
1977, n° 9. Numéro
spécial : LE SAIN ET LE MALSAIN.
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TABLE DES MATIÈRES
I. WERNER KRAUSS (1900-1976) :
Yvon BELAVAL 5
Jean VARLOOT et Jean-Robert ARMOGATHE : A Hessenwinkel 6
Ann THOMSON : Eléments de bibliographie 9
Il. Numéro spécial. LE SAIN ET LE
MALSAIN AU 18e SIÈCLE :
Jacques GUILLERM : Présentation 15
Marie-José BAUDINET : Le corps et l’inanimé
dans la nature morte 17
Michel DELON : Corps sauvages, corps étranges 27
Georges VIGARELLO : Posture, espace et pédagogie 39
François DELAPORTE : Des organismes problématiques
49
Jacques GUILLERME : Le sain et le malsain dans l’économie
de la nature 61
Liane LEFAIVRE et Alexandre TZONIS : La géométrie
du sentiment et le paysage thérapeutique. 73
Jean-Pierre MARTINON: La représentation des interdits et
la poétique du malsain 81
Jehan de MALAFOSSE : Un obstacle à la protection de la nature
: le droit révolutionnaire 91
William COLEMAN : L’hygiène et l’État
selon Montyon 101
CONDORCET : Mémoire inédit sur les hôpitaux
(1786). Présentation par Alexandre TZONIS 109
Marcel SPIVAK : L’hygiène des troupes à la fin
de l’Ancien Régime 115
Richard ETLIN : L’air dans l’urbanisme des Lumières
123
Jean-Louis HAROUEL : Les fonctions de l’alignement dans l’organisme
urbain 135
Robert FAVRE : Du « médico-topographique » à
Lyon en 1783 151
José Augusto FRANÇA : Espaces et commodités
dans la Lisbonne de Pombal 161
Françoise BOUDON : La salubrité du Grenier de l’Abondance
à la fin du 18e siècle 71
Owen et Caroline HANNAWAY : La fermeture du cimetière des
Innocents 81
Bruno FORTIER : La maîtrise de l’eau 193
Pierre SADDY : Le cycle des immondices 203
III. VARIA :
Textes inconnus ou inédits :
LA BRUYÈRE : Lettre à Voltaire sur La Ligue.
Présentation par Jean-Michel RAYNAUD 217 Six lettres pour
la correspondance de Voltaire. Présentation par Jean SAREIL
221
D’ALEMBERT: Quelques lettres inédites (1750-1780).
Présentation par John PAPPAS 231
Littérature et histoire des idées
:
Alain NIDERST : Gloire et déclin de Saint-Évremond
(1660-1800). 241
André DABEZIES : Erudition et humour : le Père Bougeant
(1690-1743) 259
Paul HOFFMANN : La beauté de la femme selon Diderot 273
Jean PANDOLFI : Beccaria traduit par Morellet 291
Anthony STRUGNELL : Style et anti-style dans l’œuvre
de Dom Deschamps 317
Georges BARTHEL : Dom Deschamps et la fin du politique 329
Raymond TROUSSON : Quinze années d’études rousseauistes
343
Notes de lecture :
Revues et publications pluridisciplinaires 387
Éditions de textes 397
Histoire 403
Histoire des idées 426
Littératures 447
Arts 468
Par : Paolo ALATRI, Louis ARÉNILLA, Michel BARIDON, Michèle
BELLOT-ANTONY, Martine BERNARD, Jean BLANKOW, Pierre-André
BOIS, Paulette CARRIVE, Paolo CASINI, Roger CHARTIER, Anne-Marie
CHOUILLET, Michel DELON, Roland DESNÉ, Lucette DESVIGNES,
Jean DUCROCQ, Henri DURANTON, Jean EHRARD, Agnès ERDÉLYI,
Monique ESCUDIER, René GALLIANI, Fausta GARAVINI, Jacques
GUILLERME, Ahmad GUNNY, Jacques GURY, Roland KREBS, Jacques LE BRUN,
Jean-Louis LECERCLE, Wolfgang LEINER, Jean-Alain LESOURD, Daniel
LEVIER, Emile LIZÉ, Jean MACARY, Michel MARION, Angus MARTIN,
Michèle MAT, Paul H. MEYER, Claude MICHAUD, Stéphane
MICHAUD, Françoise MICHAUD-PRÉJAVILLE, Claude MIQUET,
Alain MONTANDON, François MOUREAU, Claudine PAMÉLA,
François-Georges PARISET, Krzysztof POMIAN, Charles PORSET,
Daniel ROCHE, Carmelo ROMEO, Marc SANDOZ, Michèle SERVIEN,
François SOUCHAL, Ann THOMSON, Raymond TROUSSON, Gabrielle
VIDAN, Marie Evelyna ZOLTOWSKA.
Livres reçus 479
Discographie, par Monique ESCUDIER 483
Correspondance :
Sur Mme de Tencin (suite) : Une lettre de M. Jean SAREIL 489
Sur Jean-André Peyssonnel : une lettre de M. Jean THEODORIDÈS
489
Sur les Archives de la Compagnie de Jésus : une lettre de
M. BEYLARD 491
Summaries of the articles in this issue 493
PRÉSENTATION
Explorer le champ des signes culturels du 18e siècle, selon
les voies que désigne l’opposition du sain et du malsain,
c’est là un programme qui ne peut prétendre
aujourd’hui à une véritable originalité.
Des travaux remarquables ont déjà machiné les
documents de la médecine et de l’hygiène des
Lumières, du point de vue épistémologique comme
de celui de l’histoire institutionnelle. Mais l’abondance
de la matière ainsi que la perspicacité de maint commentaire
engagent à ce qu’on en poursuive l’étude
et que des chercheurs venus de diverses disciplines s’attachent
à un domaine d’enquête qui contient les objets
de la culture matérielle, les conduites et les théories
qui y conviennent, les formes de pensée symbolique qui s’y
rapportent.
Invoquer la distinction du sain et du malsain, c’est se situer
d’abord dans l’ordre du sensible, c’est-à-dire
un ensemble d’accidents dont la perception relève de
formes culturelles et d’une économie du savoir. Le
critère privilégié ici rameute des objets et
des signes de dégoût, leur complément dans l’ordre
de l’appétit, leur redistribution incessante dans le
champ des représentations.
Si elle trouble et partage l’univers des pensées, l’opposition
du sain et du malsain s’explicite communément dans
des normes de salubrité. Autrement dit, elle informe une
pédagogie, des comportements, des interdits, partant leur
transgression, rêvée ou agie, bref une cartographie
de limites instables. Cette notion de limites est essentielle ici,
car leur déplacement rend sensible, entre les rationalisations
de la loi et les obscures puissances du corps, cet écart
où se jouent les transactions du naturel et du dénaturé.
Ce sont donc les signes du salubre, ses limites et leur déformation
qu’il s’agit de repérer au 18e siècle
dans toute sorte de pratiques sociales. On s’attachera, par
exemple, aux conduites de salubrité dans le modelage urbain,
donc aux monuments — textes, plans ou bâtiments —
qui trahissent une intention, actuelle ou fictive, de distinguer
et de classer les apparences du sain et du malsain pour leur assigner
des localités et distribuer les matières qui les supportent.
Les projets d’« équipements » comportent
des idées de tri, de bornes, de séparations et supposent
donc l’activité de quelque police, une doctrine pour
l’inspirer, une certaine constance de règlement. Bien
entendu, les références expresses à la salubrité
ont surtout valeur de repère. Ce qui lui assigne des territoires
relève d’une multitude de déterminismes que
traversent quantité d’autres oppositions de catégories,
comme le sont le pur et l’impur, le propre et le sale, le
péché et la grâce, mais aussi bien le mort et
le vivant, le visible et l’invisible, le dehors et le dedans,
de sorte que la référence à l’hygiène
dans les programmes urbains est le plus apparent des symptômes
d’une histoire intellectuelle complexe où l’on
voit s’élaborer une indéfinie construction qui
sépare les espèces, figure la régulation de
leur commerce, nourrit enfin et contredit les débords et
les recels de l’imaginaire. L’organisme du savoir, c’est
alors, en premier lieu, un projet taxinomique qui fixe dans le tableau
de la nature, la place théorique de chaque organisme vivant.
Identifier les espèces problématiques, classer les
degrés de la sauvagerie, dessiner le type normal de la race
et ses écarts, interpréter l’enchevêtrement
du sain et du putride dans le mixte vital, ce furent là des
moments nécessaires de la composition d’une science
du corps qui se compose dialectiquement avec la totalité
du savoir, en tant qu’il informe les pratiques sociales et
qu’il en intègre les effets. Une fois l’hygiène
affermie sur une positivité scientifique affirmée,
on conçoit que le découpage de la nature se projette
dans le découpage de l’environnement que l’homme
compose par artifice. Cependant d’autres fragmentations menacent
l’individu et le dépossèdent de son corps. L’art
le révèle, si l’on choisit bien ses exemples.
L’économie politique de la science le confirme, la
pensée analytique décompose les machines organiques
et en incorpore le démontage dans une représentation
uniforme. La norme et le sain prennent valeur économique.
A cela répond le projet politique d’une éducation
technique dont les objectifs contredisent à certaines espérances
critiques des Lumières. Tel est le socle théorique
d’une série qui recueille diverses expressions d’une
fantasmatique du sain et du malsain dans son rapport hypothétique
avec le modelage social. Eu égard à l’étendue
du domaine exploré, le choix des thèmes particuliers
pourra sembler arbitraire et borné. Cet ensemble n’est
qu’un échantillon d’une enquête sur les
commencements de l’écologie lato sensu.
JACQUES GUILLERME
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