N°16 (1984) Numéro spécial : D'ALEMBERT (1717-1783)



Table des matières


1- Numéro spécial : D'ALEMBERT (1717-1783)

Roland DESNÉ : Adieu à la maison Garnier 5

Sylvain AUROUX et Anne-MarieCHOUILLET : Présentation 7

Yvon BELAVAL : Préliminaire de d'Alembert 9
Paolo CASINI : La revanche de l'inconscient. D'Alembert vu par Diderot 17
Steven B. ENGELSMAN : D'Alembert et les équations aux dérivées partielles. 27
Pierre COSTABEL : De quelques embarras dans le Traité de dynamique 39
Jacques LÉVY : D'Alembert et l'astronomie 47
René TATON : D'Alembert, Euler et l'Académie de Berlin 55
Michel P ATY : Rapport des mathématiques et de la physique chez d'Alembert 69
François DUCHESNEAU : D'Alembert et la physiologie 81
Sylvain AUROUX : D'Alembert et les synonymistes 93
Mar DOMINICY : La querelle des inversions 109
Franz BRUNETTI : De la mécanique à l'histoire 123
Jacques CHOUILLET : D'Alembert et l'esthétique 137
Françoise ESCAL : D'Alembert et la théorie harmonique de Rameau. 151
Jean-Noël PAscAL : Le rêve d'amour de d'Alembert 163
Marie-Françoise LUNA et Geneviève REYNES : Iconographie 171
Anne-Marie CHOUILLET : Travaux récents sur d'Alembert (1970-1983) 197

Il. VARIA
Inédits :
Quand VOLTAIRE était élu à l'Académie de Saint-Petersbourg. Lettres présentées par Émile LIZÉ 207
Jacques WEGELIN et Jean-Gaspard SCHULTHESS : Caractère de Monsieur Rousseau (1763). Présentation par Jochen SCHLOBACH 211
DIDEROT : Trois lettres, sur le portrait de Perronet (1781), présentées par François MOUREAU 243

Histoire :
Aline LOGETTE : Prévoyance sociale ou charité"? Les retraites des employés de la Régie générale (1777-1786) 253
Gianluigi GOGGI : Les contrats pour la troisième édition de l' Histoire des Deux-Indes 261

Histoire des idées :
Michel DELON: « Homo sum... ». Un vers de Térence comme devise des Lumières 279
Geneviève MENANT-ARTIGAS : Cassandre et Calas. Une nouvelle version de là lettre de Voltaire à d'Alembert (29 mars 1762) 297
Antony MCKENNA : L'anti-Pascal de d'Alembert 312
Georges DULAc: Diderot éditeur des Plans et statuts des établissements de Catherine II 323

Littératures :
Hélène GIAUFRET COLOMBANI : Le sang des Atrides. Sur les tragédies de Crébillon 345
Jean-Paul SERMAIN : L'Histoire d'une Grecque moderne de Prévost : une rhétorique de l'exemple 357
Colette PIAU: L'écriture féminine ? A propos de Marie-Jeanne Riccoboni 369
Hisayasu NAKAGAWA: Naissance au Japon de l'autobiographie moderne 387

Documentation :
Francisco AGUlLAR PINAL: Le livre français dans la bibliothèque de Jovellanos 405

Notes de lecture :
Revues, publications pluridisciplinaires, bibliographies 4!1 Éditions de textes 424 Histoire... 445 Histoire des idées... 472 Littératures... 485 Arts. 507
par: Lise ANDRIES, Louis ARÉNILLA, Jean-Robert ARMOGATHE, Michel BARIDON,
Giulio BARSANTI, Jean BART, Jean BLANKOFF, Sophie BODY-GENDROT, Pierre- André BOIS, Jean BOISSIÈRE, Jean-Claude BONNET, Dominique BOUREL, Franz BRUNETTI, Monica CASALIS-THURNEYSEN, Jacques CHOUILLET, Bernard CHEVIGNARD, Yves COlRAULT, Robert L. DAWSON, Michel DELON, Mark K. DEMING, Roland DESNÉ, André DOLENS, Lucienne DOMERGUE, Française DOUGNAC, Daniel DROIXHE, Jean DUCROCQ, Gilles DUVAL, Jean EHRARD, Française ESCAL, Madeleine FABRE, Robert FAVRE, Béatrice FINK, Gianluigi GOGGI, Jean-Pierre GUICCIARDI, Jacques GUILHAUMOU, Édouard GUITTON, KIaus H. KIEFER, Roland KREBS,. Jean-Pierre .LE BOULER, Jean-Louis LECERCLE, Henri-Jacques LÉGIER, Géraldi LEROY, Émile LIZE, Hans-Jürgen LÜSEBRINK, André MAGNAN, Claude MlCHAUD, Françoise MIHAUD-FRÉJAVILLE, Anna MINERBI BELGRADO, Alain MONTANDON, Jean-Pierre MOUILLESEAUX, François MOUREAU, Sylvia MURR, Jean-Noël PASCAL, Jean de PERSON, Colette PIAU, Yves PINEAU, Estevao de RESENDE MARTINS, Pierre RÉTAT, Corrado Rosso, Marc SANDOZ, Daniel SÉGALA, Jean THÉODORIDIS, Ann THOMSON, Raymond TROUSSON, Claudine de VAULCHIER, Jindrich VESELY, Paolo VIOLA, Eric WALTER.
Index alphabétique des notes de lecture 516 Livres reçus 521 Discographie :Rameau, par Monique ESCUDIER 525
summaries of the articles in this issue 529

D'ALEMBERT (1717-1783) PRESENTATION


Sans être complètement négligé par la critique, d'Alembert est loin d'avoir suscité l'intérêt et les travaux qui ont permis ces trente dernières années, de restituer, de façon satisfaisante, la pensée et le devenir intellectuel de son collègue à la direction de l' Encyclopédie, Denis Diderot. On peut considérer que les discussions de la critique moderne à propos du co-directeur de l'Encyclopédie tournent autour de trois questions essentielles :

1. On connaît le rôle institutionnel de d'Alembert dans la diffusion et la reconnaissance des lumières françaises. Le cas du mathématicien d'Alembert fournit-il le paradigme du « philosophe » ? ( « D'Alembert était le philosophe par excellence » , Hankins, 1970, p. 236.)

2. Comme mathématicien et comme physicien (ce sont les aspects de son oeuvre les plus étudiés), d'Alembert choisit la voie rationaliste, et le travail sur les principes. Son épistémologie se réclame de l'empirisme. Il y a là une tension essentielle que les interprètes ont essayé d'analyser, en situant la pensée de l'encyclopédiste par rapport aux deux modèles de Descartes et Newton (voir la polémique qui opposa Hankins et Cane dans Isis).

3. Sa carrière se déroule sur le double registre de l'homme de science et de l'homme de lettres. Ses contemporains voyaient en lui un esprit universel à l'instar de Pascal. De Descartes à Leibniz les philosophes apportaient leur contribution au développement scientifique. La contribution scientifique de d'Alembert est irrécusable, ses autres contributions sont plus difficiles à évaluer. Il représente peut-être une époque intermédiaire, où les hommes de science déjà fortement caractérisés produisaient encore dans le domaine philosophique. Il y a là un problème général qui éclaire le divorce que nous connaissons depuis le 19e siècle entre les sciences et les lettres. D' Alembert est-il le témoin d'une unité perdue ou le propagandiste d'une tentative d'annexion ? «< l'esprit géométrique était la seule méthode que d' Alembert souhaitait appliquer à tous les domaines du comportement humain », Hankins, p. 236.)

Cet ensemble de questions a guidé la préparation de ce numéro spécial. Il s'agissait de dépasser la généralité, et de juger sur pièces, d'aller voir ce qu'il en était réellement des positions de d' Alembert dans chacun des domaines qu'il a abordés, de l'esthétique à la linguistique, sans oublier les mathématiques, l'astronomie et la physique. Cet effort analytique paraît apporter de nouveaux éléments de discussion (par exemple pour la prise en compte de l'histoire et de la physiologie), et de manière générale, devoir plaider en faveur d'appréciations plus nuancées et plus diversifiées, comme elles s'expriment dans cet ensemble d'articles. Nous avons tenu par-dessus tout à en respecter la diversité même quand elle se traduit par des prises de position malaisément conciliables entre elles. Certaines des recherches qui sont exposées ici abordent des aspects peu connus et nous avons pensé que c'était une raison supplémentaire pour sauvegarder leur pleine autonomie. Regrettons seulement l'absence d'un article sur le calcul des probabilités et les méthodes d'approximation. Il avait été prévu mais n'a pu être prêt à temps. Par ailleurs, il va de soi que nous n'avions pas la possibilité d'épuiser le sujet en deux cents pages.
L'histoire des sciences doit-elle ou non bannir le vocabulaire technique ? Nul n'est spécialiste de toutes les disciplines et il convient d'unir autant qu'on le peut la simplicité et la technique. Il n'en reste pas moins que la lecture de ce genre d'articles demandera toujours un effort d'attention proportionné à la difficulté de l'objet. Ainsi que le disait d' Alembert, lui-même, dans ses Eléments de musique, « on pourra ne pas lire [les calculs], si on le juge à propos, en se contentant de supposer comme vraies les propositions énoncées dans le texte ». Quel que soit le degré de séparation des paradigmes littéraire et scientifique, il n'est pas possible de fragmenter une culture en des domaines étanches. Cela vaut sans doute encore plus du dix-huitième siècle que de notre actualité. Un effort interdisciplinaire est nécessaire pour comprendre la circulation des idées, des connaissances et des formes d'expression.

SYLVAIN AUROUX et ANNE-MARIE CHOUILLET.