1976, n° 8. Numéro spécial : Les JÉSUITES AU 18e SIÈCLE.

 

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TABLE DES MATIÈRES

I. HOMMAGE A JEAN FABRE :
Yvon BELAVAL : Le fondateur 5
René PINTARD : Notre ami 6
Roland MORTIER : Le bilan d’une œuvre 12
Krystyna KASPRZYK : La Pologne dans la pensée et le cœur 21
Quelques élèves : Un professeur 31

II. Numéro spécial. LES JÉSUITES AU 18e SIÈCLE :
Jacques LE BRUN : Présentation 35

Chronologie 37
Jacques LE BRUN : Entre la mystique et la morale 43
Joël FOUILLERON : Oratoriens et jésuites dans le diocèse d’Arras. Une arme de combat : les petites écoles 67
Claude LANGLOIS : Jésuites de la Province de France, jésuites en Bretagne vers 1750 77
Louis TRENARD : Un guide jésuite de savoir-vivre 93 .
Pierre PEYRONNET : Le théâtre d’éducation des jésuites 107
Louise MARaCIL-LACOSTE : La logique du paradoxe du P. Claude Buffler 121
Anne-Marie CHOUlLLET-ROCHe : Le Clavecin oculaire du P. Castel 141
Pierre RÉTAT : Mémoires pour l’Histoire des Sciences et des Beaux-Arts.
Signification d’un titre et d’une entreprise journalistique 167
Jean SGARD : Chronologie des Mémoires de Trévoux 189
Jean SGARD et Françoise WEIL : Les anecdotes inédites des Mémoires de Trévoux 193
Michel GILOT et Jean SGARD : Le renouvellement des Mémoires de Trévoux en 1734 205
Jean GARAGNON : Les Mémoires de Trévoux et l’événement, ou Jean-Jacques Rousseau vu par les jésuites 215
Robert J. FAVRE, Claude LABRROSSE et Pierre RÉTAT : Bilan et perspectives de recherche sur les Mémoires de Trévoux 237
Daniel BEAUVOIS : Les jésuites dans l’Empire russe (1772-1820) 257
Daniel LIGOU : Jésuites et Francs-maçons, à propos d’un article du R P. RIQUET 273
Joseph DEHERGNE : Documents sur l’histoire du 18e siècle conservés aux archives des jésuites de la Province de Paris 287
Jean-Robert ARMOGATHE : Note sur les archives romaines de la Compagnie 297
Jacques LE BRUN : Note bibliographique 301

III. VARIA :

Inédits :
PONTCHARTRAIN : Mémoire sur l’Établissement de la Régence.
Présentation par André PICCIOLA 305
VOLTAIRE : Trois lettres sur des rentes viagères à Mannheim.
Présentation par Jurgen Voss 319
D’ALEMBERT : Cinq lettres. (Le traitement de la rage et la Société royale de médecine.) Présentation par Jean THÉODORIDÈS 323

Histoire :
John D. WOODBRIDGE : Censure royale et censure épiscopale :
le conflit de 1702 333
David H. JORY : Le Collège royal en 1724 et le projet de 1’abbé Bignon 355
Renée LELIÈVRE : Un trio de Francs-Maçons ignorés 367

Littérature et histoire des idées :
C
orrado ROSSO : Montesquieu présent: Études et travaux depuis 1960. 371
Michel BARIDON : Empire et patrie. Politique et esthétique comparées de Hume, Gibbon et Rousseau 405
Herbert DIECKMANN, Jacques PROUST et Jean VARLOOT : Sur les Œuvres complètes de Diderot. Une réponse qui s’impose 423

Notes de lecture :
Revues et publications pluridisciplinaires 433
Éditions des textes 447
Histoire 461
Histoire des idées 473
Littératures 489
Arts 513

Par : Louis ARÉNILLA, Jean-Robert ARMOGATHE, Françoise AUBERT, Michel BARIDON, Jean-Pierre de BEAUMARCHAIS, Yvon BELAVAL, Jean BLANKOFF, Denise BRAHIMl, Jacques CARRÉ, Paulette CHARDONNEL, Anne-Marie CHOUlLLET-ROCHE, Michel DELON, Roland DESNÉ, Jean DUCROCQ, Monique ESCUDIER, Lloyd R. FREE, René GALLIANI, Fausta GARAVlNI, Dieter GEMBICKI, Jean-Marie GOULEMOT, Jean-Pierre GUICCARDI, Jacques GUILLERME, Hélène HIMELFARB, Andrée HOF, James JACKSON, Roland KRESS, Gérard LAHOUATI, Rémy LANDY, Catherine LAFARGE, Jacques LE BRUN, Jean-Louis LBCERCLE, Daniel LEVIER, André LÉVY, Daniel LIGOU, Émile LIZÉ, Jean-Bernard LUCAS, Jean MACARY, Paul H. MEYER, Georges MICHAUD, Brian N. MORTON, John PAPPAS, François-Georges PARISET, Pierre PEYRONNET, Krzysztof POMIAN, Charles PORSET, Jean-Michel RAYNAUD, Ulrich RlCKEN, Daniel ROCHE, Carmelo ROMEO, Robert SHACKLETON, François SOUCHAL, Marie SOUVIRON, Ann THOMSON, Raymond TROUSSON, Gabriella VIDAN, Marie-Thérèse VEYRENC, John WOODBRIDGE, Maria-Evelina ZOLTOWSKA.

Livres reçus 521
Discographie (1971-1975), par Monique ESCUDIER 523
Correspondance :
A propos de l’attitude de Lacepède en 1796 : une lettre du général CODECHEVRE, et la réponse de M. R. HAHN 530
Sur Mme de Tencin : une lettre de M. René VAILLOT et la réponse de M. J. MACARY 533
Sur l’orthodoxie de Boulainviller : une lettre de Mme Renée SIMON et la réponse de Mlle A. THOMSON 534
Summaries of the articles in this issue 535

HOMMAGE A JEAN FABRE
LE FONDATEUR

Je nous revois, Jean Fabre et moi, déambulant, en juillet 1963, dans la cour du château de Coppet, au premier Congrès sur le Siècle des Lumières. Mon projet d’une société internationale des dix-huitiémistes venait d’être repoussé. Il s’était présenté tout naturellement à mon esprit en constatant que si, en 1955, j’avais pu dresser un inventaire assez complet des recherches sur Diderot, je ne l’aurais pas pu cinq ou six ans plus tard, tant les travaux s’étaient partout multipliés. Il fallait donc s’unir, collecter les informations, s’entraider: continuer ensemble ce qu’il n’était plus question de continuer seul. « Oui, vous avez raison, me disait Jean Fabre ; mais votre propos est prématuré, trop ambitieux… Attendons... Il est à reprendre plus modestement… entre Français d’abord… A Paris nous en reparlerons… » Dès cet instant, Jean Fabre devenait le seul fondateur de notre Société. Lui seul en avait les moyens : une intelligence concrète, une amabilité toujours offerte, une activité inlassable, l’aide de ses anciens camarades de l’École Normale, I’appui de ses étudiants. Le samedi 14 novembre 1964, dans 1’aprèsmidi, à l’Institut de Français, à la Sorbonne, l’Assemblée constitutive avait lieu : une première circulaire avait provoqué 99 réponses favorables.
On sait la suite : des chercheurs étrangers s’inscrivent ; des sociétés nationales apparaissent, de congrès en congrès se reforme le projet de Société internationale et il finit par aboutir.
Quand Jean Fabre, quittant Paris, abandonne, malgré nous tous, la Présidence, son action aura contribué plus qu’aucune à renouveler les études du 18e siècle et à établir cette République des Lettres dont avaient rêvé les Lumières.

YVON BELAVAL

PRÉSENTATION

Un préalable se dresse devant toute étude concernant les jésuites su 18e siècle : l’historien, en effet, ne peut oublier le fait essentiel de cette époque, la suppression de la Compagnie de Jésus en France, puis dans l’ensemble des pays du monde (sauf des exceptions en Europe orientale) ; il risque donc de se trouver, pour ainsi dire, obsédé par la connaissance d’un fait qui lui paraît être un « dénouement », d’où des tentatives multiples dans l’historiographie pour rechercher des « causes » ou des « responsabilités », des « signes avant-coureurs » ou, au pire, des justifications.
Cette problématique cependant n’est pas sans fondement : des interdictions passagères en France, dès la fin du 16e siècle, et surtout de graves difficultés à l’intérieur même de la Compagnie à la fin du 17e, laissaient toujours ouverte la question de l’existence même d’un des ordres les plus modernes, les plus originaux et les plus actifs de l’Église, ou, au moins, la question de son unité.
Mais ces problèmes, qui se sont posés à d’autres sociétés menacées d’éclatement, ne suffisent pas à caractériser la Compagnie de Jésus au 18e siècle. Il faudra donc lever l’hypothèque que fait peser sur notre historiographie la suppression dans les années 1760.
Plusieurs séries de questions se posent alors, les unes documentaires, les autres propres à l’historien des jésuites. Les documents, en effet, doivent être interrogés selon toutes les ressources de l’analyse historique, si l’on veut connaître les jésuites ; et le travail est ici seulement ébauché : recherches sur le nombre des jésuites, leur origine sociale, leur situation géographique, les étapes de leur cursus, leur âge et leurs fonctions. Renseignements nécessaires pour savoir s’il y a stabilité ou non dans le recrutement et l’origine, s’il y a mobilité dans les carrières, s’il y a interpénétration des sociétés locales et de la Compagnie, en un mot si l’on veut connaître son personnel et son influence. Une analyse méthodique, quantitative, des « catalogues » des jésuites s’impose, car, si des dates et des fonctions nous laissent à l’extérieur de la réalité des vies individuelles (la fonction peut n’être qu’un titre ou un alibi), elles sont des conditions préalables de la connaissance de cette réalité. Une étude parallèle des élèves des collàges, des congréganistes et des étudiants des universités (dans les pays où les jésuites en possèdent) s’impose aussi pour les mêmes raisons.
Autres documents : les écrits. Des inventaires, des analyses théologiques, sociologiques, littéraires de l’immense corpus imprimé et manuscrit des jésuites du 18e siècle doivent être poursuivis : l’étude des Mémoires de Trévoux, à laquelle contribuent plusieurs articles, doit ouvrir sur celle des disciplines religieuses (théologie, prédication, apologétique, spiritualité), humanistes (études classiques, pédagogie, poésie, théâtre) et scientifiques pratiquées par les jésuites ; privilégier a priori l’un de ces domaines risquerait de conduire l’historien à de graves anachronismes. Un des avantages de ce numéro spécial, malgré l’inégale répartition des champs explorés et son caractère un peu « gallo-centrique » peut être de laisser pressentir à la fois la variété et la hiérarchie de problèmes soulevés par l’étude de ces écrits.
Ces études documentaires doivent nous conduire aux question fondamentales que posent l’existence et l’activité de la Compagni au 18e siècle. Ordre « moderne », elle se caractérise par son double rapport à l’Eglise catholique et au monde. Sa place dans l’Église est tributaire non seulement des orientations de tel pape ou de tell personnalité (encore que des études approfondies puissent renouveler notre connaissance du crédit réel des jésuites à Rome), mais aussi de la théologie et de l’ecclésiologie dans l’Église post-tridentine. Ce qui apparaîtra peut-être ici, c’est une certaine variété des attitudes et des doctrines dans le temps et l’espace, malgré l’unité du cadre juridique.
Les rapports de la Compagnie avec le monde semblent mieux connus ; néanmoins il s’agit de problèmes plus larges que ceux des relations avec les puissances (États, souverains, Parlements, etc.) : tournée vers le monde pour une tâche missionnaire, au sens le plus large du terme, la Compagnie de Jésus était par vocation affrontée à tous les débats de la culture (philosophie, lettres, arts), de la science et de la technique, de l’économie (le prêt à intérêt, I’économie politique, etc.) ; une conception de l’homme, de la liberté et de l’action, élaborée au 16e siècle, restait avec elle vivante au 18e, malgré le poids de deux siècles d’histoire et de controverses. Si l’historien du Siècle des Lumières s’intéresse particulièrement à l’histoire des jésuites, n’est-ce pas pour cette raison que leur existence même, ce qui la fonda et ce vers quoi elle tendait, étaient une manifestation de cette conception de l’homme, du monde et de la religion ?

JACQUES LE BRUN

Nous remercions Jean-Robert ARMOGATHE, Paulette CHARBONNEL et Daniel ROCHE de la part qu’ils ont prise à l’élaboration de ce numéro spécial (N.D.L.R.).