Table des matières


1- Numéro spécial : l'année 1778

Roland DESNÉ et Michel VOVELLE : Présentation 5.

Pierre RÉTAT : Une année au jour le jour. Chronologie du 1er janvier au 31 décembre 7
Michel GUYARD : Un provincial à Paris en juillet: extraits du journal inédit de Nicolas LOUET, avocat chaumontais 33
Jean-Claude DAVID: Paris en août: une lettre inédite de GINGUENÉ à ÉCOUCHARD-LEBRUN 55
Paul HOFFMANN: Une lettre inédite de Philippe SECRETAN à MIRABEAU (septembre) 65
André MAGNAN: Prophétie féministe pour l'après-89 : une lettre inédite de la comtesse de BENTINCK 71
Pierre RÉTAT : L'année vue par les journaux: problèmes et propositions. 83
Claude LABROSSE : Le récit d'événement dans la presse 99
Pierre LAMARQUE: Naissance de l' Assemblée Nationale » 111
Michel PÉRONNET : Nos Seigneurs du clergé de France 119
Vida AZIMI : L'écho des employés ou le nouveau discours administratif 133
F. BLÉcHET : A la Bibliothèque du Roi 151
Monique CUBELLS : A Aix-en-Provence : le mouvement et la résistance. 161
Yves BENOT : La question coloniale: l'année des déceptions et des contradictions 179
Antoine de BAECQUE : L'homme nouveau est arrivé. La " régénération » du Français 193
Jacques GUILHAUMOU : Le récit du 14 juillet dans les Vies politiques (1793-94) 209
Malcolm COOK: Le roman en France 221
Jean-Rémy MANTION : Autopsie de la Bastille: peindre l'événement. 235
Jean-Louis JAM : La musique à Paris 249
Hans-Jürgen LÜSEBRINK et Rolf REICHARDT : L'écho de 1789 en Allemagne 259
Leopoldo COLLOR JOBIM et Joâo-Luis LISBOA: Les diplomates portugais devant la Révolution 277
Andrée MANSUY-DINIZ SILVA: L'année vue de Turin par un diplomate portugais 289
Jean-Paul de LAGRAVE : L'année dans la Gazette de Montréal 315
Jacques RUELLAND : La Déclaration des Droits dans la Gazette de Québec. 333


II. MÉLANGES :

Michel PÉRONNET : Discours ecclésial, monarchique et médical sur la maladie 337
Marie SOUVIRON : Diderot dans l'allée des Marronniers. Être matérialisteen1747 353
Ann THOMSON: L'homme-machine : mythe ou métaphore ? 367
Jean-François COMBES-MALAVIALLE : Vues nouvelles sur l'abbé de Prades 377
David BEESON : Une anecdote sur La Condamine 399
Belinda CANNONE : Le lecteur y mettra le titre. Un pamphlet de Mirabeau en faveur de la musique instrumentale 403
Raymond TROUSSON : Mirabeau vu par les écrivains romantiques. 415
Yves CHASTAGNARET : George Sand et la Révolution française 431
François MOUREAU : L'Italie d'Antoine Watteau, ou le rêve de l'artiste. 449

Documentation :
Jean SGARD : Regard critique sur l'édition des OEuvres de Prévost. 459 DominiqueBOUREL: 1986, année Frédéric le Grand 465

Notes de lecture : Revues, publications pluridisciplinaires, bibliographies. 469 Éditions de textes 483 Histoire. 501 Histoire des idées 547 Littératures. 564 Arts 578

Index alphabétique des notes de lecture 587 Livres reçus 592 Correspondance: Sur le rousseauisme en France avant 1789 : une
lettre de Roger BARNY et la réponse de Lise ANDRIES 595 Summaries of the articles in this issue (avec la collaboration d'Ann THOMSON) 597

Présentation


En proposant un numéro sur « l'année 1789 ", nous n'avons pas mésestimé les difficultés de l'entreprise. Celle-ci n'est pas sans précédent: notre revue avait produit, dans son numéro 11 (1979), un dossier sur « l'année 1778 ", s'affrontant déjà à l'exercice périlleux de saisir, à un moment donné, les richesses d'un instant et les contradictions dont il est chargé, sans anticiper l'avenir dont îl est porteur. 1789, à cet égard, représente un rendez-vous redoutable, tant par son importance historique réelle que par sa valeur symbolique.

On s'apprête à célébrer officiellement 1789. D'aucuns voient dans la durée de cette année la limite à ne pas dépasser, quitte à tricher un peu en poussant jusqu'au 14 juillet 1790 où la Révolution investit dans la fête de la Fédération le rêve unanimiste d'un nouvel ordre et l'illusion du retour au calme. Ce n'est pas par prudence diplomatique que nous avons posé les bornes du chantier ouvert ici. Quel chercheur -et quel lecteur -affectera la pieuse hypocrisie de prétendre ignorer la suite ? Il s'agit simplement, en évitant la tentation d'une reconstruction rétrospective, d'essayer de coller aux réalités de l'année 1789 telles qu'elles ont été vécues et perçues. Sans vouloir, pour autant, atteindre à l'impossible chronique-vérité qui restituerait le tourbillon des faits, des idées et des réactions au jour le jour. Un choix est nécessaire qu'il ait été fait par les contemporains ou qu'il s'impose à nous qui tentons de comprendre.

Des supports privilégiés se sont donc imposés d'abord. Correspondances ou pages de livre-journal permettent de saisir à l'état naissant la perception des événements et les jugements qu'ils suscitent. Les inédits que nous publions accroissent et nuancent le corpus de référence trop souvent invoqué de façon répétitive par l'historiographie d'hier et d'aujourd'hui. Le moment révolutionnaire valorise également d'autres sources, préexistantes souvent mais auxquelles il confère un intérêt exceptionnel. Ainsi la presse dont. l'explosion, liée à l'événement comme à la levée de la censure, fait une référence majeure tant par l'apport des informations que par la diversité des regards et, très vite, des options tranchées. En prolongement du journal, le pamphlet est un autre moyen de surprendre, dans le court terme, la constitution d'images et d'idées-force. A côté des indicateurs de ce qui bouge, voici les chroniques de la continuité: sur la vie musicale, sur la production littéraire ou picturale. Point de rupture brutale, semble-t- il, en ces domaines. L'intégration de nouveaux thèmes, et plus encore d'une sensibilité modifiée, voire de formes inédites à l'usage des temps nouveaux, ne se fera que progressivement. D'autres contributions incitent à découvrir un regard plus lointain ou réfracté sur les événements de France. Celui des étrangers, notamment dans les correspondances diplomatiques -une mine encore à exploiter -, s'inscrit en continuité avec le témoignage des correspondances et livres- journaux, mais avec sa spécificité, son acuité propre. On mesure ainsi, jusqu'au Québec, l'écho révolutionnaire. Enfin, il a paru légitime de retenir le souvenir de 1789 dans la mémoire de ceux, patriotes ou suspects (ou successivement les deux à la fois) qui ont eu à rendre compte, en 1793-94, de leur activité au début de la Révolution: passé reconstruit autant que vécu, mais témoignage sur la façon dont la mutation historique a été perçue et très vite mise en forme.

De ces approches différentes peut-on tirer une vision d'ensemble ?
On observera les ouvertures, les disponibilités d'une séquence où rien n'est encore dit, où chaque témoin fait sa synthèse personnelle. Cependant, autour des événements fondateurs (prise de la Bastille, nuit du 4 août, journées d'octobre -parfois sous-estimées dans leur impact), le tri commence à s'opérer, une hiérarchie se dessine entre l'expérience des troubles au quotidien et la prise de conscience d'une rupture sans retour. « Nos seigneurs du Clergé de France » s'effacent pour entrer dans le passé de ce qui devient l'Ancien Régime. Nouveaux concepts et nouvelles institutions: l'Assemblée nationale s'impose comme référence centrale. L'« Homme nouveau » est arrivé. On commence à le croire et à le proclamer, en rapport avec l'idée de régénération qui va dominer la période, et en oubliant, ce qu'une comtesse nous rappelle ici, que l'émancipation des femmes n'a pas commencé.

Cela ne va pas sans provoquer des résistances. On les mesure sur le terrain avec l'exemple, significatif, d'Aix-en-Provence. Et la résistance peut encore triompher, comme on en juge à partir d'un test et d'un enjeu: le problème colonial. Entre résistance et mouvement, ceux qui ont opté pour le nouveau régime sont partagés entre deux idées également fortes: celle que la Révolution est achevée, pour ceux qu'habite désormais un désir d'ordre et de solidification; celle que la Révolution reste à faire, pour ceux, comme Marat, qui jugent l'appel au peuple nécessaire et la turbulence salvatrice pour déjouer les projets de la Contre-Révolution.

Nous savons, nous, la suite. 11 n'en est que plus fascinant de se placer, sans préjugés et sans préalables, autant qu'il est possible, au cœur du processus révolutionnaire de l'année inaugurale pour en apprécier toutes les richesses, toutes les virtualités.

ROLANS DESNÉ ET MICHEL VOVELLE

 

UNE ANNÉE AU JOUR LE JOUR
CHRONOLOGIE DU 1er JANVIER AU 31 DÉCEMBRE 1789



Une chronologie est un exercice périlleux. Je demande d'avance l'indulgence pour les erreurs qui se seront glissées dans celle-ci. Mais l'incertitude du choix est beaucoup plus grave. Faute d'y échapper, ayons au moins conscience des risques qu'elle fait courir.
Les premières chronologies de la Révolution sont presque uniquement des instruments de repérage de son oeuvre législative et de quelques événements majeurs: ainsi, de Hullin de Boischevalier, le Répertoire ou Almanach historique de la Révolution Française, depuis l'ouverture de la première assemblée des notables, le 22 février 1787, jusqu'au 1er vendémiaire an V (22 sept. 1797) (Paris, 1798), où l'année 1789 tient en vingt petites pages. Des monographies de 1789 ou des chronologies générales de la Révolution ont, depuis lors, tenté de donner des faits une image beaucoup plus complète: je ne citerai que la « Table chronologique des événements de 1789 », à la fin de l'An 1789 d'Hippolyte Gautier (Paris, 1888-1889) et l'Almanach de la Révolution Française de Jean Massin (Paris, 1963). La première se caractérise par une attention très louable portée aux cérémonies, celles de l'Ancien Régime politique et religieux, derniers signes symphoniques avant une mort prochaine, et celles de la Révolution naissante; le second, qui reste très estimable, accompagne souvent les faits de leur interprétation, et présente une vue résolument finaliste de 1789 : Robespierre et Marat y figurent déjà comme des protagonistes dont les interventions sont privilégiées.
On ne prétendrait pas sans présomption donner de 1789 une image « fidèle » et conforme à l'expérience des contemporains. J'ai essayé, pour une bonne part, de constituer cette chronologie à partir de la lecture des journaux parisiens et des gazettes. Ils invitent d'abord à faire une place prépondérante aux travaux de l'Assemblée, objets d'une curiosité passionnée. A cet égard, je me conforme à la pratique de tous les chronologistes antérieurs; encore ne faut-il pas, comme J. Massin, passer froidement sous silence le retour de Necker, considéré sans doute comme insignifiant; et il n'est pas inutile de signaler, outre les principaux débats et décrets, quelques tumultes et incidents de séance, auxquels les journalistes ont été souvent sensibles: ce ne seront ici que de rares indices d'une atmosphère agitée et parfois violente.
Comment faire la part, qui devrait être immense, des petits événements, des rumeurs, de la crainte constante des complots, de la disette, des émeutes populaires, mais aussi des rites collectifs, de l'emballement des « dons patriotiques », de toutes les expressions sensibles et édifiantes de l'amour du roi. ..? Il faut, ici encore, se contenter de quelques traits significatifs, parmi ceux que la presse indique avec le plus d'insistance.
En ce qui concerne les nouvelles des pays étrangers, j'ai privilégié, à la fin de l'année, les événements du Brabant, que les journaux suivent avec passion. Mais comment rendre compte des informations continues sur la guerre austro-russo-turque, sur celle qui oppose la Suède à la Russie, ou sur les débats de la diète polonaise ?
Il fallait enfin combler, dans la mesure du possible, une lacune des chronologies antérieures, qui passent généralement sous silence la production imprimée et les événements de la vie littéraire et théâtrale, à l'exception de la première représentation du Charles IX de M.-J. Chénier. J. Massin signale seulement les débuts de quelques journaux, et les principaux pamphlets de Desmoulins. Comment ignorer, cependant, l'Exposé de la conduite de M. Mounier, dont le retentissement a été court, mais immense, ou la publication de la seconde partie des Confessions de Rousseau ? Je regroupe à la fin de chaque mois, dans leur ordre chronologique approximatif, les publications les plus fréquemment citées et commentées dans la presse politique et d'information générale.
Les informations météorologiques, nécessaires au début de l'année, et utiles pour quelques grandes journées, sont tirées des tableaux du Journal général de France et de I'« État du ciel » du Journal de Paris.
La sélection sévère qu'impose une chronologie ne va jamais sans arbitraire: résignons-nous à la savoir trompeuse et contestable.
Les dates sont suivies de l'indication du jour de la semaine : L, Ma, Me, J, V, S, D.
PIERRE RÉTAT


Janvier
I, J, Le grand froid dure depuis le 22 nov. ; la Seine est gelée depuis le 26nov. Le thermomètre marque -17° Réaumur (- 21° centigrades). La communication entre Calais et Douvres est interrompue par les glaces, le bassin du port de Marseille entièrement gelé. Tous les moulins sont arrêtés; pénurie de farines dans toutes les provinces -Début des élections des députés des États du Dauphiné aux Etats Généraux.
2. v. Publication du Résultat du Conseil d'État du Roi tenu à Versailles
le 27 déc. 1788, et du Rapport de Necker, posant les principes pour la convocation aux Etats Généraux; doublement du Tiers. Joie et illuminations à Paris pendant deux jours.
3 S. Arrêt du Conseil suspendant les États de Bretagne pour un mois ; la noblesse occupe la salle nuit et jour; le Tiers refuse d'y siéger.
1l. D. Arrêt du Conseil encourageant par des primes l'importation des blés et des farines.
12. L. Vive fermentation à Besançon, où s'opposent le Parlement et une partie de la noblesse favorable au Tiers; le peuple menace le Palais.
13. Ma. Début du dégel. Débâcle catastrophique de la Tamise à Londres.
14. Me. Débâcle du Rhône à Lyon.
18. D. Débâcle de la Seine à Paris et de la Loire à Tours.
21. Me. Mort du baron d'Holbach, dans son hôtel de la rue Royale-Saint-Roch. Assemblée générale de la noblesse de Provence, qui enjoint à ses députés le vote par ordre; Mirabeau y assiste; troubles à Aix.
26-27. L.-Ma. Graves troubles à Rennes, au Champ-Montmorin, rixes entre les domestiques, la « populace » soulevée par la noblesse, et les jeunes gens du Tiers; deux tués et de nombreux blessés - Émeutes sanglantes à Genève; causées par le prix du pain, elles prennent une tournure politique.
28. Me. Plus de 2 000 jeunes Nantais se réunissent à la Bourse, pour aller secourir leurs « frères » de Rennes.
31. S. La jeunesse de Nantes, de Caen et d'Angers entre dans Rennes. Des troupes sont envoyées en Bretagne pour maintenir l'ordre. Troubles à Aix, où le peuple s'insurge contre les deux premiers ordres et lapide le carrosse de l'archevêque.

A la fin du mois, troubles en Languedoc à propos des difficultés élevées par les États sur la convocation des États Généraux.

Publications: Histoire secrète de la Cour de Berlin, que Mirabeau désavouera; Sieyès, Qu'est-ce que le Tiers-Etat ? Nombreux pamphlets et brochures politiques.


Février
Les gazettes sont remplies de nouvelles d'Angleterre (sur la maladie du roi), et d'Europe centrale (reprise de la guerre contre les Turcs). 4. Me. Publication des Lettres du roi pour la convocation des États Généraux ( datées du 24 janv. ) et du Règlement fait par le roi pour l'exécution des lettres de convocation (fixant le mode d'élection et les circonscriptions).
6. V. A Genève, le Conseil des Deux-Cents adopte les articles proposés par le peuple (rappel des exilés, renvoi des régiments étrangers).
8. D. La noblesse de Provence exclut Mirabeau. 10. Ma. Le Parlement de Paris condamne l'Histoire secrète de la Cour de Berlin de Mirabeau.
13. V. Au Parlement, réquisitoire de l'avocat général Séguier contre les écrits du Tiers Etat de Bretagne (La Sentinelle du peuple de Volney) et d'autres brochures.
14. S. Début de l'envoi des lettres de convocation pour les pays d'État (jusqu'au 19 mars).
21. S. Coup d'état royal en Suède, arrestation de sénateurs et de membres de l'ordre équestre.
24. Mardi gras; carnaval.

Mars
Début des assemblées électorales de bailliages et de sénéchaussées, et de la rédaction des cahiers de doléances.
5. J. Retour triomphal de Mirabeau à Aix.
18. Me. A Marseille, la voiture de Mirabeau est traînée par le peuple, il est couronné au spectacle; feux de joie et danses devant sa maison.
20. V. Il est reconduit à Aix en musique.
23-24. L.-Ma. Violentes émeutes de la faim à Marseille et à Toulon ; pillages, formation d'une garde bourgeoise. Fermentation dans toute la Provence.
25. Me. Émeutes à Aix; garde bourgeoise.
28. S. Règlement pour les élections de Paris et de sa prévôté ; institution des districts.

Disette et misère; les révoltes agraires éclatent un peu partout, jusqu'en mai, et des troubles graves sont signalés dans de nombreuses villes (Reims, Nancy, Besançon, Avignon...).

Publications: Instructions envoyées par M. le duc d'Orléans pour les personnes chargées de sa procuration aux assemblées de bailliages, relatives aux Etats Généraux, et Délibérations qui les suivent, attribuées à Sieyès (qui font grand bruit) ; premier Prospectus du Patriote Français de Brissot (daté du 16) ,; Lettre au roi de Calonne, où il demande à se justifier devant les Etats Généraux; Nouvelles observations sur les Etats Généraux de France, de Mounier .

Avril
2. J. Mirabeau élu par le Tiers État d' Aix. Calonne retourne en Angleterre, après avoir essayé de se faire élire à Bailleul -Mort du Sultan Achmet IV, auquel succède Sélim III.
12. Pâques.
18. S. Assemblée improvisée du Parlement de Paris; certains membres tentent de faire adopter des remontrances au roi sur la convocation des Etats Généraux.
19. D. La noblesse et le clergé de Bretagne, assemblés à Saint-Brieuc, refusent de députer en dehors des formes anciennes.
21. Ma. Premières assemblées du Tiers parisien, par districts, pour le choix des électeurs: précautions extrêmes pour le maintien de l'ordre.
27-28. L.-Ma. Émeute au faubourg Saint-Antoine ; sac de la maison Réveillon; répression sanglante par la troupe.
30. J. Première réunion des députés du Tiers de Bretagne à Versailles (le « club breton » ).

Publications: deuxième Prospectus du P9triote Français (daté du 1er avril) ; à la fin du mois, L'Orateur des Etats Généraux de Carra, dont le succès est énorme.

Mai
2. S. Présentation des députés des États Généraux au roi.
4. L. Chant du Veni Creator à Notre-Dame de Versailles; procession du Saint-Sacrement, suivie par les États Généraux dans les rues tapissées; messe du Saint-Esprit dans l'église Saint-Louis, sermon de l'évêque de Nancy, « que toute loi et tout jugement viennent de Dieu ».
5. Ma. Ouverture des États Généraux dans la salle des Menus ;
discours du roi, du garde des sceaux Barentin, et de Necker .
6. Me. Les députés de la noblesse et du clergé siègent dans leurs salles respectives; le Tiers, dans la salle commune, propose une vérification col}lmune des pouvoirs et refuse de se constituer. Arrêt du Conseil d'Etat interdisant toute publication périodique à moins de permission expresse.
7. J. Arrêt du Conseil d'État supprimant les États Généraux de Mirabeau ( dont 2 nos paraissent le 6 et le 7).
8. V. Arrêté des électeurs du Tiers État de Paris, protestant contre les arrêts précédents et réclamant la liberté de la presse.
11. L. La Chambre de la noblesse se déclare constituée.
12. M. Service solennel à Saint-Louis de Versailles pour le repos de l'âme de Louis XV; des députés des trois ordres y assistent. Les électeurs du Tiers de Paris commencent les élections du dernier degré; élection de Bailly.
18. L. Mort de l'ancien garde des sceaux Lamoignon.
19. Ma. Lettre de Maissemy, directeur de la librairie, au Journal de Paris ; les journaux « autorisés » peuvent rendre compte des Etats Généraux en se bornant aux faits, sans se permettre aucune réflexion. Fin des élections à Paris, élection de Sieyès. Les Communes (nom pris par le Tiers) nomment les députés pour les représenter aux conférences de conciliation. Le clergé renonce à toute exemption pécuniaire .
22. V. Après de longues contestations, la noblesse accepte le principe de l'égalité devant l'impôt. Les Communes refusent d'autoriser un journal des séances, et repoussent la proposition que fait Panckoucke de le publier (discussion poursuivie le 23).
23. S. Première conférence des commissaires conciliateurs.
25. L. Les 20 députés des Communes de Paris entrent aux États Généraux. Les conférences prennent fin sans résultat.
26. Ma. Les articles « audacieux » de la Gazette de Leyde sont dénoncés à la Chambre de la noblesse, qui se déclare de nouveau légalement constituée.
27. Me. Fermentation à Paris et à Versailles; dès 8 h. du matin, plus de 2 000 personnes se mêlent aux Communes dans leur salle. Dans la Chambre du clergé, des curés s'opposent aux évêques, et se déclarent prêts à rejoindre les Communes; dans celle de la noblesse, d'Eprémesnil évoque le sort de Charles 1er d' Angleterre.
28. J. Lettre du roi, demandant la reprise des conférences devant des commissaires royaux. La noblesse déclare que la délibération par ordre est « constitutive de la monarchie ». Aux Communes, les députés bretons demandent que la Chambre se constitue sur le champ et se déclare « essentiellement nationale ».
29. V. Après de longs débats, les Communes acceptent la reprise des conférences et votent une adresse au roi par Mirabeau.
30. S. Début des conférences.
31. Pentecôte.

Publications: L'Abbé Raynal aux États-Généraux (que Raynal désavoue le 16) ; Brissot, Plan de conduite pour les députés aux Etats Généraux en 1789 ,. 1re livraison du Tribun du peuple de Bonneville, vers le 15, des Lettres du Comte de Mirabeau à ses commettants, vers le 20.

Juin
I. L. D'Ailly élu doyen des Communes.
3. Me. Bailly lui succède. Dans la conférence de conciliation, la noblesse refuse le terme de « communes », et ne signe pas le procès- verbal.
4. J. Mort du dauphin à Meudon. Necker propose une « ouverture de conciliation » entre les ordres.
6. S. La noblesse accepte le plan de conciliation, mais avec des amendements qui le rendent nul. Une députation du clergé invite le Tiers à délibérer sur les « besoins pressants du peuple » ; le Tiers y voit une manoeuvre, et invite en réponse le clergé à se réunir à lui, pour se constituer en chambre nationale.
7. D. Projet de règlement provisoire des Communes, institution des bureaux; motion de supprimer tous les titres étrangers à celui de « représentant des Communes ».
9. Ma. Dernière conférence de conciliation; la noblesse refuse de signer le procès-verbal.
10. Me. Les Communes acceptent la motion de Sieyès de se constituer en « assemblée active », d'appeler une dernière fois la noblesse et le clergé à les rejoindre, et de commencer la vérification des pouvoirs.
11. J. Fête-Dieu ; des députés des ordres assistent à la procession
12. V. Députation des Communes auprès des deux ordres pour les inviter à la réunion; réponses dilatoires. La séance des Communes attire une affluence prodigieuse; dès 8 h. , la salle est comble ; début de l'appel des députés. La Chambre de la noblesse nomme son président, le duc de Luxembourg ;adresse au roi le suppliant de «conserver l'ancienne constitution du royaume».
13. S. Funérailles du dauphin. Le roi reçoit l'adresse des Communes l'instruisant de la délibération du 10. Trois curés viennent se réunir aux Communes, sous les applaudissements..
14. D. Réunion de six autres curés (dont Grégoire et Dillon). Fin de l'appel des députés.
15. L. Les Communes débattent du mode et du titre de leur constitution: « représentants de la nation., connus et vérifiés », ou « Assemblée du peuple français », ou « Assemblée de la plus grande partie de la nation ».
16. Ma. Dans sa réponse à l'adresse des Communes, envoyée de Marly, le roi désapprouve l' expression de « classes privilégiées » pour désigner les deux premiers ordres, et demande la confiance. 4 000 personnes emplissent la salle dès 7 h. du matin. Plus de 20 curés prennent encore séance. Legrand propose le nom d'« Assemblée nationale » ; 83 opposants empêchent la résolution.
17. Me. A midi, sur la proposition de Sieyès, les Communes se constituent en Assemblée nationale, décrètent que les impôts seront levés tant que l' Assemblée subsistera, que ceux qui seront introduits sans le consentement de la nation seront nuls, et reconnaissent la dette publique.
19. V. Dans la Chambre du clergé, malgré une majorité pour la réunion du Tiers, compte tenu de ceux qui ont voté avec des réserves, le cardinal de La Rochefoucauld lève la séance; 142 membres restant en séance décident, sous la présidence de l'archevêque de Vienne, la réunion. Massé dans les cours, le peuple hue l'abbé Maury et les évêques. Adresse de la Chambre de la noblesse au roi le suppliant de maintenir la distinction des ordres.
20. S. Au conseil du roi, Necker propose le vote par tête, deux chambres, le veto absolu. Les députés des Communes trouvent la salle fermée, et gardée par les troupes, sur ordre du roi envoyé de Marly en prévision d'une séance royale le 22. Sous la pluie, ils gagnent le Jeu de Paume; serment de ne pas se séparer jusqu'à l'affermissement de la constitution, à l'unanimité moins une voix.
21. D. Rejet du plan de Necker au conseil du roi. Le roi déclare à une députation de la noblesse qu'il maintiendra son autorité.
22. L. Renvoi de la,séance royale au lendemain. L'Assemblée nationale se réunit dans l'Eglise Saint-Louis, où la rejoignent la majorité du clergé et 2 nobles.
23. Ma. Séance royale, en l'absence de Necker: le roi casse les arrêtés des Communes, expose ses volontés, et ordonne que chacun des ordres reprenne ses séances. Après le départ du roi, les Communes restent; réponse de Mirabeau au marquis de Dreux-Brézé, maître des cérémonies; sur proposition de Mirabeau, l'Assemblée décrète que ses membres sont inviolables. De nombreux députés et la foule vont conjurer Necker de ne pas donner sa démission; scène de sensibilité; feux de joie devant sa maison.
24. Me. La majorité du clergé se joint de nouveau à l' Assemblée ; cris pour protester contre les gardes armés, qui interdisent à la foule l'entrée de la salle; motion de Mounier, demandant au roi d'éloigner les troupes. Le carrosse de l'archevêque de Paris lapidé.
25. J. La minorité de la noblesse (47 députés, dont le duc d'Orléans) se joint à l' Assemblée, sous ses acclamations: joie à Paris, on tire des fusées dans le jardin du Palais-Royal, on y régale les gardes- françaises. Une députation calme le peuple qui veut forcer l'entrée de la salle. Baudouin agréé imprimeur de l' Assemblée.
26. V. Les évêques d'Orange et d'Autun (Talleyrand), trois curés, puis l'archevêque de Paris rejoignent encore l' Assemblée. Ordre donné à six régiments de se rassembler sous Versailles.
27. S. Lettre du roi au clergé et à la noblesse leur demandant de se réunir au Tiers. Les nobles font leur entrée à 5 h. du soir, dans un silence général. Allégresse populaire, « Vive le roi, vive Necker , vive M. de Montmorin! » Un grand nombre de députés et la foule vont sous les fenêtres du roi, qui se présente au balcon avec la reine; scène d'attendrissement. llluminations à Versailles pendant trois nuits, et au Palais-Royal.
30. Ma. A I' Assemblée, nombreuses protestations de députés nobles contre tout ce qui s'est fait sans leur concours. Les adresses de félicitations commencent à arriver des provinces. A Paris, le peuple force la prison de l' Abbaye Saint-Germain et délivre des gardes- françaises détenus pour indiscipline.

Publications. Journaux: début du Journal des États Généraux de Le Hodey (8 juin), du Point du jour de Barère (19 juin), e~ de plusieurs journaux à la fin du mois. Brissot, Mémoire aux Etats Généraux sur la nécessité de rendre dès ce moment la presse libre, et surtout pour les journaux politiques; Saint-Just, Organt; M.- J. Chénier, De la liberté du théâtre en France ( daté du 15 juin) .

Juillet
I. Me. De nouveaux régiments prennent position autour de Paris, sous les ordres du maréchal de Broglie. Vingt jeunes gens de Paris viennent demander à l'Assemblée la grâce des gardes-françaises ; députation de l'Assemblée au roi pour implorer sa clémence.
2. J. Lecture à l'Assemblée de la lettre de grâce du roi: « Vive le roi » !
3. V. Le duc d'Orléans, élu, refuse la présidence de l'Assemblée ; l'archevêque de Vienne, Lefranc de Pompignan, le remplace. Arrêté de 1'« ordre de la noblesse », qui se réunit encore à part, pour demander la conservation des droits constitutionnels de la monarchie.
4. S. L'Assemblée, après de longs débats, décide que Saint-Domingue aura 6 députés.
8. Me. L'adresse de Mirabeau sur l'éloignement des troupes est applaudie avec transport, et acceptée à la quasi unanimité, sauf l'article sur l'établissement d'une garde bourgeoise à Paris.
9. J. Mémoire de Mounier sur les travaux dont l'Assemblée devra s'occuper, et leur répartition entre trente bureaux qui élaboreront la constitution.
10. V. Le roi reçoit la députation lui portant l'adresse de Mirabeau ; il déclare ne vouloir que le maintien de l'ordre, et propose à l'Assemblée son transfert à Noyon ou à Soissons. La Fayette lit son projet de déclaration des droits.
11. S. Renvoi et départ secret de Necker; nouveau ministère dirigé par Breteuil. Mort du marquis de Mirabeau, « l'ami des hommes ».
12. D. La nouvelle du renvoi de Necker connue à Paris en fin de matinée; on prend la cocarde verte au Palais-Royal ; fermeture de la Bourse et de tous les spectacles; les bustes de Necker et du duc d'Orléans promenés dans les rues. Les troupes sont cantonnées au Champ-de-Mars sous les ordres de Bezenval ; à 17 h. , Lambesc et le Royal-Allemand chargent la foule aux Tuileries. A 22 h., les régiments suisses interviennent près des Champs-Élysées, puis battent en retraite sous le feu des gardes-françaises.
13. L. Dans la nuit, incendie des barrières. A 6 h. , pillage de la maison de Saint-Lazare ; à 8 h. , réunion à l'Hôtel-de- Ville de l'assemblée des électeurs de Paris, qui forment un « comité permanent » et une « milice bourgeoise » ; ils convoquent les assemblées de districts; on prend la cocarde bleue et rouge. Pillage des armes du Garde-Meuble.
Sur des motions de Mounier et de La Fayette, lettre de l'Assemblée au roi, demandant l'éloignement des troupes, l'établissement de gardes bourgeoises, le rappel des ministres renvoyés, et déclarant la responsabilité des ministres actuels.
Averses considérables et coups de vents violents une grande partie de la journée; tonnerre sur les 9 h. et demie du soir.
14. Ma. Vent d'ouest fort; ciel couvert une grande partie de la journée. A 10 h., enlèvement des armes aux Invalides; 10 h. 30, première députation des électeurs de Paris à la Bastille; attaquée à 15 h. 30, la Bastille tombe à 17 h. Mise à mort du gouverneur de Launay, puis du prévôt des marchands Flesselles. Bezenval se replie vers Saint-Cloud. Députation sans succès de l'Assemblée au roi. Nomination des membres du comité de constitution.
15. Me. Le roi se rend à l'Assemblée à midi, lui déclare sa confiance et annonce l'éloignement des troupes; il est raccompagné au château, dans l'enthousiasme général. Au début de l'après-midi, députation de 60 députés à I'Hôtel-de-Ville de Paris, pour annoncer la démarche du roi; Bailly proclamé maire et La Fayette commandant de la milice; le soir, Te Deum d'action de grâce à Notre- Dame.
16. J. Heurt à l'Assemblée entre Mirabeau et Mounier, à propos d'un projet d'adresse du premier pour demander au roi le renvoi des ministres; le roi fait annoncer le rappel de Necker, et son intention d'aller à Paris. Déclaration de la noblesse et du clergé, qui renoncent aux mandats impératifs et au vote par ordre. L'assemblée des électeurs décide la démolition de la Bastille. Formation de comités permanents et de milices dans de nombreuses villes de province.
17. V. Le matin, départ du comte d'Artois, du prince de Condé, de Breteuil... avec l'armée. Le roi traverse Paris armé, aux seuls cris de « Vive la Nation » ; reçu à l'Hôtel-de-Ville par Bailly et La Fayette, il,paraît au balcon, portant la cocarde tricolore. « Vive le Roi » -Emeute à Saint-Germain-en-Laye, le meunier Sauvage, accusé d'accaparement, décapité.
18. S. Émeute à Poissy, le fermier Thomassin sauvé de justesse par une députation de l'Assemblée. Le duc de Liancourt président de l'Assemblée.
19. D. Au château de Quincey, près de Vesoul, lors d'une fête, explosion accidentelle que l'on attribue à une ruse diabolique du propriétaire; énorme retentissement; révolte dans toute la Franche- Comté; début de la « grande peur », et extension de la « révolution municipale ».
20. L. A l'Assemblée, motion de Lally-Tolendal proposant une proclamation pour appeler le peuple à l'ordre et au respect des lois; vive opposition de Buzot, Mirabeau, Robespierre.
21. Ma. Graves émeutes à Strasbourg, et à Lille: le commandant lapidé, maisons saccagées. Reprise des spectacles à Paris, représenta- tion de la Partie de chasse d' Henri IV.
22. Me. Foulon et Bertier de Sauvigny pendus en place de Grève. Arrestation de Bezenval près de Paris.
23. J. La proclamation proposée par Lally-Tolendal le 20 est enfin adoptée, avec des amendements. Des députés des électeurs de la Commune demandent à l'Assemblée la création d'un tribunal pour les crimes de lèse-nation. La Fayette veut donner sa démission de commandant de la milice; les districts le conjurent de rester.
24. V. Arrêt de l'assemblée générale des électeurs de la Commune : toute publication doit porter le nom de l'auteur ou de l'imprimeur , les colporteurs d'écrits non signés seront emprisonnés. Beaumarchais donne 12 000 livres pour les pauvres du faubourg Saint-Antoine.
25. S. Première réunion de l'Assemblée des représentants de la Commune de Paris, élue le 24 (120 membres, 2 par district).
26. D. Début de la révolte paysanne dans le Mâconnais. Maury arrêté à Péronne.
27. L. Clermont- Tonnerre présente, au nom du comité de constitution, les voeux des cahiers. L’Assemblée demande la libération de Maury.
29. Me. Retour de Necker: il entre dans l'Assemblée à 14 h. , au milieu de transports d'enthousiasme et de sensibilité. L'Assemblée décide que tous .!es votes se feront à la majorité simple. Arrêté du Comité provisoire de l'Hôtel-de-Ville soumettant la vente des estampes à l'approbation d'un membre de l'Académie de peinture et de sculpture.
30. J. Necker reçu à l'Hôtel-de-Ville de Paris par l'Assemblée des électeurs et par l' Assemblée des 120 représentants; dans l'enthousiasme, il obtient la libération de Bezenval et un arrêté d'amnistie générale. Réactions très vives de districts, surtout celui de l'Oratoire, effervescence dans Paris; l'assemblée des électeurs doit rapporter son arrêté. Les représentants décident de placer le buste de Necker à l'Hôtel-de-Ville.
31. V. L'Assemblée approuve l'arrêté définitif des électeurs revenant sur l'amnistie; Robespierre demande la punition des crimes comme un « droit de la nation ».

Publications. Journaux: début du Courrier de Gorsas (5 juillet), des Révolutions de Paris (18 juillet), du Patriote français de Brissot (28 juillet). La France libre de Desmoulins à la fin du mois (une 3e édition paraît à la mi-août).

Août
1. S. Discussion à l'Assemblée : la déclaration des droits précèdera-t-elle la constitution ? Une députation des électeurs signale l'extrême fermentation de Paris et demande l'institution rapide d'un tribunal pour juger des crimes contre la nation. Grave émeute à Lyon; la milice bourgeoise de cette ville fait une expédition « pleine de succès » contre les « brigands » des environs.
2. D. Arrêté du Comité de police de la Commune rendant obligatoire l'autorisation des imprimés pour la circulation par la poste.
3. L. Le Chapelier président de l' Assemblée; débats sur la situation alarmante des provinces. A Saint-Denis, le lieutenant de mairie, Châtel, tué par le peuple qui exige le pain à 2 sols la livre; la garde bourgeoise empêche que sa tête soit portée à Paris. Troubles à Rouen; l'acteur Bordier, du théâtre des Variétés, parmi les meneurs. Règlement du Comité permanent de l'Hôtel-de- Ville enjoignant aux imprimeurs le dépôt au Comité et à la Chambre syndicale de la librairie d'un exemplaire de chaque ouvrage, signé de l'auteur et du libraire. Dans la nuit, le club breton décide les initiatives de la séance du lendemain.
4. Ma. En dépit de l'opposition de Malouet, l' Assemblée décide de placer la déclaration des droits en tête de la constitution. Une lettre du roi annonce la composition du nouveau ministère ; applaudissements.
Séance nocturne: à l'initiative de Noailles, puis du duc d'Aiguillon, l' Assemblée décide, dans une surenchère de « sacrifices » et de « générosités »,la suppression des privilèges, du « régime féodal » pour tout ce qui touche aux personnes, le rachat des droits féodaux sur les propriétés, et proclame Louis XVI « restaurateur de la liberté française ».
5. Me. L'Assemblée commence la discussion des décrets consécutifs à la nuit du 4. A Saint-Jacques-du-Haut-Pas, service funèbre pour les citoyens tués lors de Ia prise de la Bastille, premier Discours sur la liberté française de l'abbé Fauchet. Nombreux services funèbres, Te Deum, bénédictions de drapeaux, processions à Sainte-Geneviève en août et septembre.
6. J. Séance tumultueuse à l'Assemblée ; vive résistance du clergé à la suppression des dîmes. Fermentation à propos d'un bateau de poudre arrêté à Paris: le marquis de La Salle échappe de peu à la foule ameutée. Les chasseurs envahissent les campagnes autour de Paris; les paysans sonnent le tocsin contre eux.
7. V. Le garde des sceaux expose à l'Assemblée les « malheurs publics » et Necker demande un emprunt de 30 millions. Arrêté de la Commune pour faire cesser les attroupements séditieux.
8. S. Dans la discussion sur l'emprunt, le marquis de Lacoste demande que les biens ecclésiastiques soient déclarés propriété de la nation. et que le clergé soit pensionné. D'Eprémesnil reparaît à l'Assemblée. On trouve dans les rues de Paris des mèches souffrées ; anxiété persistante du « complot ». Le peuple de Versailles libère un parricide au moment où il allait être rompu. L'Assemblée de la Commune occupée toute la nuit par la révélation d'un prétendu retour du prince de Conti.
9. D. L'Assemblée décrète l'emprunt de 30 millions à 4,5 % (2,6 millions seulement seront souscrits au 27 août). Retour de Maury.
10. L. Dans la discussion sur la dîme, Mirabeau parle de « salarier » le clergé: « Je ne connais que trois manières d'exister dans la société, il faut y être mendiant, voleur ou salarié ». Sieyès s'oppose à la suppression des dîmes. Décret invitant les municipalités à maintenir l'ordre, et imposant aux troupes le serment d'obéissance « à la nation, au roi et à la loi ». Les dames du marché Saint- Martin présentent le bouquet à Sainte-Geneviève, puis, à l'Hôtel-de-Ville, à La Fayette.
11. Ma. Les membres du clergé se précipitent en foule au bureau de
l'Assemblée pour déclarer leur renonciation aux dîmes: applaudissements, moment d'enthousiasme. Suppression de la vénalité des offices de judicature; rédaction définitive des décrets du 4 août.
12. Me. Target propose le texte de l'adresse au roi pour accompagner les décrets; lorsqu'il est question de les porter « aux pieds » de Sa Majesté, on crie: « Point de pieds » ! Motion du duc de Liancourt pour accorder un traitement aux députés; les bureaux le fixent ensuite à 18 livres par jour. Emeute à Caen; le major Belzunce mis à mort par le peuple.
13. J. L'Assemblée se porte en corps chez le roi pour lui porter les décrets du 4 août; Te Deum dans la chapelle du château. Les enfants du « prince citoyen » (le duc d'Orléans) visitent les ruines de la Bastille en compagnie de Mme de Genlis. Marat arrêté pour propos peu décents contre l'administration, à la suite d'un refus de permission pour le journal qu'il veut publier. Dans les districts, début des élections des officiers de la milice.
14, V. Déclaration du roi pour l'exécution du décret du 10, et lettre aux officiers et soldats pour le rétablissement de la discipline.
15, S, Assomption. Procession du v~u de Louis XIII autour du château de Versailles, députation de l'Assemblée.
17. L. Clermont-Tonnerre président de l'Assemblée. Début de la discussion sur la déclaration des droits; Mirabeau lit son projet, et Bergasse son projet d'organisation du pouvoir judiciaire. Arrêtés de la Commune ordonnant la dispersion des ouvriers des ateliers de Montmartre, et contre 1es patrouilles d'enfants. Troubles graves à Besançon, une partie des troupes se soulève, pillages.
18. Ma. Révolution à Liège; le prince-évêque contraint d'accepter la limitation de ses pouvoirs -A Paris~ réunion de 3 000 garçons tailleurs en face du Louvre, pour demander 40 sous par jour, et de garçons perruquiers aux Champs-Elysées. Mirabeau propose à l'Assemblée que la déclaration des droits soit renvoyée à la fin de la constitution; on lui reproche d'abuser du talent de l'éloquence.
19. Me. L'Assemblée décide de discuter le projet de déclaration du 6e bureau; Lally-Tollendal présente son projet de partage des pouvoirs entre deux chambres. Au Théâtre Français, lors d'une représentation d'Ericie ou la vestale, de Dubois-Fontanelle, le public demande Charles IX de M.-J. Chénier: « Point de permission » ! Troubles graves à Marseille jusqu'au 21 ;la garde citoyenne assaillie et dispersée. la maison d'un échevin saccagée.
20. J. Préambule et premiers articles de la Déclaration des droits. Fondation à l'Hôtel de Massiac de la « société correspondante des colons français ». Disette de plus en plus sensible à Paris.
21. V. L'acteur Bordier pendu à Rouen. L'affaire de Mariembourg (4 citoyens emprisonnés arbitrairement) portée à l'Assemblée.
23. D. Discussion de l'article de la Déclaration sur la liberté des opinions religieuses, discours de Rabaud Saint-Étienne ; une rédaction restrictive l'emporte malgré les efforts de Mirabeau; séance tumultueuse, le président offre sa démission, qui est refusée.
24. L. Vote de l'article sur la liberté de la presse. Réhabilitation de Boncerf, dont les Inconvénients des droits féodaux ont été condamnés par le Parlement de Paris en 1776.
25. Ma. Saint-Louis ; 48 députés présentent le bouquet au roi. Ouverture du Salon de peinture au Louvre. Rixes à la porte des boulangers de Paris.
26. Me. Achèvement de la Déclaration des droits. L'Assemblée municipale adopte le projet de règlement de la Garde nationale de Paris. Messe en musique à Saint-Sulpice, Te Deum, pain bénit, bénédiction des drapeaux.
27. J. Dans un mémoire lu à l'Assemblée, Necker demande un second emprunt de 80 millions à 5 %. Attroupement de domestiques au Palais-Royal, pour demander le renvoi des domestiques étrangers. Mort du banquier Pinet. Décret de la Chambre impériale de Wetzlar, condamnant la révolution de Liège.
28. V. Ouverture des débats sur la constitution; Mounier lit son plan de constitution.
29. S. Séance tumultueuse sur le veto. Décret sur la libre circulation des grains, sauf à l'exportation. Les ouvriers de Montmartre renvoyés dans leurs provinces, avec de grandes précautions de sécurité.
30. D. Vive agitation au Palais-Royal ; motion contre le « parti » qui veut imposer le veto absolu; lettres au président de l'Assemblée et à ses députés: « Changez ou sauvez-vous ». Le soir Saint-Huruge tente d'entrainer les Parisiens à Versailles; ils sont arrêtés par la garde nationale.
31. L. La Luzerne, évêque de Langres, président de l'Assemblée ; émotion soulevée par la motion et les lettres des « factieux » du Palais-Royal ; le député Goupilier s'écrie: « Catilina est à nos portes, et nous disons qu'il n'y a pas lieu de délibérer ». Les motionnaires du Palais-Royal députent à l'Hôtel-de- Ville pour demander une assemblée générale des districts. Deuxième discours de Fauchet sur la liberté française devant les districts réunis du faubourg Saint-Antoine.

Publications. Journaux: début de Versailles et Paris de Perlet (ler août), de la Chronique de Paris (24 août), du Journal des débats et des décrets (29 août). Fauchet, De la religion nationale; Peltier , Sauvez-nous ou sauvez-vous ; Mounier, Considérations sur les gouvernements, et en particulier sur celui qui convient à la France (à la fin du mois).

Septembre
1. Ma. Le discours de Mirabeau en faveur du veto absolu fait sensation. Arrêté de la Commune contre les attroupements; nombreuses patrouilles au Palais-Royal, le café de Foy fermé; autre arrêté interdisant aux colporteurs de crier aucun écrit autre que les décrets de l'Assemblée et les actes officiels.
2. Me. Discours de Barnave et de Target en faveur du veto suspensif. Arrestation de Saint-Huruge au Palais-Royal ; patrouilles, saisies de brochures et de journaux.
3. J. Première représentation à l' Ambigu-Comique de La Fête du grenadier, « pantomime nationale et militaire » (le grenadier à qui on doit la prise de la Bastille).
4. V. Discours de Mounier sur les deux chambres et le veto absolu.
7. L. Onze femmes et filles d'artistes, « nouvelles Romaines », vêtues de blanc, viennent à l'Assemblée faire l'offrande de leurs bijoux : début du grand mouvement des « dons patriotiques».
8. Ma. Jour de la Vierge; pas de séance. 9. Me. Séance très mouvementée sur la permanence de la représentation nationale, qui est décrétée, et les deux chambres; Virieu apostrophe les « démagogues » de l'Assemblée ; le président démissionne et quitte la salle, Clermont- Tonnerre le supplée. Le maire de Troyes, Huez, accusé d'avoir empoisonné les farines, mis à mort, son cadavre traîné dans les rues.
10. J. L ' Assemblée décide que le corps législatif ne sera composé que d'une chambre; elle discute une adresse de la ville de Rennes qui déclare traîtres à la patrie ceux qui acceptent le veto. Création d'un comité pour la réforme de la jurisprudence criminelle.
11. V. L' Assemblée refuse d'entendre la délibération du Conseil du roi sur le veto ,. à l'issue d'une séance tumultueuse, elle se prononce pour le veto suspensif. Elle décide d'ouvrir un registre des dons patriotiques.
12. S. La législature sera de 4 ans. Démission du comité de constitution (Mounier, Lally, Clermont- Tonnerre, Bergasse, Talleyrand, Sieyès). Emeute à Orléans, jusqu'au 14, réprimée par la garde nationale, nombreux tués.
13. D. Révolte de la faim à Versailles; la foule veut pendre un boulanger et dévaste sa maison.
14. L. Clermont- Tonnerre président de l'Assemblée ; après une séance houleuse, elle décide que le président demandera immédiatement au roi la sanction des arrêtés des 4-11 août. Le faubourg Saint- Antoine va en procession à Sainte-Geneviève, portant un modèle de la Bastille en carton haut de 4 pieds.
15. Ma. L'Assemblée décrète la personne du roi inviolable et sacrée ; discussion sur la succession de la couronne. Disette à Paris, boulangeries assiégées. Beaumarchais, qui, le 14, s'est justifié devant la Commune des inculpations portées contre lui, reprend sa place parmi les représentants.
17. J. Insurrection des nègres à la Martinique. D'Estaing, commandant de la garde citoyenne de Versailles, engage la municipalité à requérir un régiment pour le maintien de l'ordre.
18. V. La lettre du roi, contenant ses observations critiques sur les décrets du 4 août, provoque le mécontentement de l' Assemblée ; motion de Le Chapelier, soutenu par Mirabeau, pour redemander
la promulgation immédiate. Motion de Volney, demandant l'élection d'une nouvelle assemblée, «véritablement nationale ». A 17 h. , le libraire du Journal de la Ville est assiégé par des garçons boulangers reprochant à l'auteur, Luchet, d'avoir publié que le pain contenait de la chaux.
19. S. Les districts de Paris élisent la nouvelle assemblée générale des représentants de la Commune, de 300 membres. La motion de Volney, à laquelle s'oppose Mirabeau, est renvoyée. Le président de l'Assemblée redemande au roi la promulgation des arrêtés du 4 août.
21. L. Le roi accepte la publication, non la promulgation; la durée du veto suspensif sera de deux législatures.
22. Ma. Vote de l'article I de la Constitution: « Le gouvernement français est monarchique. Il n'y a point en France d'autorité supérieure à la loi; le roi ne règne que par elle. ..» ; l'Assemblée supplie le roi de ne pas envoyer sa vaisselle à la monnaie. Les districts de la Trinité, des Petits-Pères et des Cordeliers députent à la Commune pour demander l'éloignement des troupes. Première de Raymond V, Comte de Toulouse, comédie héroïque de Sedaine, écrite en 1777 pour Catherine Il.
23. Me. Décrets sur le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif ; suspension de la collation des bénéfices ecclésiastiques. Arrivée du régiment de Flandre à Versailles. Décret menaçant de la Chambre impériale de Wetzlar contre la ville de Liège.
24. J. Necker présente à l'Assemblée un tableau déplorable de la situation des finances et du crédit, et demande une contribution du quart du revenu.
25. V. L'Assemblée débat sur la dédicace de l'édition des OEuvres de Voltaire par Palissot, et décide de ne recevoir aucune dédicace. Décret annonçant la suppression de la gabelle et fixant le prix du sel à 6 sols la livre. Le n° 15 de l'Ami du peuple dénoncé à l'Assemblée de la Commune, pour fausses inculpations contre son administration .
26. S. L'Assemblée consent au plan de Necker, et vote la contribution volontaire du quart du revenu, après un discours éclatant de Mirabeau. L'archevêque de Paris propose au nom du clergé le sacrifice de l'argenterie des églises qui n'est pas nécessaire à la décence du culte public. Don patriotique des Comédiens français. Départ de Paris de Th. Jefferson, ambassadeur des États-Unis (nommé à un poste de secrétaire d'État).
27. D. Bénédiction générale des drapeaux de la Garde nationale parisienne à Notre-Dame, Te Deum solennel; troisième discours de Fauchet sur la liberté française.
28. L. Mounier président de l'Assemblée. Décision de faire imprimer la liste des pensions; les juifs d'Alsace mis sous la protection de la loi; les religieux de Saint-Martin-des-Champs de Paris font à la patrie l'offrande des biens de leur ordre (de Cluny). L'Ami du peuple dénoncé de nouveau à la Commune; Marat comparaît.
29. Ma. Mirabeau suggère que les ministres soient pris dans l' Assemblée ; décrets sur la responsabilité des ministres et la fonte de l'argenterie des églises. Rapport de Thouret sur la division territoriale et administrative du royaume. Formation du Conseil des 60 à la Commune. A la suite du refus du curé, le peuple exige l'enterrement de Perrot, compagnon charpentier, à Saint-Jacques-de-La-Boucherie, en grand convoi, et son inhumation dans l'église dans un caveau de riche.
30. Me. L'Assemblée de la Commune décide que la circulation des imprimés ne fera plus l'objet d'aucune permission.

Publications. Journal: début du Publiciste parisien de Marat, 12 sept. , devenu l'Ami du peuple le 16 sept. Beaumarchais, Requête à MM. les Représentants de la Commune de Paris ,. Peltier, La Trompette du jugement; M.-J. Chénier, Dénonciation des inquisiteurs de la pensée (7 sept.) ; La Ba~tille dévoilée (en livraisons, la se fin décembre) ; La Galerie des Etats Généraux, attribuée à Rivarol, Luchet, etc.; Condorcet, Sur la nécessité de faire ratifier la constitution par les citoyens, et sur la formation des communautés de campagne ,. Bernardin de Saint-Pierre, Voeux d'un solitaire, pour servir de suite aux Etudes de la nature; Peltier, Le Coup d'équinoxe (22 sept.) ; Desmoulins, Discours de la lanterne aux Parisiens (2e éd. fin oct.).

Octobre
I. J. Banquet des gardes du corps à Versailles. Article de la constitution sur le consentement des représentants de la nation à l'impôt et à l'emprunt. Une députation des syndics offre à l'Assemblée le don patriotique de la communauté des libraires de Paris. Necker présente la rédaction de son plan de finances et offre une contribution personnelle de 100 000 livres.
2. V. L'Assemblée demande au roi l'acceptation des décrets du 4 août et la Déclaration des droits.
3. S. Adoption du texte de l'adresse de Mirabeau aux commettants sur la contribution; décret autorisant le prêt à intérêt, au taux fixé par la loi.
4. D. Arrêté du district des Cordeliers, signé Danton, dénonçant 1'« orgie », interdisant de porter la cocarde noire et enjoignant à La Fayette d'aller à Versailles demander le départ du régiment de Flandre.
5. L. Temps couvert toute la journée; averse à S h. du soir; pluie continuelle toute la soirée. Vive discussion à l' Assemblée sur le refus du roi de promulguer les arrêtés du 4 août et la déclaration ;
Pétion dénonce le banquet des gardes du corps. Les femmes de Paris envahissent l'Hôtel-de-Ville, y prennent les armes, et marchent sur Versailles; elles entrent dans l'Assemblée à 5 h., y demandent du pain; le roi revient précipitamment de la chasse et reçoit leur députation. La Fayette arrive à II h. à la tête de la Garde nationale parisienne.
6. Ma. Grande pluie une partie de la nuit; averses dans la matinée. A 1 h. du matin, les députés sont invités à retourner à l'Assemblée au son du tambour. Dans la nuit, le roi accepte « purement et simplement » les décrets du 4 août et la Déclaration. A 6 h., violents incidents devant le château, qui est envahi par le peuple; les gardes du corps poursuivis et tués dans les appartements et le parc. Après l'intervention de la Garde nationale, le roi annonce au balcon sa résolution d'aller à Paris. L'Assemblée se déclare inséparable du roi. Le soir, le roi et la famille royale sont reçus à l'Hôtel-de-Ville, et s'installent aux Tuileries. Arrestation des « enrôleurs » de la rue Mazarine, Mlle de Bissy, Livron et l'abbé Douglas.
7. Me. Foule aux Tuileries pour voir le roi et la reine, qui sont acclamés. La « procession du Recteur » de l'Université de Paris annulée, « yu les circonstances ». Lally-Tollendal quitte Paris pour la Suisse. Emeute à Liège (jusqu'au 9).
8. J. Mounier se fait suppléer à la présidence. Décret sur la réforme de la législation criminell~. En exécution d'un mandat du Châtelet, la garde nationale investit la maison de Marat, qui s'échappe et se cache.
9. V. Proclamation du roi pour rassurer les provinces sur son installation à Paris. L'Assemblée décide de n'accorder des passeports aux députés qui désirent la quitter (plus de 200 demandes) que sur l'exposé des motifs fait devant elle. Prise de Belgrade par l'armée autrichienne.
10. S. Malouet demande à l'Assemblée la proscription des journaux et libelles qui diffament ses membres; Mirabeau dénonce les propos du ministre Saint-Priest aux femmes qui lui demandaient du pain ; Custine demande une loi martiale. La proposition de Talleyrand de déclarer les biens du clergé propriété de la nation reçue avec des applaudissements inouïs. Brissot lit à l'Assemblée l'adresse de la Commune promettant la liberté de ses débats et la sûreté de ses membres. L'assemblée de la Commune vote une adresse aux provinces. Des maisons de Paris sont « marquées » à la craie, d'un numéro ou d'une croix: vives inquiétudes. Mounier et la princesse d'Hénin quittent Paris pour le Dauphiné.
11. D. La commission intermédiaire du Dauphiné convoque les États de la province pour le 2 nov. à Romans. Les Dames de la Halle font chanter un Te Deum dans l'église des Petits-Pères, les enfants du duc d'Orléans y assistent.
12. L. Fréteau président; l' Assemblée arrête la formule de promulgation des lois: Louis XVI, « par la grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l'Etat, roi des Français ». Requête de Marat à l'Assemblée, où il se plaint de la violation de son domicile. Première représentation du Souper d'Henri IV, ou le laboureur devenu gentilhomme, de Boutillier et Desprez de Valmont, applaudissements à tous les passages qui s'appliquent à Louis XVI.
13. Ma. Début de la discussion sur les biens du clergé; discours de Maury, Camus, Barnave. Troubles à Alençon, arrestation du vicomte de Caraman.
14. Me. L'Assemblée accorde au duc d'Orléans un passeport pour l' Angleterre. Commencement des débats sur la division du royaume en départements. Mirabeau lit un projet de loi martiale. Les crimes de lèse-nation déférés provisoirement au Châtelet.
15. J. Dernière séance à Versailles. Devant la multiplication des demandes de passeports, l'Assemblée décrète qu'ils ne seront délivrés que pour des causes urgentes et pour un temps déterminé ; dénonciation du mandement de l'évêque de Tréguier; abolition des distinctions de place et de costume des députés.
16. V. Arrivée de Mounier à Grenoble. Protestation de la noblesse de la sénéchaussée de Toulouse contre les décrets de l'Assemblée.
17. S. Linguet retenu prisonnier dans sa chambre, à Bruxelles, sur l'ordre de l'Empereur.
18. D. Le roi passe en revue la Garde nationale sur les Champs-Élysées.
19. L. Première séance de l'Assemblée à Paris, à l'Archevêché. Le duc d'Orléans ayant été arrêté à Boulogne, elle envoie l'ordre de le laisser partir pour l'Angleterre. Nouvelle disette à Paris.
20 Ma. Discussion sur les conditions d'éligibilité dans les assemblées primaires (citoyens actifs et passifs). L'Assemblée mande le garde des sceaux pour s'expliquer sur les retards d'exécution de ses décrets dans les provinces.
21. Me. Meurtre du boulanger François; on porte sa tête dans Paris.
Vote de la loi martiale; Robespierre s'y oppose et demande un « tribunal vraiment national » formé de députés pour découvrir la « conspiration ». Le bruit se répand que Mirabeau sera bientôt ministre. L'Assemblée de la Commune décide de former un comité de recherche, dont Brissot fait partie.
22. J. Une députation de « citoyens libres et de couleur des colonies » vient réclamer à l' Assemblée l'égalité des droits politiques. Débats sur le mandement de l'évêque de Tréguier, et sur les conditions d'éligibilité (contribution directe de trois journées de travail). L'assassin de François, fort du Port-au-Bled, condamné à être pendu.
23. V. Le « vieillard du Mont-Jura ». Jean Jacob. né le 10 nov. 1669, est introduit dans I’Assemblée, qui se lève et applaudit. Discours de Thouret sur les biens du clergé. Protestation de membres du district de Saint-Martin-des-Champs contre la loi martiale.
24. S. Manifeste des insurgés belges déclarant Joseph Il déchu de la souveraineté des Pays-Bas.
25. D. Arrestation d’Augeard. convaincu d'avoir comploté la fuite de la famille royale, et du libraire Le Tellier, pour l'impression du pamphlet Domine salvum fac Regem.
26. L. Décret prononçant la sur séance de toute convocation d'États provinciaux (en riposte à celle des États du Dauphiné).
27. Ma. Décret excluant de l'éligibilité les serviteurs à gages, les faillis et les banqueroutiers. Les représentants de la Commune dénoncent officiellement le prince de Lambesc et autres accusés du crime de lèse-nation. Le district de Saint-Martin-des-Champs révoque la protestation de ses membres, et agrée la loi martiale.
28. Me. Camus président. Mirabeau propose la cérémonie d'inscription des jeunes gens sur le registre des citoyens, avec prestation de serment. Sur la réclamation d'une religieuse d'un couvent de Paris, l'Assemblée suspend provisoirement l'émission des voeux monastiques. Planterre, chargé de l'approvisionnement de Paris à Vernon, assailli par le peuple, échappe de peu à la pendaison ; l' Assemblée décide l'envoi de troupes.
29. J. A l'issue d'une séance tumultueuse, et malgré l'opposition de Pétion, Mirabeau, Grégoire. .., l' Assemblée adopte le décret du « marc d'argent ». Dans la nuit, « prise des Annonciades » : la Garde nationale investit le couvent des « Filles-Bleues » à Paris et le fouille, sur le bruit que l'ancien garde des sceaux Barentin s'y cachait.
30. V. Discours de Mirabeau, Maury, Thouret sur les biens ecclésiastiques.
31. S. Le soir, dans une église de Douai, Mlle Mellé découvre par hasard des conspirateurs et les fait fuir.

Publications. Journaux: débuts de la Gazette de Paris, de Du Rozoi (1er oct.), des Annales patriotiques et littéraires de Mercier et Carra (3 oct. ). Condorcet, Sur la forme des élections; Laya, Voltaire aux Français sur leur constitution; Suleau, Fidelissimae Picardorum genti , Carra, L'Orateur des États Généraux (2e partie) ; Bérenger , Esprit de Mably et de Condillac relativement à la morale et à la politique; Mémoires historiques et authentiques sur la Bastille, p.p. Carra (t. Il début déc. ) ; d'Antraigues, Discours d'un membre de l'Assemblée Nationale à ses co-députés (vers le 10 oct.) ; Cailhava, Les causes de la décadence du théâtre, et les moyens de le faire refleurir; à la mi-octobre, « déluge de pamphlets » sur le départ du duc d'Orléans; Peltier, Domine salvum fac Regem (vers le 20 oct. ) ;
Lettre du Comte de Lally-Tolendal à ses commettants (datée de Neuchâtel, 17 oct.) ; Guffroy, Le Tocsin sur la permanence de la Garde nationale,. Encyclopédie méthodique, 34e livraison; Second supplément à la collection des OEuvres de J.-J. Rousseau, citoyen de Genève, contenant la suite de ses Confessions, chez Maradan à Paris et chez Barde, Mauget et Cie à Genève (une contrefaçon chez Le Jay et Poinçot fils avec une clé, en nov. ; Maradan publie en déc. la liste authentique des noms propres; vive sensation et controverse sur la fidélité au manuscrit).

Novembre
1. D. Peltier arrêté au Théâtre de Monsieur, et conduit au comité de recherche.
2. L. Jour des morts. Décret mettant les biens ecclésiastiques à la disposition de la nation; foule sur le parvis de Notre-Dame ; les membres du clergé hués à la sortie de l'Archevêché. Bientôt circule un « Billet d'enterrement du clergé ».
3. Ma. Sur proposition d'A. de Lameth, décret suspendant la rentrée des Parlements; Thouret propose son plan de division de la France en départements: Mirabeau y oppose le sien. Rivarol, de retour des Pays-Bas, arreté le soir et conduit a l'Abbaye, où il ne reste
que quelques heures.
4. Me. L'évêque de Clermont dénonce à l'Assemblée le Catéchisme du genre humain. Première représentation de Charles IX de Marie- Joseph Chénier au Théâtre Français, grande affluence. La Société de la Révolution de 1688, sous la présidence de Lord Stanhope, et sur proposition du Dr Price, félicite l'Assemblée Nationale pour la révolution qui s'effectue en France (cet arrêté y sera lu le 28 nov.).
5. J. Décret sur l'élection des suppléants: « Il n'y a plus en France aucune distinction d'ordres ». Protestation de Mirabeau contre l'usage de la procédure prévôtale à Marseille. Troubles à Bastia, heurts entre la troupe et les citoyens, constitution d'une milice.
6. V. Mirabeau demande l'admission des ministres à l'Assemblée avec voix consultative. La chambre des vacations du Parlement de Rouen proteste contre le décret du 3 nov. , et déplore la situation malheureuse du roi et du royaume.
7. S. Échec de Mirabeau à l'Assemblée : décret excluant les députés du ministère. Sur proposition de Talleyrand, les biens ecclésiastiques sont placés sous la sauvegarde des autorités locales.
9. L. Première séance dans la salle du,Manège des Tuileries. Protestation du « bureau renforcé » des Etats du Cambrésis contre les décrets de l'Assemblée.
10. Ma. L'Assemblée condamne l'arrêté du Parlement de Rouen et demande le remplacement de la chambre des vacations.
11. Me. Fin de la discussion sur la division du royaume en départements. Arrêté du district des Cordeliers, signé Danton, décidant de faire prêter serment à ses représentants à la Commune, sous peine, s'ils ne respectent pas la volonté des « citoyens constituants », d'être révoqués.
12. J. Thouret président ; décision sur .la division des départements en districts et sur la création des municipalités. La chambre des vacations du Parlement de Metz proteste contre le décret du 3 nov.
13. V. Décret ordonnant la déclaration de tous les biens ecclésiastiques devant les juges royaux et municipaux. Rentrée de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
14. S. Necker présente un plan de banque nationale. L'Assemblée décide qu'il y aura trois séances du soir par semaine. Rentrée de l'Académie des Sciences.
15. D. Le Parlement de Rennes, refusant d'enregistrer le décret du 3, est mandé à la barre de l'Assemblée. Mounier envoie sa démission. Au Théâtre de Monsieur, des citoyennes, qui avaient invité le roi et la reine, applaudissent au Souper d'Henri IV.
16. L. Premiers décrets sur les municipalités. Rentrée du Collège royal: Delille lit des morceaux de l'Imagination.
17. Ma. Libération de Gand par les patriotes après une âpre bataille. 18. Me. Début du procès de Bezenval.
19. J. Discussion de l'arrêté des États de Cambrésis, intervention de Robespierre. Naissance à Paris d'un enfant dont la tête est semblable à celle de Foulon, que sa mère avait vu porter.
20. V. Débats sur le plan de Banque nationale; discours de Mirabeau et de Dupont. Tous les députés s'engagent à donner leurs boucles d'argent à la caisse patriotique, sur une proposition de d'Ailly qui ôte les siennes à la tribune. Déclaration de Joseph II, proposant une amnistie aux Brabançons.
21. S. Le soir, séance houleuse: dans le rapport des activités du Comité de recherche, Goupil de Préfeln dénonce une lettre de Malouet, qui est finalement disculpé par l'Assemblée.
23. L. L'archevêque d'Aix, de Boisgelin, président. Rapport de la députation des actionnaires de la Caisse d'escompte. Des manoeuvres et journaliers se présentent à la porte de l' Assemblée pour demander du pain et du travail; la Garde nationale les repousse. Dénonciation officielle des « complots » (dont celui du 6 oct.) par le comité de recherche de I'Hôtel-de-Ville. Dans les rue de Paris, des groupes contraignent les passants à livrer leurs boucles d'argent, et les femmes leurs pendants d'oreilles; de prétendus commissaires de district cherchent l'argenterie dans les maisons.
25. Me. La « contre-révolution » annoncée quelques jours auparavant n'a pas lieu; Paris est calme.
27. V. Suppression des étrennes aux personnes publiques.
28. S. On dénonce à l'Assemblée les dépenses abusives et le « livre rouge ». Vente aux enchères des matériaux provenant de la Bastille.
29. D. A l'Étoile, près de Valence, fédération des Gardes nationales du Dauphiné et du Vivarais. Les troupes prussiennes entrent dans Liège: « Vive le roi de Prusse ».
30. L. La Corse est décrétée partie intégrante de l'Empire Français; Mirabeau demande que les Corses expatriés qui ont combattu pour la défense de leur liberté soient autorisés à rentrer dans leur pays. Au Châtelet, ouverture de la procédure contre les fauteurs et complices des attentats et voies de fait commis à Versailles le 6 oct. , à la requête du Comité de recherche de l'Assemblée. Monsieur, frère du roi, reçu à l'unanimité à la Société philanthropique.

Publications. Journaux: début du Courrier de Madon de Dinocheau, des Révolutions de Paris de Tournon, concurrentes de celles de Prudhomme, des Actes des Apôtres (2 nov,), de la Gazette nationale, ou le Moniteur universel (24 nov.), des Révolutions de France et de Brabant de Desmoulins (28 nov.). A la mi-novembre, Exposé de la conduite de M. Mounier dans l'Assemblée-Nationale et des motifs de son retour en Dauphiné (plusieurs éditions) ; Les Chevaux du manège,1re partie (2. partie à la mi-déc.) ; Coup d'œil sur la situation de la Corse, attribué à Celestini ; Desmoulins, Réplique aux deux mémoires des sieurs Leleu, insignes meuniers de Corbeil, en présence de M. Necker ; à la fin du mois, Etat nominatif des pensions sur le trésor royal, imprimé par ordre de l' Assemblée Nationale, très attendu et très commenté.

Décembre
1. Ma. Guillotin propose l'égalité des peines pour tous les citoyens et la décapitation « par l'effet d'un simple mécanisme » (bientôt circulera une chanson sur la « guillotine ») ; discours de Maury en faveur des supplices traditionnels. Graves troubles à l'arsenal de Toulon; d'Albert de Rioms, commandant, et 4 officiers sont emprisonnés.
2. Me. Lettre de réclamation du ministre des colonies, La Luzerne, contre la dénonciation portée par Gouy d'Arcy ; d'Ambly demande que les dénonciateurs soient tenus de fournir des preuves, à peine d'être chassés de l'Assemblée ; Mirabeau s'y oppose. Fin des décrets sur les municipalités. A 7 h. du matin, une voiture de fumier, où l'on soupçonne qu'est cachée de l'argenterie, est arrêtée au Pont- Neuf, sondée au district, puis à I'Hôtel-de-Ville ; on n'y trouve rien.
3. J. Target propose un amendement au décret du marc d'argent (tribut civique égal à la valeur de cette contribution, payé pendant deux ans) ; l'Assemblée le repousse après de longs et tumultueux débats. Elle refuse la création d'un Comité colonial, après une discussion sur l'Etat des gens de couleur (sur une motion de Grégoire). Mort du peintre Joseph Vernet.
4. V. Pour faire cesser les coupes sauvages dans les bois proches de Paris, la Commune arrête de prêter main forte aux officiers de la maîtrise des eaux et forêts.
5. S. Dans une lettre à l'Assemblée, le marquis de Villette, président du Club national, offre les boucles d'argent de ses membres. Discours de Talleyrand et de La Borde sur le plan des finances.
7. L. Fréteau président. Target propose un nouvel amendement au décret du marc d'argent, dont seraient dispensés les candidats réunissant au 1er scrutin les trois quarts des suffrages; il est rejeté à une courte majorité. Le soir, discussion sur l'affaire de Toulon.
8. Ma. Adresse de la ville de Nantes, dénonçant la résistance du Parlement de Rennes au décret du 3 nov.
10. J. L'Assemblée décrète que les intendants cesseront leurs fonctions quand les administrations des départements seront en activité ; applaudissements, on crie bis dans les tribunes. Mirabeau propose un système « graduel » dans les élections, applicable en 1795-1797. Début de l'insurrection bruxelloise; messe solennelle à Sainte-Gudule, tous les fidèles prennent la cocarde.
11. V. L'Assemblée met les forêts sous la sauvegarde de la nation.
12. S. La Tour du Pin, ministre de la guerre, présente un plan d'organisation militaire; Dubois de Crancé provoque un incident en critiquant vivement l'armée de métier, et propose la conscription. Motion de Dom Gerle, supérieur des chartreux, demandant la sécularisation des moines qui le désirent. Marat, arrêté, comparaît à I'Hôtel-de-Ville; il est aussitôt relâché. La loi martiale proclamée à Marseille. Bruxelles libérée par les patriotes.
13. D. Catastrophe à Senlis: un forcené tire sur le défilé de la Garde nationale et fait sauter sa maison; nombreux morts et blessés. Duel entre A. de Lameth et La Bourdonnais.
14. L. Vote de la loi d'organisation municipale; discussion sur la conscription.
15 Ma. Le soir, le vicomte de Mirabeau provoque un scandale, en voulant justifier le Parlement de Rennes; l' Assemblée mande à la barre la Chambre des vacations de ce Parlement. D'Albert de Rioms et les officiers de Toulon libérés.
16. Me. Décret repoussant la conscription. Duel entre le comte de Latour-Maubourg et le vicomte de Mirabeau.
17. J. Rapport de Treilhard, au nom du Comité ecclésiastique, sur la réforme des congrégations. Namur évacué par les Autrichiens.
18. V. Volney intervient à l'Assemblée contre l'offre d'une somme de 900 000 livres par la république de Genève. Le chef des insurgés, Vandernoot, reçu à Bruxelles dans l'enthousiasme; Te Deum à Sainte-Gudule et représentation de la Mort de César de Voltaire.
19. S. A l'issue d'une séance très houleuse, l' Assemblée décide la création de 80 millions de billets de la Caisse d'escompte et la vente de 400 millions des biens ecclésiastiques et des domaines (émission d'assignats) ; lecture d'une lettre de Pascal Paoli exprimant sa joie des décrets du 30 nov.
20. D. Cérémonie solennelle de clôture de l'amende honorable de 40 jours pour le vol de vases sacrés et la profanation du Saint-Sacrement à Saint-Etienne-du-Mont ; la municipalité y assiste.
21. L. Motion pour l'accession des non-catholiques et des comédiens à tous les droits de citoyenneté.
22. Ma. Demeuniers président. Rapport de Thouret sur le pouvoir judiciaire. Le « parti de l'opposition » demande une loi sur la presse. Le soir, Guillotin soumet les plans de la Commune sur la réorganisation des ateliers de charité et sur la subsistance des pauvres.
23. Me. Clermont- Tonnerre défend les droits de citoyenneté des protestants, des comédiens, des juifs et du bourreau. Arrêté du Comité de police à l'Hôtel-de-Ville limitant à 300 le nombre des colporteurs, à 60 celui des afficheurs, et réitérant l'interdiction de proclamer des journaux. Mort de l'abbé de l'Épée. Les États de Flandre déclarent la nation indépendante et l'Empereur déchu de son droit de souveraineté.
24. J. Discours de Maury contre les droits civiques des comédiens et des juifs; dans son décret, l'Assemblée ne réserve finalement la question que pour les juifs. Arrestation du marquis de Favras, accusé de comploter l'évasion du roi.
25. V. Nuit de Noël: mesures extraordinaires de police, jusque dans les églises, les premiers étages des maisons éclairés de crainte d'une « contre-révolution ».
26. S. A 6 h. du soir, Monsieur va à l'Hôtel-de-Ville se justifier de la complicité dont on l'a accusé dans le complot de Favras.
27. D. Un consistoire secret, à Rome, ordonne l'emprisonnement de Cagliostro.
28. L. Décret ordonnant aux intendants et aux administrations provinciales de rendre compte de leur gestion. Trudon, de la Garde nationale, « Poignardé » dans sa guérite rue des Quatre-Fils. Première représentation orageuse de l' Esclavage des nègres, ou Zamore et Mirza, comédie d'Olympe de Gouges.
29. Ma. L'Assemblée refuse le don de Genève.
31. J. Les Dames de la Halle font leur compliment de nouvelle année à l'Assemblée.

Publications: nombreux pamphlets contre-révolutionnaires, Ouvrez donc les yeux, Adresse aux provinces (attribuée à l'abbé de Montesquiou, qui la désavoue dans la séance du 22), Intérêt et cris des provinces. Aubert de Vitry, Jean-Jacques Rousseau à l' Assemblée Nationale; Louvet de Couvray, Paris justifié contre M. Mounier ; Servan, Adresse aux amis de la paix.