant du siècle :
Gérard LAUDiN: Les grands hommes de l'Antiquité et la réflexion sur le génie en Allemagne de 1760 à 1790 213
Chantal GRELL : Les ambiguïtés du philhellénisme: l'ambassade du comte de Choiseul-Gouffier auprès de la Sublime Porte (1784-1792). 223
Patrick ANDRIVET: L'inspiration romaine dans Les Chaînes de l'esclavage de Marat 237
Jacques BOUINEAU: L'Antiquité chez Philippeaux 247
Marie-Thérèse BOUYSSY: L'Antiquité ténaréenne de Barère 259
Daniel RABREAU : Mythologie et art poétique. L'Antiquité dans la théorie de l'architecture régénérée de Ledoux 269

Annexe :
Philippe BORDES: Lucius Junius Brutus. Un projet d'exposition au musée de la Révolution française (Vizille) 285

Il. MÉLANGES.
Inédits:
N.-A. BOULANGER: Cinq lettres à Helvétius, présentées par Marie-Thérèse INGUENAUD et David SMITH 295
RAYNAL au printemps 1793, d'après deux documents présentés par Muriel BROT 317

Histoire des idées :
Réal OUELLET : A la découverte de Lahontan 323
Pierre LURBE: Le christianisme au miroir de l'Islam. dans le Nazarenus de John Toland 335
Ann THOMSON: Joseph Morgan et le monde islamique 349
Christian CHEMINADE: Une prédication républicaine au milieu du siècle: Les Bagatelles morales de l'abbé Coyer 365
René GREVET: Éducation, morale et politique chez F. M. Grimm 381

Littératures :
Annie RIVARA: État présent des études sur Marivaux 395
Mireille FLAUX : La fiction selon Mme Riccoboni 425
Pierre HARTMANN: Le projet esthétique de Beaumarchais 439
François ROSSET: Wanda, du mythe au roman 453
Anguélina VATCHÉVA: Derjavine, poète russe 467

Arts :
Ken-ichi SASAKI: Le 18e siècle comme ère de la peinture 481
Annie JOURDAN: L'allégorie révolutionnaire, de la Liberté à la République 503

Notes de lecture

NUMÉRO SPÉCIAL: L'ANTIQUITÉ AU 18e SIÈCLE.
Introduction

État des recherches et tendances actuelles. La source est un miroir …

Pourquoi l'Antiquité ? Au l8e siècle elle affleure partout; omniprésente, impalpable, nourrissant toute réflexion et imprégnant toute image. Qu'espère-t-on d'une analyse ? Qu'elle examine l'Antiquité comme un élément isolé et en montre le fonctionnement au sein de l'art, de la littérature et de la pensée ? Qu'elle décèle les tendances les plus générales ? Il ne sera guère utile d'afficher des données chiffrées : on aura tôt fait de circonscrire la référence antique en décrivant un déclin continuel tout au long du siècle, révélé avec une acuité particulière par la Révolution, qu'on a pourtant longtemps tenue, et non sans raison, pour un âge d'or de la référence antique . L'étude en sera compliquée du fait qu'à mesure que la distance s'accroît entre les lecteurs ou les spectateurs et le monde culturel emprunté aux Grecs et aux Romains, la référence se fait plus appuyée, plus voyante. Mais aurons-nous saisi notre objet ? Ce que nous cherchons, c'est à faire apparaître le rapport mouvant qui unit ou sépare le siècle des Lumières et l'Antiquité, telle qu'il se l'est représentée, la créant à son image tout en y puisant des valeurs transcendantes.

L'Alma mater des collégiens, cette culture commune qui sert de signe de reconnaissance au-delà des années d'étude témoigne de cette complexité : exhibée, intériorisée, elle retient par des liens affectifs ceux qu'elle a élevés. Qui oserait penser sans les Anciens ? Qui pourrait se passer de ces modèles, ne serait-ce que pour les récuser ? L'Antiquité est un legs, une tradition, en un siècle qui s'est méfié des héritages ; pendant la Révolution, le paradoxe prendra une forme particulièrement aigüe. Les Anciens constituent donc un des éléments d'un jeu plus vaste, qu'on trouvera illustré par les institutions : Greuze passant par les Fourches caudines de l'Académie de peinture et produisant un Caracalla pour accéder à la “ grande peinture ”, comme d'autres peignent l'amour et la nudité sous la forme d'Hélène ou de Pâris. L'antique est aussi un langage : il aide à formuler une pensée tout autant qu'il la limite - et nous parlons aussi du langage des arts, de celui que pratique David quand il copie inlassablement des nus antiques pour échapper à l'influence stérilisante des épigones de Boucher . Il est du domaine du connu, voire du familier, et n'en cristallise pas moins la curiosité , en offrant à l'imagination des horizons plus vastes : passer par les cités anciennes de Sparte, d'Athènes ou de Rome, dans lesquelles se projettent des affrontements qui sont ceux du siècle des Lumières, constitue à la fois un détour et le plus sûr moyen de définir des positions, voire de les durcir.

Comment rendre compte de cette difficulté ? Et dans quelle mesure le siècle en a-t-il pris conscience ? C'est dire que, pour nous, le rôle de l'Antiquité doit être envisagé selon la formule heureuse de J. Seznec, l'invention de lAntiquité , perspective selon laquelle il étudie quelques points stratégiques d'un mouvement qui, loin d'être une simple mode, correspond à un véritable changement du goût et à un effort de régénération, l'art devenant le mode d'expression privilégié d'aspirations nouvelles. Il est clair qu'elle n'est pas seulement un vaste réservoir d'images et de symboles. Certes il serait fort instructif (et il paraît relativement simple) d'en dresser le catalogue, notamment quand il s'agit d'exempla au sens plein du terme, qui ont véritablement valeur de modèles, comme Plutarque sait en présenter à l'admiration de ses jeunes lecteurs, également requis par les hautes figures de la république romaine . Mais à travers cet inventaire (dans la mesure où il est envisageable actuellement, ce qui reste douteux ), la référence antique risque d'apparaître comme un bric-à-brac où chacun devait trouver l'outil dont il avait besoin - conception commode qui a longtemps permis de parler d'un “ retour à l'antique ”, voire d'une “ re-naissance ” de l'Antiquité, dont la conséquence immédiate et visible serait l'apparition du néoclassicisme. Une telle approche, qui remonte au 19' siècle, se voit implicitement autorisée par l'abondance et la qualité des travaux consacrés par les historiens d'art au néoclassicisme, alors que la présence antique en littérature n'a longtemps été l'objet que de travaux isolés, pour ne pas dire ponctuels. Or, ainsi que l'a montré un article fondateur , qui conteste avec vigueur le recours à des catégories esthétiques commodes mais paralysantes, la référence antique doit sa vitalité aux fonctions précises que le siècle lui assigne (et qui lui permettront de se prolonger à travers le Romantisme). Elle est dynamisme et résistance, et ne s'épuise que parce qu'elle est vivante. Elle est surtout ce qui nous permet d'accéder au vif du siècle des Lumières: la source est un miroir, selon une formule employée par J. Ehrard lors de la Table ronde préparatoire. Narcissisme ? peut- être ; mais, selon Oscar Wilde, quand Narcisse se penchait sur elle, la rivière ne voyait dans ses yeux que le reflet de ses eaux...

Ce double jeu trouve son expression dans deux démarches de recherche, qui sont représentées ici et qui s'opposent autant qu'elles se complètent. La première consiste à adopter l'angle de la “ survie ” ou de la permanence de l'Antiquité, et à ce titre les antiquisants y ont trouvé une matière de prédilection. A travers les avatars d'un thème ou d'un mythe (ou la légende qui peu à peu, et même de son vivant, auréole un personnage historique) ou les interprétations successives d'un auteur (et il en est bien peu qui ne puissent se prêter à cet exercice), se lit la continuité au-delà des ruptures. Dans la perspective chronologique ainsi ouverte, le 18e siècle occupe généralement une place de choix. Ce peut être circonstanciel, grâce à la coupure instaurée par la Révolution ; mais pareille conception n'a en fait rien d'accidentel: le siècle des Lumières apparaît comme encore très proche d'une culture dont il est littéralement nourri, jusque dans le détail des moindres œuvres, alors que le 19' entretient un rapport plus distant, plus “ intellectualisé ” avec l'Antiquité. Cela peut aussi se justifier par l'importance et surtout la diversité d'une production qui permet souvent un profond renouvellement des thématiques, tout en respectant ses sources antiques plus fidèlement (au moins en apparence) que ne le faisait le siècle de Melle de Scudéry ou d'Eustache le Noble, dont les productions romanesques semblent parfois n'emprunter à l'Antiquité qu'un costume de scène.


La ligne directrice que nous venons de définir est, depuis une vingtaine d'années, celle du Centre A. Piganiol, de Tours, sous la direction de R. Chevallier, dont les titres sont trop nombreux pour être énumérés ici ; citons seulement Présence de Virgile (Paris, Belles-Lettres, 1978), Présence de Sénèque (Paris, Touzot, 1991), Présence de Tacite (Caesarodunum, n° 26 bis, 1992), mais aussi Présence de l'architecture et de l'urbanisme romains (Paris, Belles-Lettres, 1983) auxquels répondent L'Antiquité grécoromaine vue par le siècle des Lumières (Caesarodunum, n° 22 bis, 1987) et La Révolution française et l’Antiquité (Caesarodunum, n° 25 bis, 1991) qui, tout en adoptant un point de vue apparemment différent, n'en suivent pas moins les mêmes principes. Tous ces ouvrages font essentiellement (mais pas exclusivement) appel à des antiquisants, l'histoire de l'art occupant une large place.

Dans le même domaine œuvre C.É.S.A.R. (Centre d'Étude Sur l'Antiquité Rémanente), dirigé par René Martin (Paris-III), qui a déjà donné un important Enée et Didon. Naissance, fonctionnement et survie du mythe (Paris, CNRS, 1990) où tous les arts (y compris le cinéma, mais aussi - ce qui nous intéresse davantage - l'opéra, incomparable lieu d'épanouissement de la fable et de l'histoire), sont envisagés. Il a également co-organisé un colloque consacré à “ Néron, histoire et légende ” , qui prend la légende à ses débuts (à travers Tacite, dont on exploitera inlassablement le texte pendant des siècles) pour en suivre le cheminement. Comme pour l'équipe précédemment évoquée, la dominante est littéraire et la perspective essentiellement diachronique, mais ce type d'études est aussi particulièrement propice à la comparaison entre les genres comme à la présentation des apports mutuels de l'art et de la littérature.

Une autre approche consiste à envisager la présence antique sous l'angle de l'analogie profonde qui unit les genres ou les formes littéraires, comme J. P. Néraudau et E. Bury le pratiquent depuis 1990 au Centre de Recherches sur les Classicismes antiques et modernes (Reims), dont les travaux ont déjà porté sur Cicéron (L'Autorité de Cicéron de l’Antiquité au 18e siècle, Caen, Paradigme, 1993) et Ovide (Lectures d'Ovide, colloque de 1993, à paraître). La difficulté de l'entreprise ainsi conçue est masquée par le génitif (“ lectures de... ”), sous la forme ambivalente familière aux latinistes qui confond sens objectif et sens subjectif : on passe ainsi des “ lectures faites par Ovide ” aux “ lectures que l'on fait d'Ovide ” . Mais Janus y trouvera son compte.

Ces différentes recherches, fondées sur les acquis actuels de la science historique et philosophique, supposent que la réception d'une œuvre lui donne son sens complet : la survie d'un auteur ou d'un mythe atteste de sa richesse. Elles apparaissent comme relevant d'un choix d'ordre critique , autant que d'un effort pour affirmer la vitalité d'une littérature menacée d'oubli, rappelant sainement et vigoureusement que la culture classique reste quasiment incompréhensible si on n'en éclaire pas les soubassements, ou plutôt si on n'en révèle pas ce qui l'innerve ou l'alimente . C'est la vitalité de l'Antiquité qui est enjeu ; elle ne se conçoit que dans la longue durée et en termes d’ “ ensembles ”, en associant étroitement arts et littérature. Un aussi vaste champ de recherches peut également s'aborder de manière à faire ressortir les filiations : c'est un aspect dominant des travaux menés à l'instigation d'Alain Michel (Paris-Sorbonne), qui s'ouvrent davantage sur l'histoire des idées, sous la forme de thèses et à travers le Bulletin Guillaume Budé, où se mêlent de façon concertée articles consacrés à l'approfondissement des textes anciens et contributions vouées à la survie du monde gréco-romain. Discerner les lignes de force qui parcourent la pensée grecque, le monde romain, l'âge classique et la littérature la plus récente : ce principe ne permet pas d'accorder au l8e siècle une place privilégiée, mais le rattache à de grands courants, ou plutôt à une tradition, au sens le plus fort du terme. L'histoire des idées y gagne une profondeur chronologique et une extension européenne (car il faut toujours revenir à une langue et à une culture communes ) qui font de la pensée moderne un jeu d'échos qu'on est incapable de saisir dans toute leur complexité si on n'a pas accès à l'origine antique, au foyer universel de la pensée occidentale. C'est sur cette dimension qu'insiste l'association Méditerranées, fondée en 1991 (J. Bouineau, Paris-X), qui se donne précisément comme thème de recherche “ l'impact de la civilisation romaine ” sur le bassin méditerranéen et au- delà, et dont l'originalité est de rassembler juristes, historiens, littéraires : s'y prête particulièrement la question du tyrannicide (Revue Méditerranées, n' 2, 1993) ou de la citoyenneté (colloque prévu en 1995). Il faut aussi mentionner ici les travaux de la S.A.T.O.R. (Société d'analyse de la topique romanesque, présidée par H. Coulet) qui, à travers les topoi du roman, explore une tradition largement attestée dans la littérature française, à l'âge baroque comme au 18e siècle: en témoignent les recherches de F. Létoublon sur Les Lieux communs du roman. Stéréotypes grecs d'aventure et d'amour (Brill, 1993), largement ouverts sur le siècle de Prévost. Ces différentes orientations semblent coexister au sein de l'International Society for the Classical Tradition (fondée en 199 1, présidée par W. Haase et M. Reinhold, Boston University), qui couvre un champ fort vaste où les études dix-huitiémistes ne sont pas encore très nombreuses .
La seconde démarche privilégie le principe selon lequel l'Antiquité est surtout celle qu'on se crée ; non seulement parce que chaque siècle perçoit et conçoit ses ancêtres à sa manière, mais aussi parce que les conditions d'accès aux textes et aux documents anciens se modifient constamment. L'accent est alors mis, non sur la permanence, mais sur l'infléchissement qui fait la spécificité d'une interprétation . Le (ou les) texte(s)-source(s) fourni(ssent)il(s) plus qu'un prétexte ? A-t-on même encore affaire à des sources ? Même quand celles-ci sont avouées, voire proclamées, il s'agit moins d'apprécier une fidélité que de mesurer un écart. Il importe alors essentiellement de tenir compte, non pas du point d'origine auquel nous avons accès aujourd'hui, ou hypotexte “ objectif ” (texte idéal de Cicéron ou de Sénèque dont nous sommes plus près aujourd'hui qu'il y a deux siècles, et que nous connaissons certainement mieux que nos prédécesseurs), mais de l'hypotexte “ relatif ” : celui dont disposait le 18e siècle . Peu importe en effet ce que nous savons aujourd'hui de saint Augustin, si les écrivains du 18 e siècle l'ignoraient ? - faut-il même le savoir, si on veut éviter une perspective téléologique ? On préférera user de la notion devenue classique d'“ horizon d'attente ”, qui trouve ici un emploi précis et restreint : restituer l'horizon des méthodes de pensée, des connaissances et des préjugés qui détermine une esthétique et un savoir . On peut aller plus loin, en définissant un hypotexte “ subjectif ” : celui que le 18e siècle se construit à partir de tous les hypotextes possibles, en privilégiant certaines sources, en ignorant les autres. Ce sont les conditions de ce choix, tout autant que la nature des éléments considérés, qui font l'intérêt d'une démarche fondée sur l'idée que l'Antiquité n'existe pas en soi, mais seulement à travers des représentations.

Le paysage historique et bibliographique de l'Antiquité au 18e siècle a été dessiné par deux thèses récentes, qui nous dispensent de recensions fastidieuses et offrent un état présent des études : celle de M. Raskolnikoff, Histoire romaine et critique historique dans l'Europe des Lumières (Strasbourg, 1992), et celle de Ch. Grell, Le 18e siècle et l’Antiquité en France. Etude sur les représentations sociales et politiques, littéraires et esthétiques de la Grèce et de la Rome païennes (Oxford, 1995). Ces deux thèses, qui sont le fait d'historiens et tendent à l'exhaustivité bibliographique, relèvent d'un genre relativement peu pratiqué en France, l'historiographie, alors même que tout le monde s'accorde à reconnaître l'importance de l'histoire au 18e siècle, et que son influence sur les modes de pensée n'est pas à démontrer. L'Italie, notamment sous l'impulsion d'A. Momigliano, a vu se développer ce type de recherches de manière plus systématique que la France. P. Vidal- Naquet est de ceux qui lui ont donné ses lettres de noblesse, notamment grâce à ses travaux sur la citoyenneté, à travers une réflexion générale d'ordre politique inspirée par le souci de comprendre le présent, mais avant tout par l'attention portée à la cité grecque.
Les deux thèses citées plus haut ne peuvent manquer d'aborder des problèmes plus spécifiques. De manière très précise pour la première, qui se donne essentiellement pour tâche de démêler l'écheveau des débats suscités, dès le premier tiers du 18 e siècle, par la remise en cause des premiers siècles de l'histoire romaine, et y déchiffre les modes de pensée en usage dans la pratique et la réflexion historiques. De façon plus synthétique pour la seconde, qui s'attache à l'ensemble de la production artistique et intellectuelle d'un 18 e siècle amputé de sa fin, mais qui remonte à la fin du 17e siècle (articulation nécessaire pour qui veut suivre les progrès de la critique historique et l'évolution des représentations). Ainsi est posé le problème de l'érudition, en un siècle qui la voit progresser notablement mais qui la tient dans le discrédit - il suffira d'en prendre pour témoin D'Alembert dans le “ Discours préliminaire ” de l'Encyclopédie, opposant la “ sagacité ” des philosophes à la qualité principale des érudits, la mémoire, et renvoyant ces derniers, soucieux seulement d'“ amasser ”, voire d'“ entasse[r] ”, à l'ordre du quantitatif. On ne prétendra évidemment pas ici épuiser cette querelle , qui d'ailleurs ne se retrouve pas de manière aussi simpliste chez Diderot, dont l'approche esthétique arrive à transcender une présentation aussi manichéenne. Pour ce qui nous occupe, l'enjeu est néanmoins d'importance ; l'érudition, tout en tenant à distance son objet (le désignant justement comme “ objet ” d'étude), entretient avec lui une familiarité incontestable. Et grâce à elle l'Antiquité pénètre dans les esprits, non plus seulement par le biais des textes, mais aussi par celui des images . La “ redécouverte ” de l'érudition (si tant est qu'elle ait été véritablement oubliée), telle qu'elle s'opère dans la lignée des travaux de B. Barret-Kriegel , est indispensable à notre propos. Et sans doute faudrait-il, à ce titre, dresser des inventaires plus complets et plus détaillés des travaux menés par les érudits, notamment à l'Académie des inscriptions, ainsi qu'on tentera de le faire pour Homère dans un futur proche, en conjuguant les efforts des hellénistes et des dix-huitiémistes . Quand d'Ansse de Villoison, retrouvant à Venise un manuscrit de l'Iliade d'une incomparable richesse, où figurent des scholies jusqu'alors inconnues , donne un élan nouveau à la philologie, le vieil aède offre toujours prise à l'imagination, fût-ce au prix du détournement parodique.
S'il appartient à d'autres lieux d'offrir des études extrêmement spécialisées ou des tableaux prétendant à l'exhaustivité , qui permettent de faire le point sur les démarches proprement scientifiques mises en œuvre au 18e siècle , nous avons souhaité insister ici sur des approches caractéristiques et plus globales. Les articles recueillis représentent l'essentiel des tendances que nous avons dégagées dans le champ des recherches actuellement entreprises, tout en s'articulant de manière à faire apparaître les thèmes majeurs concernant la question et à respecter la logique propre à l'ensemble.
C'est donc d'abord aux structures mentales que ce numéro accorde la première place puisque c'est à travers la langue que s'opère l'appréhension la plus “ immédiate ” de l'Antiquité, celle des collèges où se pratique l'apprentissage du latin (B. Colombat). C'est aussi aux images qu'il consacre une attention toute particulière, non pas tant parce qu'il en fournit un certain nombre d'exemples, mais surtout parce qu'il en désigne l'importance stratégique, à travers des ouvrages fondamentaux tels que L'Antiquité expliquée et représentée en figures de Dom Montfaucon, monument d'érudition qui instruit et donne à voir à la fois, mais qui toujours privilégie la lisibilité sans jamais négliger l'aspect esthétique (CI. Poulouin). La mythologie constitue également un domaine d'inspiration majeur, dont le statut a considérablement évolué depuis le l7e Siècle (A. M. Mercier-Faivre et S. Matton).
Images encore que celles offertes par les “ voyages en Italie ” ; tout comme les voyages au Levant, ils rappellent qu'ils donnent l'occasion de porter un regard nouveau sur les objets, et que la naissance de la muséologie constitue une étape importante dans la perception de l'Antiquité (G. Luciani et P. Jager). La mythologie elle-même, s'il est vrai qu'elle semble s'épuiser, inspire une multitude de représentations picturales qui entourent les lecteurs cultivés, instaurant une relation complexe où le spectateur ne sait plus s'il existe encore une frontière entre les représentations esthétiques et le monde qui lui est familier (R. Démoris). L'unité du visuel et de l'intellectuel, qui constitue une autre modalité d'approche synthétique, est sensible à travers le palladianisme où se projette l'esprit des Lumières (M. Baridon). A ce titre, il convenait d'interroger une œuvre fondamentale, celle de Winckelmann, qu'on considère souvent de manière purement “ idéale ” et dont on étudie plus volontiers l'influence que la genèse, alors que celle-ci révèle les tensions d'une pensée soucieuse d'affirmer l'identité allemande tout en portant les marques d'une trajectoire sociale, sans jamais pourtant se borner à une revendication étroitement individualisée (M. Espagne).
Si on voit interférer, ou plutôt se renforcer mutuellement arts et littératures, on constatera qu'avec le thème de la vestale se donnent libre cours des aspirations qu'on ne saurait réduire à une idéologie privée de moyens d'action directs (M. Delon). De même, les réécritures de l'Enéide, même quand elles ne se donnent Virgile que comme prétexte (R. Martin), illustrent une vitalité qui se perçoit notamment dans l'univers mental de Rousseau, chez lequel l'illustration joue un rôle capital (Y. Touchefeu), ou dans celui de Chénier (E. Guitton). Avec Vico, on verra que s'établit un équilibre fécond entre classicisme et modernité (A. Michel). Ainsi se noue le dialogue de l'imaginaire et des savoirs, qui se conditionnent mutuellement et auxquels était due une place toute particulière.
Un quatrième axe de recherche nous était proposé par les problèmes que suscite la période révolutionnaire. Mort et régénération de l'Antiquité se juxtaposent, illustrant une nouvelle fois la complexité d'une époque qu'on a trop facilement réduite au culte des grands hommes. Un regroupement chronologique plutôt que thématique s'imposait alors. Il était également souhaitable de rendre sensibles certaines tactiques mettant en jeu l'Antiquité, ou du moins la manière dont elle sert des enjeux qui la dépassent : ainsi l'élaboration par les historiens allemands d'une pensée politique qui prend l'Antiquité comme modèle (G. Laudin), ou la politique étrangère de la France, sous couvert de philhellénisme (Ch. Grell). Pendant la Révolution, si l'Antiquité reste une référence obligée, les écrits des révolutionnaires témoignent de ses avatars (P. Andrivet, J. Bouineau, M. Bouyssy) ; elle reste néanmoins porteuse d'une note d'espoir (1). Rabreau), tout en continuant à alimenter l'imaginaire des peintres (Ph. Bordes).

ÉDITH FLAMARION et CATHERINE VOLPILHAC-AUGER


CHRONOLOGIE
Cette chronologie, qui est loin d'être exhaustive, présente les dates des évènements qui, en France et en Europe, marquent de façon significative l'histoire du rapport entretenu par les hommes du 18' siècle avec l'Antiquité gréco- romaine (dates de publication d'ouvrages, de représentations musicales, de composition ou d'exposition de toiles au Salon, etc.).
1692 André Dacier, La Poétique d'Aristote, traduite en français, avec des remarques critiques sur tout l'ouvrage.
1693 A. Dacier, Tragédies de Sophocle traduites du grec en français, avec des remarques.
1694: A. Dacier, La Vie des hommes illustres de Plutarque traduites en français, avec des remarques (éd. incomplète).
1697 : P. Bayle, Dictionnaire historique et critique.
1698: A. Dacier et Sévigné, Dissertation sur l'Art poétique d'Horace où l'on donne une idée générale des pièces de théâtre.
1699 : A. Dacier, Les Œuvres de Platon, avec des remarques et la vie de ce philosophe, avec l'exposition des principaux dogmes de sa philosophie; J.-F. Félibien, Plans et descriptions des deux maisons de campagne de Pline, avec des remarques et une dissertation touchant l'architecture antique et gothique ; Fénelon, Télémaque ; L. S. de Sacy, Lettres de Pline le Jeune.
1700: L. de Mailly, Anecdote ou histoire secrète des Vestales; F. Raguenet, Les Monuments de Rome ou description des plus beaux ouvrages de peinture, de sculpture et d'architecture qui se voient à Rome et aux environs, J. Tarteron, Les Œuvres d'Horace, nouvelle traduction.
1702: F. Fyot de la Marche, Le Sénat romain.
1704: A. Coypel: La Mort de Didon.
1707 P. J. de Crébillon, Électre.
1708 P. J. de Crébillon, Atrée et Thyeste.
1711-1717 : “ Querelle homérique ” : Anne Dacier, L'Iliade d'Homère, traduite en français avec des remarques (1711) ; A. Houdar de la Motte, L'Iliade, Poème, avec un discours sur Homère, A. Dacier, Des causes de la corruption du goût (1714) ; J. Van Effen, Dissertation sur Homère et sur Chapelain (1714) ; CI. Buffier, Homère en arbitrage (1715) ; F. Hédelin, abbé d'Aubignac, Conjectures académiques, ou Dissertation sur l'Iliade, ouvrage posthume trouvé dans les recherches d'un savant (1715) ; J. Terrasson, Dissertation critique sur l'Iliade d'Homère, où, à l'occasion de ce Poème, on cherche les règles d'une Poétique fondée sur la Raison et sur l'exemple des Anciens et des Modernes (1715) ; A. Dacier, L'Odyssée d'Homère traduite en français, avec des remarques (1716) ; J. Hardouin, Apologie d'Homère, où l'on explique le véritable dessein de son Made et sa Théomythologie (1716) ; A. Dacier, Homère défendu contre l'Apologie du P. Hardouin, ou Suite des causes de la corruption du goût (1716) ; E. Fourmont, Examen pacifique de la Querelle de Me Dacier et M. de la Motte sur Homère, avec un Traité sur le Poème épique et la critique des deux Iliades et de plusieurs autres poèmes (1716) ; Marivaux, Homère travesti ou l'Iliade en vers burlesques (1716) ; J. Terrasson, Addition à la Dissertation critique sur l'Iliade d'Homère (1716) ; J. Boivin, Batrachomyomachie d'Homère, ou Combat des rats et des grenouilles en vers français (1717).
1711 : Premières fouilles d'Elbeuf à Portici, sur le site d'Herculanum
A. Banier, Explication historique des Fables où l'on découvre leur origine et leur conformité avec l'histoire ancienne.
1714: Début de l'activité académique de N. Fréret, dont la publication s'étale jusqu'en 1759 dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions.
1716-1719: D. Gaullyer, Règles pour la langue latine et française.
1718 : Voltaire, Œdipe (première tragédie voltairienne d'inspiration grecque).
1719 : B. de Montfaucon, L'Antiquité expliquée et représentée en figures (10 vol. in fol.) ; Anne Dacier, L'Iliade d'Homère, 2' édition revue et augmentée avec quelques Réflexions sur la préface anglaise de Pope - Vertot, Histoire des révolutions arrivées dans le gouvernement de la république romaine (3 vol. in-12).
1720: A. Houdar de la Motte, L'Iliade, Poème, avec un Discours sur Homère, 2' édition augmentée; J. B. Morvan de Bellegarde, Histoire romaine, par demandes et réponses; G. Vico: De universi iuris uno principio et fine uno (Droit universel, 1720-1722).
1722-1725 : Débat à l'Académie des Inscriptions sur “ les origines de Rome ”. (1722 : Lévesque de Pouilly, Dissertation sur l'incertitude des quatre premiers siècles de l'histoire de Rome et Nouveaux essais de critique ; 1723 : abbé Sallier, Discours sur les premiers monuments historiques des Romains ; 1724: Second discours sur la certitude de l'histoire des quatre premiers siècles de Rome... ;
1724: Pouilly, Nouveaux essais de critique sur la fidélité de l'histoire ; 1724 : Fréret, Réflexions sur l'étude des anciennes histoires et sur le degré de certitude de leurs preuves; 1725 : Sallier, Troisième discours sur la certitude de l'histoire des quatre premiers siècles de l'histoire de Rome ; 1725 : Sallier, Réflexions critiques sur le caractère de quelques historiens grecs, comparés avec les historiens romains.).
1723: F. Lafitau, Mœurs des sauvages américains comparées aux mœurs des anciens temps.
1724: N. Lenglet-Dufresnoy, J. Lévesque de Burigny, Histoire de la philosophie païenne ou sentiments des philosophes et des peuples païens les plus célèbres sur Dieu, l'âme et sur les devoirs de l'homme ; Fontenelle, De l'origine des fables ; B. de Montfaucon, Supplément de l'Antiquité expliquée et représentée en figures.
1725 : F. de Chateauneuf, Dialogue sur la musique des Anciens ; J.-P. de Crousaz, Essai de rhétorique dans la traduction de quatre Harangues de Tite-Live, avec des notes ; Morvan de Bellegarde, Nouvelle Histoire poétique du père Gautruche, revue et augmentée par l'abbé B. ; A. Nadal, Histoire des Vestales, avec un traité du luxe des dames romaines ; I. Newton, La Chronologie des anciens royaumes corrigée, à laquelle on a joint une Chronique abrégée, qui contient ce qui s'est passé anciennement en Europe, jusqu'à la conquête de la Perse par Alexandre le Grand (1ere trad. de N. Fréret) ; Vico, Scienza nuova (1725-1744) ; 1725-1732: F. Catrou et P. J. Rouillé, Histoire romaine depuis la fondation de Rome (22 vol. in-4').
1726: C. Van Loo, Mars et Vénus; F.Boucher, La Mort d'Adonis; J. CI. Fabre, Appendix de Diis et Heroibus poeticis ou Abrégé de l'Histoire poétique, qui traite des Dieux et des Héros de la Fable.
1727: P. Chompré, Dictionnaire abrégé de la Fable, pour l'intelligence des poètes et la connaissance des tableaux et des statues dont les sujets sont tirés de la Fable; Ramsay, Voyages de Cyrus.
1728-1731 : séjour de F. Boucher à Rome.
1730: P. Brumoy, Le Théâtre des Grecs.
1731 : Voltaire, Brutus (première tragédie voltairienne à sujet romain)
1731-1738: Ch. Rollin, Histoire ancienne des Égyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des Mèdes et des Perses, des Macédoniens et des Grecs (13 vol. in-12).
1732: F. Boucher, peintre d'histoire agréé à l'Académie le 24 novembre 1731, peint Vénus demandant à Vulcain des armes pour Énée; il sera reçu à l'Académie en 1734, y deviendra professeur en 1737, en sera directeur et premier peintre du roi en 1765 ; il meurt en 1770.
1733: J. Hardouin, Opera omnia ; J. Ph. Rameau, Hippolyte et Aricie.
1734: Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence; Fr.Bellenger, Les Vies des hommes illustres omises par Plutarque contenant Annibal par A. Dacier; Énée, Tullus Hostilius, Aristomènes, Tarquin l'Ancien, L. Junius Brutus, Gélon, Cyrus, Jason, trad. de l'anglais de Th. Rowe ; début du séjour de CI.-J. Vernet à Rome (1734-1753).
1737 : J. F. de Troy directeur de l'Académie de France à Rome (jusqu'en 1751) ; Rameau, Castor et Pollux.
1738 : Charles de Bourbon, devenu roi de Naples et de Sicile en 1735, ordonne la reprise des fouilles à Herculanum, sous la direction de Rocco Gioacchino Alcubierre ; le 11 déc., une inscription permet d'identifier la cité (les fouilles durent jusqu'en 1765 avec une interruption de 1745 à 1751) ; L. de Beaufort, Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siècles de l'histoire romaine; Ch. Rollin et J. B. Crevier, Histoire romaine depuis la fondation de Rome jusqu'à la bataille d'Actium, c'est-à-dire jusqu'à la fin de la République (16 vol. in-12).
1739-1740 : Voyage du président de Brosses en Italie.
1740: F. Catrou et P. J. Rouillé, Histoire de la fondation de Rome, l'établissement de la République, son origine, ses progrès, les mœurs de ses premiers habitants et son gouvernement politique et militaire, augmentée de quelques remarques de M. La Barre de Beaumarchais 1G. B. de Mably, Parallèle des Romains et des Français par rapport au gouvernement; F. Boucher, La Naissance de Vénus. 1741 : L. de Beaufort, Histoire de César Germanicus.
1742: F. Boucher, Repos de Diane sortant du bain ; J.-M. Nattier, Madame Henriette en Flore.
1743: D. Diderot, Histoire de Grèce, traduite de l'anglais de Temple Stanyan.
1744: J. Tailhé, Abrégé de l'Histoire ancienne de Rollin à l'usage des jeunes gens; G. B. Piranèse s'installe à Rome sur le Corso (il y reste jusqu'à sa mort en 1778) ; J.-B. Pigalle, Mercure.
1745: J.-P. de Bougainville, Dissertation qui a remporté le prix de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres sur les colonies grecques ; A. de Claustre, Dictionnaire de mythologie pour l'intelligence des poètes, de l'histoire fabuleuse, des monuments historiques, des bas-reliefs, des tableaux; Lenormant de Tournehem, oncle de la marquise de Pompadour, est nommé à la Direction Générale des Bâtiments du roi : la peinture d'histoire est remise à l'honneur ; il crée en 1748 l'Ecole Royale des Élèves protégés, où l'étude de l'Antiquité tient une place privilégiée. Reprise à l'Opéra de Persée, de Quinault et Lully, avec cinq décors de Boucher.
1747 : A. Calmet, Histoire universelle sacrée et profane depuis le commencement du monde; E. Fourmont, Réflexions sur l'origine, l'histoire et la succession des anciens peuples. F. Boucher, L'Enlèvement d'Europe.
1748 : Début des fouilles à Pompéi : ouverture, le 1er avril, du chantier confié à Alcubierre (il sera remplacé par K. Weber en 1749 ; la cité ne sera identifiée qu'en 1763) ; J.-C. François, Nouveau Livre de principes de dessin recueilli des études des meilleurs maîtres, tant anciens que modernes.
1749: G. B. de Mably, Observations sur les Grecs; Crevier, Histoire des Empereurs romains depuis Auguste jusque Constantin (12 vol. in- 12).
1750 : Ch. de Brosses, Lettres sur l'état actuel de la ville souterraine d'Héraclée et sur les causes de son ensevelissement sous les ruines du Vésuve - J.-F. Marmontel, Cléopâtre d'après l'histoire; voyage officiel de Marigny, frère de MI de Pompadour, Cochin et Soufflot sur les sites archéologiques italiens ; F. Boucher: sortie de Bacchus et Ariane, première tapisserie de la série des Amours des Dieux, tissée à Beauvais.
1751 : N. Cochin, Lettres sur les peintures d'Herculanum aujourd'hui Portici ; G. B. de Mably, Observations sur les Romains ; C. J. Natoire, directeur de l'Académie de France à Rome jusqu'en 1775.
1752: L. Angliviel de la Beaumelle, Pensées de Sénèque, recueillies et traduites en français pour servir à l'éducation de la jeunesse ; Caylus, Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines et gauloises (7 vol. in-12, 1752-1767) ; Marigny à la Direction des Bâtiments jusqu'en 1773.
1754: J. Bellicard et Cochin, Observations sur les antiquités de la ville d'Herculanum, avec quelques réflexions sur la peinture et la sculpture des Anciens.
1755: Arrivée de J.-J. Winckelmann à Rome; il découvre en 1762 les fouilles d'Herculanum et de Pompéi dont il dénonce la mauvaise organisation ; il sera assassiné à Trieste en 1768. Parution des Réflexions sur l'imitation des œuvres grecques en peinture et en sculpture ; Caylus, Mémoire sur la peinture à l'encaustique et sur la peinture à la cire. Début du séjour d'H. Robert à Rome où il reste jusqu'en 1762. N. Cochin nommé secrétaire perpétuel de l'Académie de Peinture et de Sculpture ; début de l'édification (1755-1790) conçue par Soufflot de l'église Sainte-Geneviève.
1756: J.-B. Piranèse, Le Antichità romane (4 vol.); de 1756 à 1761 séjour de J. H. Fragonard à Rome.
1757 : Antichità d’Ercolano (leur publication dure jusqu'en 1792) ; Caylus, Tableaux tirés de l'Iliade, de l'Odyssée d'Homère et de l'Enéide de Virgile, avec des observations générales sur le costume; Caylus et J.-P. Mariette, Recueil de peintures antiques imitées fidèlement par les couleurs et pour le trait, d'après les dessins faits par Pietro Santi Bartoli (1757-1760) ; séjour de l'abbé Barthélemy à Rome.
1758: J. D. Leroy, Ruines des plus beaux monuments de la Grèce; A. J. Pernety, Dictionnaire mytho-hermétique, dans lequel on trouve les allégories fabuleuses des poètes, les métaphores, les énigmes et les termes barbares des philosophes hermétiques expliqués, et du même Les Fables égyptiennes et grecques dévoilées et réduites au même principe, avec une explication des hiéroglyphes et de la Guerre de Troie.
1759 : J.-M. Nattier, Une vestale.
1759-1761 : Voyage de R. de Saint-Non en Italie.
1761 : J.-P. de Bougainville, Recherches sur les voyages de Pythéas et ceux de Hannon ; Greuze expose au salon Madame Greuze en Vestale.
1762: J.-B. de Boyer d'Argens, Ocellus Lucanus, en grec et en français, avec des Dissertations sur les principales questions de la métaphysique, de la physique et de la morale des Anciens qui peuvent servir à la philosophie du bon sens ; S. N. Linguet, Histoire du siècle d'Alexandre, avec quelques réflexions sur ceux qui l'ont précédé ; A. R. Mengs, Réflexions sur la beauté.
1763: J. M. Vien expose au Salon La Marchande d'amours ; G. B. de Mably, Entretiens de Phocion sur le rapport de la morale avec la politique, traduits du grec de Nicoklès.
1764: Winckelmann, Geschichte der Kunst des Altertums (Dresde) (en 1765 à Amsterdam : Histoire de l’Art chez les Anciens ; en 178 1, Histoire de l’Art de l’Antiquité (Leipzig) ; en 1789, Histoire de l’Art chez les Anciens (Paris) ; découverte du temple d'Isis à Pompéi ; Ch. Dumont, Suite des plans, coupes, profils, élévations géométrales et perspectives des trois temples antiques de Paestum, mesurés par J. G. Soufflot.
1765 : P. A. Barral, Dictionnaire des antiquités romaines, ouvrage traduit et abrégé du Grand Dictionnaire de Samuel Pitiscus; abbé Bignon, Histoire critique du gouvernement romain, où d'après les faits historiques on développe sa nature et ses révolutions depuis son origine jusqu'aux empereurs et aux papes; J. H. Fragonard, Corésus et Callirhoé ;C. Van Loo : Une Vestale tenant une corbeille de fleurs.
1766: L. de Beaufort, La République romaine ou plan général de l'ancien gouvernement de Rome, où l'on développe les différents ressorts de ce gouvernement... (2 vol. in-41) ; d'Hancarville, Les Antiquités étrusques, grecques et romaines tirées du cabinet de M. Hamilton (gravées par F. A. David, avec les explications de d'Hancarville (4 vol. in-fol., 1766-1767) ; Mably, Observations sur l'histoire de la Grèce ou des causes de la prospérité et des malheurs des Grecs ;Linguet, Histoire des révolutions de l'empire romain depuis Auguste jusqu'à Constantin; N. A. Boulanger, L'Antiquité Dévoilée par ses usages ou Examen des principales opinions, cérémonies et institutions religieuses et politiques des différents peuples de la terre.
1767: Winckelmann, Monumenti antichi...
1768 : Ch. Batteux, Lettre d'Aristote à Alexandre sur le système du monde avec la traduction française et des remarques ;Dubois-Fontanelle, Éricie ou les Vestales; Radonvilliers, De la manière d'apprendre les langues.
1769: J. Lalande, Voyage d'un Français en Italie dans les années 17651766.. ; F.-H. Turpin, L'Histoire du gouvernement des anciennes républiques - J. B. Greuze, Septime Sévère Reproche à Caracalla, son fils, d'avoir voulu l'assassiner dans les défilés d'Écosse.
1770: J.-J. Le Franc de Pompignan, Tragédies d'Eschyle.
1771 : E. M. Falconet, Observations sur la statue de Marc-Aurèle et sur d'autres objets relatifs aux Beaux-arts ; P. A.Guys, Voyage littéraire de la Grèce, ou lettres sur les Grecs anciens et modernes avec un parallèle de leurs mœurs ; la “villa de Diomède ” est dégagée à Pompéi.
1772: M. F. Dandré-Bardon, Costumes des anciens peuples, collection de planches gravées par Cochin et accompagnées de traits historiques et de réflexions critiques.
1773: A. Court de Gébelin, Le Monde primitif analysé et comparé
avec le monde moderne.
1774 : Glück, Iphigénie en Aulide ; d'Angiviller, directeur des Bâtiments du roi.
1775: E. B. de Condillac, Histoire ancienne, Cours d'études pour l'instruction du prince de Parme (16 vol. in-8); J. S. Bailly, L'Histoire de l'astronomie ancienne depuis son origine jusqu'à l'établissement de l'école d'Alexandrie; J. M. Vien nommé directeur de l'Académie de France à Rome jusqu'en 1781.
1776: Ed. Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, trad. par Leclerc de Septchênes ; voyage de M. G. F. Choiseul-Gouffier en Grèce.
1777 : J.-J. Barthélemy, Entretiens sur l'état de la musique grecque vers le milieu du 4' siècle avant l'ère vulgaire ; Ch. De Brosses, Histoire de la République romaine dans le cours du 7e siècle, par Salluste, en partie rétablie et composée sourdes fragments qui sont restés de ses livres perdus, remis en ordre dans leur place véritable ou la plus vraisemblable.
1778: A. D. Fougeroux de Bondaroy, Recherches sur les ruines d'Herculanum et sur les connaissances qui peuvent résulter de l'état présent de la science et des arts, avec un Traité sur la fabrique des mosaïques
J. B. Piranèse, Vasi, candelabri, cippi, sarcofagi...
1779: Glück, Iphigénie en Tauride.
1780: S. Maréchal et F. A. David, Les Antiquités d'Herculanum ou les plus belles peintures antiques et les marbres, bronzes, meubles... trouvés dans les excavations d'Herculanum, Stabies et Pompéia; C. F. Lhomond, Éléments de la grammaire latine à l'usage des collèges. De 1780 à sa mort en 1799, E. L. Boullée rédige ce qui deviendra l'Essai sur l'art.
1781 : J. CI. R. de Saint-Non, Voyage pittoresque, ou Description des royaumes de Naples et de Sicile, orné de cartes, plans, vues, figures, vignettes et culs de lampe (1781-1786).
1782: D. Diderot, Essai sur les règnes de Claude et de Néron et sur les mœurs et les écrits de Sénèque ; Lagrenée l'ancien, directeur de l'Académie de France à Rome jusqu'en 1787 ; A. Canova exécute à Rome le Thésée.
1783: J.-L.David, La Douleur et les regrets d'Andromaque sur le corps d'Hector: morceau de réception à l'Académie.
1784: Choiseul-Gouffier, Voyage pittoresque de la Grèce; Winckelmann, Recueil de lettres de M. W. sur les découvertes faites à Herculanum, à Pompéi, à Stabia, Caserte et Rome.
1785: J.-L. David, Le Serment des Horaces, peint en 1784, triomphe au Salon; H. Robert, Ancien Portique de Marc-Aurèle.
1786: A. R. Mengs, Œuvres complètes.
1787 : Viel de Saint-Maux, Lettres sur l'architecture des Anciens et sur celle des Modernes ; Rabaut Saint-Étienne : Lettres sur l'histoire primitive de la Grèce ; Goethe visite les fouilles de Pompéi.
1788 : Ch. Batteux, Traité de l'arrangement des mots, traduit du grec de Denys d'Halicarnasse, avec des remarques; C. de Pauw, Recherches philosophiques sur les Grecs.
1788-1789 : J.-J. Barthélemy, Le Voyage du jeune Anacharsis en Grèce dans le milieu du 4 e siècle avant l'ère vulgaire.
1789: J.-L. David expose au Salon Les Amours de Pâris et d'Hélène et Les Licteurs rapportent à Brutus le corps de ses fils. Barthélemy, Abrégé de l'histoire grecque depuis les temps
les plus anciens jusqu'à la prise d'Athènes en 404 avant Jésus-Christ.
1791: Transformation de l'église Sainte-Geneviève en Panthéon sous la direction de Quatremère de Quincy ; Volney, Les Ruines ou méditations sur les révolutions des empires.
1792: J.-P. Marat : Les Chaînes de l'esclavage (trad. française) [1ère éd., en anglais, 1774].
1797 : J. Fr. de La Harpe, Lycée ou Cours de Littérature ancienne et moderne.
1798 : Reprise des fouilles à Pompéi sous la direction du général Championnet
1799: J.-L. David : L'Enlèvement des Sabines.
1804: CI. N. Ledoux, L'Architecture considérée sous le rapport de l'art, des mœurs et de la législation.
1819: Publication posthume des œuvres d'A. Chénier.