
XVIIIe siècle, N° 5. 1973.
Numéro spécial : Problèmes actuels de la
recherche
Table des matières
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I. Numéro spécial. PROBLÈMES ACTUELS DE
LA RECHERCHE :
1. Jacques PROUST : Avant-Propos 1
2. J.-R. ARMOGATHE : Néologie et idéologie dans la
langue française au 18e siècle 17 3. G. BENREKASSA
: Dit et non dit idéologique : à propos du Supplément
au Voyage de Rougainville 29
4. Pierre CHARTIER : Le dix-huitième siècle existe-t-il
? 41
5. Michèle DUCHET et E. LE ROY-LADURIE : Histoire et Littérature.
Questions de méthode 49
6. Jacques DUPÂQUlER : Ombres et lumières en démographie
historique 59
7. J.-M GOULEMOT : Propositions pour une réflexion sur l'épistémologie
des recherches dix-huitiémistes 67
8. Dominique JULIA : Problèmes d'historiographie religieuse
81
9. Michel LEGAGNEUX : Le questionnaire en question 89
10. Georges LIVET : Les relations internationales au 18e siècle.
Réflexions critiques et esquisse d'une méthodologie
97
11. Régine ROBIN : Les historiens devant la linguistique:
nouveau gadget ou constitution de l'objet discursif ? 111
12. Maurice ROELENS : Jacques le Fataliste et la critique contemporaine
: le texte et le sens 119
13. Louis TRENARD : Culture, alphabétisation et enseignement
au 18e siècle . . . . . 39
14. Étienne VERLEY : L'Archéologie du savoir et le
problème de la périodisation 151 15. Michel VOVELLE
: Étude quantitative de la déchristianisation au 18e
siècle: débat ouvert, tabou ou dépassé
? 163
16. Eric WALTER : Sur l'intelligentsia des Lumières 173
II. Textes et Études.
Jean SAREIL : Trois lettres inédites de Fontenelle 205
Dom DESCHAMPS : Le mot de l'énigme (suite et fin). Éd.
par B. Baczko et F. Venturi 211
Bronislaw BACZKO : Les discours et les messages de Dom Deschamps
250
Peter FRANCE : J.-J. Rousseau vu par un visiteur anglais en août
1776 271
Michèle SERVIEN : Lettres à Robert Liston 279
Jean SGARD : L'édition des uvres de Prévost
297
Robert FAVRE : Sur un regret de l'abbé Prévost : "
I'usage de France est incommode pour le transport d'un cadavre "
304
Gilles GIRARD : Inventaire des manuscrits de L. S. Mercier à
la Bibliothèque de l'Arsenal 311 ....
D. W. SMITH et un collectif de chercheurs canadien : La correspondance
d'Helvétius (avec une lettre inédite d'H. à
Schouvalov) 335
François-Georges PAR1SET : L'âge néo-classique.
Les expositions de Londres, 1972 363
Bernard PLONGERON : Nature, métaphysique et histoire chez
les Idéologues 375
Documentation :
Bernard GAGNEBIN : Deux manuscrits de Montesquieu 413 .
Pierre VALLIN : Un témoin de la diffusion clandestine des
idées philosophiques en France au 18e siècle 417
Notes de lecture :
Revues et publications pluridisciplinaires 421
Éditions de textes 427
Histoire 438
Histoire des Idées 459
Littératures 477 .
Arts 497
par Jean-Robert ARMOGATHE, Michel BARIDON, Georges BARTHeL, Guy
BESSE, Monique BORGIALLI-MINDAK, Denise BRAHIMI, Yolande de BROSSARD,
Nicole CHAQUIN, Roger CHARTIER, Roland DESNÉ, HenriDURANTON,
Jean EHRARD, Dieter GEMBICKI, Hélène HIMELFARB, Jacqueline
LABROT-SALVAT, John-Frederick LOGAN, Marie-Rose LOGAN, Claude MICHAUD,
Claude MIQUET, André PIPPIDI, Jana
POPEANGA, Charles PORSET, Daniel ROCHE, François SABATIER,
Paul SADRIN, François SOUCHAL, Marie SOUVIRON, Robert S.
TATE Jr., Raymond TROUSSON, Jean VARLOOT, Jeroom VERCRUYSSE, Jùrgen
VOSS, Eric WALTER.
Summary of the articles contained in this issue 503
AVANT-PROPOS
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Ce numéro de Dix-huitième siècle a une autre
histoire que ceux qui l'ont précédé, et la
meilleure manière de le présenter est sans doute de
mettre simplement à la disposition des lecteurs les pièces
principales du dossier préparatoire: on les trouvera ci-après.
Non que cette préparation, toujours collective, ait en
soi un caractère exemplaire. Pas plus que l'inter- ou la
pluridisciplinarité, la préférence donnée
à l'élaboration collective sur la recherche individuelle
ne constitue en elle-même un critère de rigueur réflexive.
Il est probable qu'un numéro spécial de Dix-huitième
siècle se fixant les mêmes objectifs mais conçu,
dirigé et construit par un seul, aurait eu plus de "
corps ", je veux dire plus de cohérence et de vigueur
que celui-ci. Peut-être même aurait-il énoncé
avec plus de pertinence les problèmes nous croyons devoir
nous poser aujourd'hui.
En réalité, ce n'est pas nous qui les posons, ces
problèmes. Ils nous sont posés, voire imposés,
et on verra assez clairement de quels lieux. En tout cas, ce n'est
pas l'évolution propre à " nos " études
sur 18e siècle français qui nous ont conduits jusqu'à
ce seuil. La crise que révèle ce numéro n'a
pas été produite par la seule accumulation d'un savoir
qu'il s'agirait maintenant de totaliser (dans un bilan) et de dépasser
(en ouvrant des " perspectives ") par un effort de pensée
aussi vain qu'ingénument - et faussement - " dialectique
". Ce qui change, ce qui a déjà changé,
ce ne sont pas les " données " de notre savoir
(faits, dates, teneur littérale des textes), mais l'ensemble
des rapports, sociaux et intellectuels, dans lesquels nous les appréhendions
et les fixions jusqu'à présent, et ce n'est sans doute
pas un hasard si les mises en doute les plus radicales sont le fait
des chercheurs les plus jeunes : ils sont placés d'entrée
de jeu hors du réseau ancien, ou du moins sur ses marges
extrêmes. Ils ont ainsi le recul et la " distance "
que n'avaient pas leurs aînés. Créer les conditions
les plus favorables à la libre expression de leurs doutes
-ou simplement de leur malaise - ne faisait qu'un avec l'appel à
l'indispensable renouvellement au fond du rapport au monde et avec
nous-mêmes dont nos " études " ne constituent
qu'un aspect.
Le style de préparation et la présentation adoptés
pour ce 5 numéro de Dix-huitième Siècle n'avaient
et n'ont pas d'autre but que de rendre perceptible le renversement
de perspective en cours. La démarche est tout empirique,
et sa valeur est pour l'instant plus symbolique que théorique.
Le débat au fond pourra et devra prendre, au sein de la Société
française d'étude du 18e siècle et/ou en dehors
d'elle bien d'autres formes, dont il n'est pas possible de préjuger.
Pour l'heure, l'essentiel est qu'il soit ouvert, et que nul ne s'arroge
le droit de le clore.
Jacques PROUST Université Paul Valéry (Montpellier).
Chronologie
Mai 1971 : le Conseil d'Administration de la Société
française d'étude du 18e siècle décide
la mise en chantier d'un numéro de la revue intitulé
: " Bilans et perspectives ". Ce numéro devait
présenter une " synthèse critique des résultats
acquis ", montrer " l'orientation et les lacunes des travaux
en cours ", indiquer les recherches " à promouvoir
".
Mai-novembre 1971 : une équipe de travail réunie autour
de Michèle Duchet, Louis Bergeron et Daniel Roche explore
les conditions dans lesquelles ce programme pourrait être
rempli en histoire.
5 novembre 1971 : le C. A. de la Société confirme
son intention, mais modifie son objectif.
9 novembre 1971 : circulaire adressée à trente et
un membres de la Société [ J. Ehrard, R. Desné,
M. Duchet, D. Roche, L. Bergeron, E. Walter, P. Andrivet, B. Baczko,
G. Besse, J. Biou, R. Cotte, P. Chartier, J. Deshayes, P. Casini,
J. Georgelin, J-M. Goulemot, A. Guedj, H. Lagrave, L. Langevin,
O. Lutaud, G. Mailhos, J. Molino, S. Moravia, P.-G. Pariset, J.
Payen, J. Roger, J. Sgard, M. Ozouf, E. Verley, J. Guillerme, M.
Roelens] les invitant à collaborer activement à la
préparation du numéro 5 de Dix-huitième siècle
(voir Document n° 1).
2 janvier 1972 : circulaire adressée à vingt-huit
membres de la Société, en partie différents
[M. Duchet, D. Roche, L. Bergeron, E. Walter, B. Baczko G. Besse,
P. Chartier, P. Casini, J. M. Goulemot, S. Moravia, E. Verley, M.
Roelens, J. Ehrard, d'une part, et d'autre part R. Mauzi, J. Fabre,
F. Furet, C. Cristin, Ph. Lejeune, J. Vercruysse, J.-R. Armogathe,
Y. Belaval, J. Varloot, G. Benrekassa, H. Coulet, J. Nicolas, C.
Labrosse, J. Starobinski, R. Taton], et les invitant à "
réagir " aux " propositions " faites à
la suite de la circulaire du 9 novembre (voir Document n° 2).
28 janvier 1972 : réunion à Paris d'un groupe de travail
[Présents ou représentés : J.-M. Goulemot,
J. Ehrard, G. Benrekassa, J. Fabre, M. Jalley E. Walter, M. Duchet,
L. Bergeron, D. Roche, B. Baczko, R. Desné J. Proust P. Chartier,
J. Varloot, J.-R. Armogathe, Y. Belaval, J. Vercruysse, E. Verley,
F. Furet] chargé de faire le plan du numéro, sur les
bases des " propositions " reçues à la suite
de la circulaire du 9 novembre, et des " contre-propositions
" faisant suite à la circulaire du 2 janvier (voir Document
n° 3).
15 février 1972 : circulaire adressée à tous
ceux qui ont répondu aux circulaires du 9 novembre et du
2 janvier, ou qui étaient présents ou représentés
à la réunion du 28 janvier [P. Chartier, J.-M. Gaudillière,
E. Walter, E. Verley, M. Roelens, M. Legagneux, J.-M. Goulemot,
J. Ehrard, G. Benrekassa, J. Fabre, M. Jalley, M. Duchet, L. Bergeron,
D. Roche, B. Baczko, R. Desné, J. Varloot, J.-R. Armogathe,
Y. Belaval J. Vercruysse, F. Furet, G. Besse, P. Casini, S. Moravia,
C. Cristin, H. Coulet, C Labrosse, G. Livet, L. Trénard,
M. Vovelle, R. Robin, J. Dupâquier, D. Julia, R. Mauzi, P.
Andrivet, J. Biou, J. Chouillet, J. Deprun, J. Garagnon, J. Georgelin,
A. Guedj, N. Gueunier, J.-L. Leutrat, J. Sgard, J. Starobinski.],
et fixant les directives arrêtées en commun ce jour-là
(voir Document n° 4).
15 juillet 1972 : date limite pour 1'envoi des manuscrits.
Document n° 1
Extrait de la circulaire du 9 novembre 1971.
Il est entendu désormais que le numéro 5 de Dix-huitième
siècle ne sera pas de " Bilan et perspectives ".
Ce ne sera pas non plus un numéro de " méthodologie
(s) " (voir le n° spécial de la Revue d'Histoire
Littéraire de la France, de septembre-décembre 1970).
Enfin on n'y retrouvera pas le découpage trop familier entre
l'Histoire, la Philosophie et l'Histoire des idées, les Sciences,
la Littérature, etc.
Le numéro 5 de Dix-huitième siècle - dont le
titre s'imposera sans doute de lui-même à terme - sera
essentiellement consacré à la demi-douzaine de grands
problèmes qui partagent actuellement les chercheurs dans
le champ particulier qui est le nôtre, y compris celui de
la délimitation même de ce champ (peut-on dire que
le 18e siècle est en soi un objet scientifique ?). Ces grands
problèmes font ou ont fait récemment l'objet de polémiques,
publiques ou fourrées, et il est de plus en plus courant
qu'ils chevauchent les barrières entre les disciplines. Mais
leur actualité, non plus que leur caractère inter-
ou pluridisciplinaire, n'est pas un signe certain de pertinence.
Il importe donc, dans un premier temps, de les recenser et de les
poser correctement. C'est ce qu'a commencé à faire
dans le secteur qu'il avait choisi le groupe d'" historiens
" et de " littéraires " cité plus haut.
Sur cette lancée, il paraissait tentant d'ouvrir le numéro
aux " chefs de file " que les polémiques de ces
derniers temps ont fait connaître. Mais la suggestion a été
unanimement écartée : Dix-huitième siècle
ne doit pas être le lieu où s'affrontent directement
les théories et les méthodes (les publications ne
manquent pas pour cela, et il en est de remarquables). Ce que nous
attendons de notre revue, c'est que les dossiers y soient largement
ouverts, par des gens compétents, et correctement présentés,
en sorte que tous les usagers y trouvent à la fois l'aliment
de leur réflexion critique, et des instruments de travail.
Tous ceux à qui cette circulaire est adressée sont
priés de m'envoyer dès que possible la liste et l'énoncé
des grands problèmes qui leur paraissent se poser avec acuité
à un dix-huitiémiste. Qu'ils me disent aussi s'ils
sont personnellement disposés à participer à
un petit groupe de travail, sur un de ces problèmes. Qu'ils
me suggèrent enfin des noms auxquels j'aurais pu ne pas penser,
en gardant à l'esprit que ce numéro de revue ne peut
pas être fait par " tout le monde " et qu'à
raison de deux ou trois personnes par " problème ",
l'ensemble de l'équipe responsable ne devrait pas dépasser
la vingtaine. Qu'ils gardent aussi à l'esprit qu'un petit
groupe de chercheurs modestes, capables d'établir un dossier
comportant de bonnes mises au point, complété par
une bibliographie de travail et des notes descriptives et critiques
sur tel aspect particulier de la question (applications méthodologiques,
ou conséquences dans la collecte et l'édition des
textes) répondra mieux au vu du Conseil d'Administration
et à l'attente des membres de la Société que
ne pourrait le faire telle contribution prestigieuse mais de type
météorique...
[...] Ce numéro exceptionnel de Dix-huitième siècle
ne doit pas prétendre à l'exhaustivité. L'exposé
et la discussion des problèmes qui ne trouveront pas place
dans le n° 5 pourront être accueillis dans les numéros
subséquents, surtout si le rythme de la publication devient
trimestriel, comme beaucoup le souhaitent. Il ne doit pas non plus
viser on ne sait quelle objectivité qui obligerait les participants
au numéro à rester " neutres " devant les
dossiers qu'ils traitent. L'honnêteté dans la position
des problèmes, dans leur énonciation, et dans le rassemblement
des pièces du dossier n'exclut pas mais au contraire implique
la prise de parti dans la discussion. C'est d'ailleurs à
cette condition que le n° 5 de Dix-huitième siècle
pourra ouvrir dans la Société les grands débats
qu'exige le progrès de notre connaissance et de notre pratique,
et pour lesquels elle semble prête.
Document n° 2
Propositions extraites de la correspondance reçue à
la suite de la circulaire du 9 novembre 1971, et adressées
à trente membres de la Société, le 2 janvier
1972.
I
1° La notion d'idéologie et sa présence "
dans " le 18e siècle, ou plutôt les idéologies
en présence à l'intérieur du champ social et
des individus. Rapports entre les uvres et l'idéologie.
Comment les idéologies se manifestent-elles dans les uvres,
comment les y lire ? Notion de formation idéologique, de
représentation. Dit et non-dit idéologique ; leurs
rapports. Idéologie(s) et infrastructures. Décalages.
Phénomènes de perméabilité réciproque.
Idéologie(s) et forme-sens. De la possibilité de lire
l'idéologie à travers " notre " idéologie.
2° L'interrogation à l'histoire. Qu'était-elle
pour les hommes du 18e siècle? Comment pouvaient-ils l'écrire
? quel était son statut ? A I'intérieur du siècle,
l'histoire comme " réalité vécue ",
I'histoire comme " discours de/sur l'histoire ". Qu'est-ce
que l'histoire, pour les hommes du18esiècle et pour nous,
et comment articuler ces deux niveaux épistémologiques
?
3° La notion de discours : substitution aux catégories
traditionnelles pour classer. Qu'implique-t-elle ? Quels discours
naissent au 18e siècle ? Fondamentalement, comment se modifie
le discours classique au cours du siècle ? Se modifie-t-il
? Discours de quoi sur quoi ? A la manière du discours de
la raison sur la déraison... Discours et histoire.
4° L'épistémologie (qui renvoie à l'idéologie)
du siècle.
II
1° Qu'appelons-nous " idée " quand nous faisons
de l'histoire des idées ? Quelle distance y a-t-il entre
ce que nous faisons et le projet toujours reconduit d'une histoire
marxiste des représentations idéologiques ? Occasion
d'ouvrir un dossier où figureraient, sans trop sacrifier
au compromis et à l'éclectisme, les noms de Foucault,
Gusdorf et, pourquoi pas, Karl Marx...
2° Peut-on parler encore de la " littérature du
18° siècle ", depuis que nous commençons
à mieux comprendre combien est anachronique la projection
spontanée du concept moderne de littérature sur les
textes du18esiècle ? Qu'est-ce que le mot " littérature
" au18esiècle ? A l'inverse y a-t-il un référent
qui équivaille à notre idée moderne de littérature
? Le débat pourrait s'élargir en examinant les conditions
de mise en uvre des " nouvelles critiques " (textuelle,
psychanalytique, sociologique, etc.) dans le champ de la "
littérature " des Lumières.
Il ne suffit pas de dresser un inventaire des questions à
poser, mais il faut produire des perspectives précises de
recherche.
III
Idées et littérature, lumières et écriture.
1° La dichotomie, explicite ou plus secrète, entre idées
et littérature, entre philosophie et littérature,
est non seulement à rejeter, mais surtout à dépasser
(Meschonnic et la " forme-sens "; Derrida). Ce qui implique
à la fois une " conversion " intellectuelle de
la critique et une réévaluation radicale des "
rapports " (terme fondamentalement impropre) entre lumières
et littérature.
2° Les tentatives récentes pour renouveler la question
(car c'est bien de cela qu'il s'agit d'abord : changer la question)
me paraissent fonder l'unité de cette forme-sens dans le
recours à une " psyché " individuelle profonde
(Van den Heuvel sur Voltaire, Sgard sur Prévost, pour ne
pas remonter à l'ouvrage de Starobinski sur Rousseau). De
cette tentation (ou de cette défaite ?) je verrais volontiers
une illustration dans la page 458 de la thèse de Michèle
Duchet : Tahiti comme mythe personnel de Diderot, où se dessine
" la figure de l'homme sauvage, créature philosophique,
mais aussi être éminemment poétique ".
3° Notre travail se ramène-t-il alors à
a) inventorier, analyser, et décrire inlassablement mais
de plus en plus finement les structures de ces formes-sens que sont
les mythes collectifs (d'aucuns parleront d'idéologies),
d'où dépouillement des périodiques, analyse
des lexiques, étude de pseudo-concepts comme l'idée
de nature ou, à un autre niveau, des strates archéologiques
du discours, scientifique ou philosophique, des Lumières;
étude de formes comme I'Utopie, à la fois substance
et genre, ou de thèmes (Versini sur Laclos) ;
b) dans les cas individuels " privilégiés ",
repérer les structures signifiantes qui organisent le discours
de l'écrivain, pour finalement le renvoyer à une constitution
personnelle originale et originelle, ou bien (Sartre dans Question
de méthode et dans Flaubert) intriquer étroitement
conditionnement social (et idéologique) et conditionnement
" biographique ".
4° Est-ce que, fondamentalement, ne pèse pas sur notre
travail la malédiction de Foucault, à la fin de l'Archéologie
du savoir (p. 273-274) : " Ce qu'il y a de provocant à
traiter comme un faisceau de transformations cette histoire des
discours qui était animée jusqu'ici... etc. "
Autrement dit, le refus de la sacralisation (au sens exact du terme)
du discours littéraire et de l'auteur sur quoi vivaient et
vivent encore recherche et enseignement (même marxistes) et
leur dissolution ou leur dispersion soit dans des structures "
collectives " soit dans les hasards de la vie personnelle,
impliquent que l'on se pose la question de la finalité même
de notre travail. Il n'est pas d'histoire qui ne tire son sens du
sens que le présent donne au passé, en vue de ses
propres entreprises.
5° En quoi le 18e siècle peut-il encore être le
lieu privilégié d'un combat idéologique, comme
ce fut le cas depuis Marx jusqu'à aujourd'hui. Question qui
devrait entraîner celle qui concerne les images du18esiècle
dans la tradition marxiste, leurs distorsions et leurs raisons d'être.
6° Fermons la boucle : nous avons d'abord cru, en tant que
" littéraires ", poursuivre le même combat
que les écrivains des Lumières, sur des bases nouvelles
; puis nous nous sommes mués en historiens (des classes,
des mythes et des mentalités collectives) et, disons le mot,
nous avons surtout " démythifié " le 18e
siècle (Althusser sur Montesquieu et sur Rousseau). Aujourd'hui
nous sommes à la recherche d'un second ou d'un troisième
souffle : psychanalyse ? structuralisme ? Mais l'objet (littérature
et idées) a perdu de sa spécificité et de son
importance (idéologique et politique) et est à peu
près équivalent à n'importe quel autre.
IV
A propos d'un travail sur quelques aspects du métier au
18e siècle (et ce qui pourrait être une philosophie
du métier), à propos de l'outil (dialogue de l'homme
avec la matière), se demander les raisons pour lesquelles
ce genre de recherche paraît aujourd'hui pertinent.
V
Sémiologie (ou sémiotique, ou même sémanalyse),
genèse, clivages actuels, Greimas versus Kristeva, rapports
avec la grammatologie, etc.
Vl
Délimitation du champ de recherche qu'on appelle "
le 18e siècle " Est-il un objet scientifique ? Y a-t-il
des problèmes méthodologiques propres aux dix-huitiémistes
? Ou plutôt s'agit-il de tendances et d'approches méthodologiques
plus générales, qui se manifestent d'une, manière
spécifique quand elles sont appliquées à notre
" champ " ? Exemples :
a) L'opposition entre les méthodes quantitatives (équipe
Furet) et qualitatives (derniers travaux de Venturi). Dans le cas
du 18e siècle il devient évident que les unes et les
autres ne visent pas le même aspect de l'histoire (histoire
inerte/histoire innovation).
b) Ces dernières années ont été marquées
par un reflux des travaux sur l'histoire des idées et par
une vague de travaux plus ou moins " structuralistes ".
Mais la définition des " discours " qu'on veut
étudier se heurte souvent à des difficultés.
Discours littéraires et non littéraires se confondent
dans ce siècle. Et encore une fois il semble que les difficultés
qu'on rencontre aussi ailleurs se manifestent ici d'une manière
spectaculaire.
c) Enfin le clivage entre les sciences humaines qui ont comme objet
" les discours " et celles qui ont comme objet "
les choses " (institutions, société, etc.) devient
de plus en plus grand. L'absence d'historiens purs au congrès
des Lumières à Nancy n'est pas seulement un problème
d'organisation ou d'information. Mais le cloisonnement empêche
l'étude approfondie de problèmes comme l'urbanisation
(problème social mais aussi thème littéraire,
thème intéressant l'histoire de l'art et celle des
utopies, etc.). La thèse de Michèle Duchet illustre
bien comment l'objet même de la recherche impose le dépassement
du clivage entre " discours " et " histoire ",
mais aussi entre des discours divers.
VII
1° Délimitation de l'objet 18e siècle : condition
" transcendantale " de toutes nos recherches.
I A) Lumières-Idéologie : c'est un aspect de 1) ;
le problème de l'Idéologie et des Idéologues
concerne entre autres le problème de la délimitation
chronologique de l'âge des Lumières, et de l'évolution
(involution) des Lumières elles-mêmes.
I B) Lumières-Révolution française : c'est
encore un aspect de 1) ; Il faut constituer un nouveau discours
sur ce thème, qui a été un tabou pour trop
d'historiens, et qui pourtant touche de très près
à la substance de la pensée politique des Lumières.
I C) L'héritage des Lumières au 19e siècle
: c'est le dernier aspect de 1). C'est un problème que personne
n'a pratiquement affronté à cause de certaines périodisations
acceptées de façon non critique.
2° La constitution de la Science de l'Homme : encore un problème
complexe, qui (préoccupe beaucoup de chercheurs. Ses éléments
constitutifs : l'Homme comme objet possible de science, de l'Ame-Corps
au Moral-Physique ; l'analyse psycho-physiologique de l'Homme ;
l'étude de l'Homme civil (sauvage).
2 A) Médecine et Philosophie : c'est un aspect de 2) qui
occupe pas mal de gens. Dans la mesure où la fondation de
la Science de l'Homme a été entre autres expulsion
de l'âme (réhabilitation du corps) la Médecine
a joué un rôle fondamental dans la constitution de
cette Science.
3° Réforme, Révolution, Utopie, Régénération,
Progrès, Perfectibilité : le 18e siècle a envisagé
à des niveaux radicalement différents et de diverses
façons le problème de la transformation (de la possibilité
de transformation) de la société humaine.
4° La science de la connaissance au 18e siècle : beaucoup
de personnes sont engagées dans l'étude de tel ou
tel problème de la gnoséologie au 18e siècle.
Il faut dresser un bilan, et en même temps élargir
les perspectives de travail en examinant les catégories théoriques
employées par les philosophes et savants du 18e siècle.
5° L'analyse de la société : même discours
que pour 4) ; il faut en particulier proposer à l'attention
des chercheurs la notion de " société civile
" élaborée par les philosophes et économistes
écossais. C'est un thème très " interdisciplinaire
" (comme d'ailleurs tous les précédents). Il
faudrait réinterroger les textes littéraires dans
des perspectives culturelles (philosophiques, sociologiques, etc.).
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A
1° Lumières et mentalité religieuse ; déchristianisation,
etc.
2° Lumières et histoire de l'art.
3° Rôle de l'histoire des relations internationales.
4° Lexicologie, histoire des mots et histoire des livres.
5° Noblesse et État.
6° Démographie.
7° Culture et enseignement.
8° Questions urbaines.
9° Masses rurales ? Armée ?.
B
1° Les manuscrits clandestins. Leur diffusion, leurs sources,
leurs rapports avec le mouvement philosophique.
2° Le matérialisme comme idéologie sociale et
politique, de Meslier à d'Holbach. Les sources (philosophie
corpusculaire, sciences) et leur usage polémique.
3° Développement du socialisme utopique.
4° État présent des recherches sur les encyclopédistes:
a) du point de vue de la " sociologie des lumières ";
b) du point de vue de la diffusion de l'Encyclopédie en France
et ailleurs.
5° Les philosophes et les doctrines économiques. État
présent des études concernant les physiocrates et
leurs critiques (jusqu'à Galiani, Hume, Smith).
6° La crise du cartésianisme (philosophie, sciences)
et la diffusion du newtonianisme en Europe. Études récentes,
perspectives.
7° Diffusion du libertinage érudit en Italie. Influences
cartésiennes et gassendistes à Naples: la survivance
de l'école galiléenne et la lutte contre l'Inquisition
(1690-1740 environ).
C
" Antique " et " préromantisme ", distinction
prise comme exemple de l'absurdité de la notion de "
courant d'idées ".
Du " Style " (Louis XV ou Rococo) en littérature.
D
Thème de recherche : l'utopie. Thème et problème
: le préromantisme.
TEXTES
A. Archives nationales, minutier central : documents concernant
I histoire littéraire.
B. uvres complètes: Rousseau; Diderot, Voltaire, Montesquieu
Meslier, Prévost, etc.
C. Correspondances: Rousseau, Voltaire, Diderot.
D. Collections de mémoires concernant le 18e siècle.
E. Publication de textes anciens devenus inaccessibles, reprints
: distinguer entre les textes republiés parce qu'en rapport
avec un intérêt nouveau pour certains objets (langage,
anthropologie) et les autres
Rôle prospectif de la Société d'étude
du18esiècle dans ce domaine.
F. Les index.
G. Le dépouillement collectif des périodiques.
Annexe au document n° 2
Extrait de la circulaire du 2 janvier 1972.
Ces propositions, transcrites à peu près mot pour
mot des lettres que j'ai reçues, constituent le dossier que
vous trouverez ci-joint. Elles se répartissent grosso modo
entre trois rubriques. Dans la première (n° I à
VII) sont rassemblées toutes les propositions tendant au
réexamen fondamental de notre travail de " dix-huitiémistes
". Il faudrait y ajouter la communication de J.-M. Goulemot
au congrès de Nancy, qu'il n'est pas possible de reproduire
ici mais qui prendra place dans le numéro. La seconde (de
A à D) regroupe des propositions tendant à l'affinement
de notre recherche ou à l'élargissement de son champ.
La troisième enfin concerne les textes à (re-)produire,
en fonction des propositions de la première ou de la seconde
espèce.
Telles quelles, elles appellent à mon sens les remarques
suivantes :
1° La " disproportion " est considérable entre
les deux premières sortes de propositions. On aimerait que
dans l'ensemble la réflexion théorique de ceux qui
proposent le réexamen critique de notre travail fût
moins " désincarnée ", mieux articulée
sur des problèmes concrets : il n'y a pas apparence en effet
qu'elle soit née de rien. On aimerait en contrepartie que
ceux qui proposent " simplement " d'affiner ou d'élargir
nos recherches pussent s'expliquer sur les raisons de leurs choix
(voir au n° IV, un exemple de ce qui est souhaité). Il
n'y a pas apparence, non plus, qu'elles soient sans fondement.
2° Dans tous les cas, l'éventail de ces propositions
est à la fois trop vaste et très limité. Très
limité, relativement au possible : des disciplines aussi
importantes que l'histoire de l'art ne se sont pas manifestées,
et dans le champ de la philosophie, de l'histoire, de la littérature,
il reste d'immenses zones d'ombre. Pourtant, les seules propositions
contenues dans le dossier ci-joint peuvent donner lieu à
une production de réflexions et d'informations telle que
le numéro 5 de la revue ne suffirait pas à l'absorber.
Dans ces conditions, il ne me paraît pas opportun de pousser
plus loin la prospective. Il me semble au contraire indispensable
d'élaguer de choisir dans les propositions déjà
émises celles qui doivent en priorité trouver place
dans ce numéro (S. Moravia propose même de n'en retenir
qu'une). Indispensable aussi dé les préciser, de les
expliciter, au besoin d'en corriger la formulation. Il faut surtout
esquisser dès à présent les contours d'un dossier
pour chacune de celles qui sont retenues, et si possible en groupe.
Document n° 3
Propositions et contre-propositions consécutives à
la circulaire n° 2, et présentées à la
réunion du 28 janvier 1972 à Paris.
I
Dans les propositions qui vous ont été présentées
et que vous résumez, je remarque : 1) Contrairement aux apparences,
personne ne s'interroge sur l'idée ou l'idéologie
de la critique, tout le monde semble avoir trouvé son chemin
de Damas et, simplement, excommunier les anciennes méthodes
; 2) personne ne suggère de parler du Droit (or, si, par
ex., il est facile de disserter sur Sade, il est beaucoup moins
facile de vérifier si la gradation des " crimes "
dans " Les 120 Journées " ne suit pas, comme je
le crois, la gradation des peines sous l'ancien régime).
Je souhaite que la Revue ne devienne pas dogmatique, terroriste,
et qu'on y trouve : 1) de l'information toute bête, c'est-à-dire
: la recherche qu'on appelle prétentieusement fondamentale
et que je préférerais appeler la recherche de Fonds
; et 2) un courrier, un intermédiaire des chercheurs pour
savoir qui travaille à quoi, et qui peut renseigner sur ceci
ou cela.
II
Le 18e siècle reste pour moi un domaine, sinon un objet,
privilégié et valorisé : non pour les vérités
éternelles qu'il nous révèlerait mais ~ pour
l'attitude inlassablement questionneuse des meilleurs de ses écrivains.
III
Certaines considérations théoriques (sur le "
statut de l'histoire ", sur le terme " idée"),
légitimes et bien intéressantes en soi, risquent de
donner au fascicule de la Revue le caractère d'un discours
sur la méthode. Bien sûr, la crise actuelle de la recherche
historique mérite d'être examinée - à
la lumière de la nouvelle critique, des méthodes structuralistes
et sociologiques, etc.-mais est-ce là le thème proposé
par le comité de la Revue? Votre première circulaire
parle de " mises au point ", d'" applications "
méthodologiques, de " dossiers " consacrés
à des questions précises.
IV
... Une plus grande interdisciplinarité : il faut beaucoup
plus de contributions à l'histoire des arts, sciences, techniques.
La musique semble ne pas exister... C'est dommage, regrettable.
Il faut que cela change: faire appel aux spécialistes trop
confinés dans leur cabinet de travail. Trop de cloisons souvent
étanches.
Sur le plan concret, il faudrait engager la recherche (ou la promouvoir)
vers :
le concept des LuMières, du 18e siècle à nos
jours ;
les langages des Lumières : un dictionnaire critique montrerait
que pour nous et eux des mots tels qu'" amour ", "
société ", " humanité " etc.
ne signifient pas la même chose. Nous verrions alors quelle
distors~on nous avons donnée, inconsciemment, aux mots ;
des éditions sûres, à terminer (Voltaire, Rousseau),
à faire (Raynal, Prévost, d'Holbach, Helvétius,
Vauvenargues...) ;
des biographies solides ;
des répertoires utilitaires (presse et périodiques,
témoignages, mémoires, index de mots...) ;
la bibliographie matérielle (voir d'Holbach) ;
l'analyse du phénomène de " lecture " (marginalia,
prix, circuits, grands livres d'éditeurs) ;
le livre clandestin (voir Rey).
V
Il y a UNE question importante au 18e siècle, qui est :
idéologieet/ou philosophie? Qu'est-ce que la philosophie
de nos gens ? Dans quelle mesure leur vision malebranchiste et newtonnienne
du monde leur permettait-elle d'accorder à la philosophie
une portion (dé)limitée du champ du savoir? Et, en
question annexe, je suis frappé de constater combien, après
l'importance de la médecine au 16e siècle et de la
physique au 17e, 1'histoire acquiert, au 18e siècle, ce statut
d'autonomie scientifique que le 19e siècle accordera à
la philologie et le 20e à la psychosociologie. Naissance
de l'homo historicus dans un contexte de resserrement du temps:
définition plus précise de l'heure (I'apparition de
la seconde aiguille des montres et pendules est, à mon sens,
un des événements les plus importants des années
1680-1700), sentiment de vivre dans un siècle (les analyses
de Krauss sur le concept de " siècle " au 18e s.
sont décisives là-dessus). Naissance d'une vision
historique, donc, dans laquelle il faut analyser le rôle complexe
du " progrès " - d'abord " progrès
des sciences et des arts ", puis " les progrès
", avant de devenir " le progrès ". Et c'est
alors la grande découverte du 18e siècle ; 1'homme
historisant se découvre " tel qu'il est " (formule
fréquente chez d'Holbach) : d'où l'optimisme limité,
les réserves prudentes, le développement d'un anti-humanisme,
qu'on peut accentuer très nettement, je crois, par opposition
avec le prométhéisme de la Renaissance. " Forme
de la sensibilité ", le temps est réduit, compté,
morcelé : ce siècle est celui de la naissance de la
statistique (d'Expilly), du renouvellement des polices d'assurance
maritime. Le travail manuel ne se compte plus, bientôt, à
la journée, mais à l'heure. Il en résulte un
clivage intellectuel radical, mesurable dans les circuits du livre
et dans les témoignages de la culture populaire : la déchristianisation
est d'abord la sécularisation d'une culture, puis la rupture
de la société rurale.
La philosophie, au terme de cette analyse, n'est plus guère
que l'idéologie d'une classe " éclairée
", plus soucieuse d'aligner son pouvoir culturel sur sa puissance
effective que de l'émancipation prolétarienne... Le
criticisme kantien est la philosophie la plus représentative
de ce temps et répond au besoin le plus net d'une affirmation
de progrès et de modelage de la nature sentie comme due par
une classe dirigeante : le néo-kantisme jouera d'ailleurs
un rôle semblable à la fin du 19° et au début
du 20e siècle.
VI
Les propositions de problèmes qui suivent, et qui pour une
bonne part reprennent celles déjà formulées
en réponse aux deux premières circulaires, sont inspirées,
outre les motivations personnelles,
- par l'ambition de contribuer à une plus grande cohérence
de la problématique,
- par le souci d'une triple conciliation-médiation :
1° nécessité de trouver l'articulation entre la
réflexion théorique abstraite et la réflexion
sur les objets concrets de la recherche (cf. circulaire n° 2,
1°).
2° utilité de mener de front la réflexion sur
1' (les) objet (s), et la réflexion méthodologique
(ceci en partie malgré la circulaire n° 1, p. 1, bas
de page).
3° intérêt théorique de poser à la
fois (par deux démarches parallèles), nos questions
sur le siècle, et nos questions au siècle, c'est-à-dire
de lui appliquer notre problématique, et de l'interroger
sur sa problématique. D'où trois séries de
problèmes groupés deux à deux.
Propositions
1.- Étude des modes de production des objets culturels au
18e siècle :
a) objets littéraires (textes),
b) objets idéologiques (discours),
c) objets scientifiques (théories ?),
d) objets esthétiques (uvres ?),
e) objets...
Cette étude, nécessairement interdisciplinaire, comporte
de multiples niveaux: statut institutionnel et moral des producteurs
(hommes de lettres, philosophes, savants, artistes...), leur situation
économique et sociale, outils culturels (éducation,
instruments conceptuels, rhétoriques, etc.), lieux où
s'exerce la production, etc.
1 bis.- Quelle conscience (diffuse ou conceptualisée) le
siècle a-t-il de l'indépendance relative des objets
culturels et de leurs possibles articulations? C'est tout le problème
également complexe de l'épistémologie du siècle
(organisation du savoir, répartition du champ culturel-e.
g. classifications des libraires, tableaux de l'Encyclopédie
et autres similaires...-, ambitions de formalisation, de mathesis
universelle, etc.).
2. - Structure et histoire, Valeur opératoire et possibilités
d'articulation des deux axes interprétatifs, appliqués
au siècle. Problème de la définition du siècle
comme objet (champ ?) scientifique, problème étroitement
lié à celui de la périodisation :
- externe (limites du siècle ; amont et aval),
- interne (évolution du siècle ; rythme ; sens).
Recherche d'un modèle (?) d'analyse qui échappe aux
hypothèques complémentaires de l'histoire des idées
traditionnelle et de l'archéologie foucaldienne.
2 bis. - Comment le siècle réfléchit-il ce
jeu entre histoire et structure, progrès et système
? Champs privilégiés : histoire naturelle, anthropologie,
grammaire... Débats : nature et art, société
et civilisation, essence et perfectibilité...
3. - Établissement de corpus et définition de protocoles
de lecture. Repérer et constituer les ensembles signifiants
(fichiers, archives, index...). Opérations qui sont inséparables
d'une réflexion théorique sur les signes culturels,
leurs modalités de " signifiance " (pour une sémiotique
généralisée des objets culturels), et leur
possible exploitation.
3 bis. - La philosophie de la connaissance au 18e siècle.
Processus logiques mis en uvre. Conflits épistémiques
(permanence et gauchissement du rationalisme cartésien, avatars
du sensualisme, survie des approches irrationnelles...). Qu'est-ce
qui, au 18e siècle, est lisible, porteur de sens, et comment
extrait-on ce sens? Qu'est-ce qui, au contraire, est rejeté
dans l'ombre de l'in-signifiance ?
Document n° 4
Extrait de la circulaire du 15 février 1972, diffusant les
directives arrêtées en commun le 28 janvier.
Les directives qui suivent ont été élaborées
le 28 janvier, après examen des dossiers annexés à
la circulaire n° 2 ou à la convocation pour le 28. Elles
résultent évidemment d'un choix, et eu égard
à l'ampleur et à la diversité des problèmes
soulevés dans la première phase du travail de préparation,
ce choix paraîtra abusivement limité. D'aucuns, il
est vrai, le trouvent encore trop large...
Le numéro 5 de Dix-huitième sera " construit
" autour de neuf questions, que se posent indifféremment
des philosophes, des " littéraires ", des historiens,
et qui appellent également des réponses pluridisciplinaires.
C'est seulement par commodité qu'elles sont énoncées
ci-après en trois sous-ensembles trahissant leur origine.
Le nom indiqué dans chaque cas est celui de la personne chargée
de favoriser les contacts multilatéraux, de susciter ou d'enregistrer
de nouvelles collaborations etc. Il va de soi que sa spécialisation
n'entre pas en jeu dans le travail qui lui a été confié.
SOUS-ENSEMBLE I (Michèle Jalley) :
1. Sémantique historique et vocabulaire philosophique.
2. Continuité, périodisation, ruptures.
3. Structuralisme et histoire des idées.
4. Problème de l'origine.
SOUS-ENSEMBLE II (Pierre Chartier) :
1. Du rapport entre " notre " conception de la recherche
et notre approche du domaine (" 18e siècle " ou
" Lumières ", la mise en cause actuelle du sujet
(de l'homme comme sujet) n'oblige-t-elle pas à reconsidérer
le champ empirique d'étude et à poser la question
d'un objet, donc celle de la scientificité de notre recherche
- sauf à continuer à utiliser de manière non
critique les catégories précisément établies
par, et à l'époque dite des Lumières ?
2. Quel est le sens du retour, opéré par une partie
de la philosophie et de la critique actuelles, vers l'âge
" classique ", sa grammaire, sa logique, sa rhétorique,
son entreprise philosophique en général? Plus particulièrement,
quel est le sens du retour à J.-J. Rousseau, auteur des Discours
? Pure et simple réactivation de la " pensée
des Lumières " ? Ou plutôt, comment apprécier
et interpréter le décalage ainsi produit, et comment
mettre à jour la part inévitable, et probablement
féconde, d'ambiguïté qu'un tel retour, si retour
il y a, peut comporter.
SOUS-ENSEMBLE III (Daniel Roche) :
1. Lumières et histoire : l'art à l'époque
des Lumières ; alphabétisation et enseignement, relations
internationales; problèmes du crédit.
2. Méthodes et traitement des matériaux : étude
quantitative des phénomènes de la déchristianisation;
lexicologie et histoire; problèmes posés par l'histoire
des villes, corpus lexicologique des Cahiers de doléances
et des titres de la Librairie; démographie et histoire.
3. Idées, idéologies, histoire des idées: problèmes
d'historiographie religieuse.
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